La muraille verte commence à prendre racine

Pendant des décennies, le gouvernement du Tchad a considéré l’environnement comme « le problème de l’homme blanc » a dit Hassan Térap, le ministre de l’Environnement. « Pendant longtemps, c’était un problème de pays riches, mais maintenant nos terres sont dénudées, le bétail meurt, l’eau disparaît, c’est aussi notre problème », a dit le ministre à IRIN.



Plus d’un tiers du bétail du pays, soit 780 000 animaux, est mort après la sécheresse de 2009 qui a flétrit les pâturages, selon le gouvernement. « Sans ombre, la chaleur tape sur nos animaux plus rapidement », a dit Al Hadj Abakar, un éleveur de la région de Kanem, dans l’ouest du pays.



Des chefs d’état de pays africains se sont réunis jusqu’au 17 juin à N’Djamena, la capitale du Tchad, pour lancer un projet transcontinental de plantation d’arbres sur 7 000 kilomètres, du Sénégal à Djibouti, en Afrique de l’est.



Quand on lui a demandé si cette initiative de la Muraille Verte, dont on parle depuis longtemps mais qui doit encore trouver son financement, était trop ambitieuse, M. Térap a dit à IRIN : « Nous devons nous attaquer à ce problème, longtemps ignoré, avec une vision, de l’ambition et les arbres. Qu’est ce qui n’est pas bon avec l’ambition ? » Les pays impliqués dans l’initiative comprennent le Sénégal, la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, le Tchad, le Soudan, l’Ethiopie, l’Erythrée, et Djibouti.



En tant que participant à cette barrière qui traverse le continent, le Tchad projette de planter un mur d’arbres de 1 000 kilomètres de long sur 15 kilomètres de large. L’initiative a été lancée avec 4,6 millions de dollars provenant des fonds du gouvernement, mais M. Térap estime que le coût s’élèvera au moins à 11 millions de dollars pour atteindre la couverture prévu.



Les 11,9 millions d’hectares de forêts du pays ont diminué d’au moins 0,6 pour cent chaque année au cour des 20 dernières années, selon un récent rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) sur l’Etat des forêts du monde.



Depuis 2009, le gouvernement a déclaré illégal l’abattage des arbres pour faire du charbon, passible de six mois d’emprisonnement et d’amendes, dans un effort pour inverser le processus de déforestation.



Il a également commencé à planter 160 000 arbres résistants à la chaleur, parmi lesquels des acacias, à N’Djamena.



Mais planter des arbres n’est pas suffisant, selon Abakar Mahamat Zougoubou, directeur de l’exploitation des forêts au ministère de l’Environnement. « Il faut une approche holistique, pour développer des systèmes ».



“Faire pousser des arbres ne représente pas un investissement attirant pour des ONG [organisations non gouvernementales], qui pourraient planter des jeunes pousses en quantités plus importantes que le gouvernement. Mais nous sommes ceux qui restent là et devons faire pousser les plants quand les [organisations] partent. Nous devons encourager le secteur privé », a dit M. Zougoubou.



Le gouvernement estime que des serres privées au Tchad ont planté deux millions d’arbres en 2009.



Désignant un site de plantation d’arbres à N’Djamena, arbres qu’il espère voir un jour faire partie de la « Grande Muraille Verte », M. Térap a dit à IRIN : « Bientôt nous serons à l’ombre ici. C’est un long chemin, mais je peux voir l’ombre au bout du tunnel ».



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