Renoncer au voyage par peur du dépistage du VIH

Il y a quatre ans, lorsque son employeur lui a proposé un stage de trois mois en Egypte, Prosper* y a tout de suite vu une opportunité professionnelle à saisir. Mais lorsqu’il a appris qu’il devrait se soumettre à un test de dépistage du VIH et qu'en cas de séropositivité, il serait renvoyé au Bénin, il a alors préféré y renoncer.



Prosper l’a reconnu : il n’avait pas le courage de se faire dépister au Bénin et une reconduction au pays pour séropositivité lui serait apparue comme une honte et un échec.



« J’avais bien envie d’y aller car ce stage allait beaucoup enrichir mon cursus et influencer positivement ma carrière, mais j’ai senti comme un blocage psychologique, je ne pouvais pas », a-t-il dit à IRIN/PlusNews, reconnaissant que ses craintes étaient liées au fait qu’il avait « pris des risques [sexuels] un certain nombre de fois ».



De nombreux pays exigent des candidats à l’immigration ou au séjour, même provisoire, qu’ils se soumettent à des examens médicaux, parmi lesquels un test de dépistage du VIH obligatoire. Une obligation dénoncée par les Nations Unies et de nombreuses organisations de défense des droits humains et de lutte contre le VIH/SIDA.



« Le VIH/SIDA est aujourd’hui une maladie chronique comme l’hypertension artérielle ou le diabète et ne saurait faire l’objet de discrimination », a dit à IRIN/PlusNews le docteur Télesphore Houansou, point focal VIH/SIDA de l’Organisation mondiale de la santé à Cotonou, la grande ville portuaire du sud du Bénin.



Exiger d’un voyageur le test de VIH est une mesure « injuste », qui traduit une « mauvaise compréhension » de la question du VIH/SIDA et n’est pas « scientifiquement soutenable », a-t-il dit.



Bellarminus Gildas, qui a été soumis à ces tests avant de pouvoir valider son séjour de deux ans d’études dans un pays exigeant le dépistage du VIH, se souvient très bien avoir vécu cette injustice à travers le cas d’une jeune camerounaise, forcée d’abandonner ses amis d’université pour rentrer dans son pays en catastrophe, sa séropositivité ayant été prouvée.



« J’ai vécu cela comme un grand moment de regrets. Comment peut-on détruire tout un projet de vie pour cette raison ? », a dit M. Gildas, qui a dû récemment se soumettre à un nouveau test de dépistage pour se rendre dans un autre pays pour poursuivre ses études. « J’ai eu vraiment peur, mais j’ai été courageux, car je ne pouvais pas savoir ce qui serait advenu si j’avais été séropositif ».



Comme beaucoup d’autres, M. Gildas a dit reconnaître le bien-fondé du dépistage, mais a contesté le caractère obligatoire de cette démarche. 



Si certains pays refoulent systématiquement les personnes dépistées positives au VIH, les employés de plusieurs chancelleries visitées par IRIN/PlusNews et dont les pays réclament ce test ont souligné, sous couvert de l’anonymat, que les personnes séropositives n’étaient pas toujours interdites de séjour sur le territoire où elles souhaitaient se rendre.



« Cela dépend après de plusieurs facteurs qui sont analysés rigoureusement », a affirmé un agent d’une ambassade à Cotonou.



Selon cet agent, dans de nombreuses circonstances, ces dispositions permettent de préparer l’accueil de la personne séropositive dès son arrivée dans le pays pour l'aider à accéder aux soins et la sensibiliser pour éviter les comportements à risque.



Mais l’effet peut être inverse, a noté M. Houansou : quelques soient les motifs invoqués pour imposer le dépistage du VIH, le risque de rejet lié à la séropositivité fait que « les individus peuvent être amenés à cacher leur séropositivité - si c’est possible - et vivre dans la clandestinité par rapport à la maladie et ne pas se soumettre au traitement approprié une fois arrivés dans le pays ». 



Suite aux pressions exercées par les activistes des droits humains et de la lutte contre le sida, certains pays ont décidé au cours des derniers mois de lever les interdictions de voyages liées au VIH, notamment les Etats-Unis et la Chine. D'autres pays, comme l'Ukraine et la Namibie, se sont engagés à le faire. Malgré ces avancées, 51 pays, territoires et régions imposent encore une forme de restriction au voyage, à l'entrée, au séjour ou à la résidence des personnes séropositives sur leur sol, selon l'ONUSIDA.



* Un nom d’emprunt



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