Les forêts du Nord-Kivu, refuge des déplacés

L’insécurité a fait des milliers de déplacés au sein de la population civile dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), forçant nombre d’entre eux à se cacher en forêt ou à chercher refuge chez d’autres familles, selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).



« Si ceux qui sont aujourd’hui en sécurité dans les camps bénéficient d’une aide alimentaire et non alimentaire, ainsi que de soins médicaux, la majorité d’entre eux sont encore réfugiés dans la forêt ou chez des familles d’accueil et ne bénéficient pas de la même aide », a expliqué David Nthengwe, porte-parole du HCR à Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu.



Depuis décembre, 15 508 personnes récemment déplacées ont été inscrites dans des dizaines de camps, portant à 116 000 le nombre total des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) qui se trouvent actuellement dans les 47 sites gérés par le HCR dans la région.



Selon David Nthengwe, l’organisme craint avant tout que les offensives continues du gouvernement et les assauts des miliciens armés, qui terrorisent la population civile, ne fassent davantage de déplacés.



« Notre préoccupation reste la sécurité des civils qui fuient pour échapper à ces offensives », a-t-il déclaré à IRIN le 27 janvier. « Nous ne pouvons pas nous rendre auprès de toutes les communautés touchées en raison de l’insécurité et de l’impraticabilité du terrain ».



Ces déplacements font suite à plusieurs offensives lancées par le gouvernement congolais en 2009 en vue d’éliminer la milice hutue menée par le Rwanda, et composée de 6 000 hommes, qui contrôle de vastes bandes de territoire, principalement dans les provinces des Kivu, riches en minerais. Le trafic de minerais contribue à financer la guerre.



Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), l’armée nationale, sont accusées de se rendre coupable de violations des droits humains dans le Nord et le Sud-Kivu, notamment de viols et de violences sexuelles généralisés.



Au moins 200 000 cas de violences sexuelles ont ainsi été recensés dans l’est de la RDC depuis 1996, selon les Nations Unies. Dans l’ensemble du pays, quelque 2,1 millions de personnes ont été déplacées par le conflit, dont environ 538 880 dans la province du Sud-Kivu et 1 130 000 dans le Nord-Kivu.



Les Nations Unies ont appelé la communauté internationale à aider les civils déplacés par les violences armées dans le nord-ouest de la RDC, déclarant que les déplacés du district du Sud-Ubangi avaient cruellement besoin d’une aide humanitaire.



Cette région se trouve dans la province d’Equateur, théâtre de flambées de violence intercommunautaires sporadiques depuis plusieurs décennies. En octobre, des affrontements, provoqués par une querelle sur les droits de pêche, ont éclaté à Dongou, donnant progressivement lieu à des violences armées généralisées.



« Après plusieurs semaines d’insécurité, la région est aujourd’hui suffisamment sûre pour y mener des opérations humanitaires », a assuré Abdou Dieng, coordinateur humanitaire par intérim en RDC.



La province d’Equateur compte au moins 60 000 personnes déplacées par les violences. Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, 109 000 personnes sont également parties chercher refuge en République du Congo et 18 000 en République centrafricaine.



Toutefois, en raison des faibles précipitations, le niveau des eaux de la voie navigable qui marque la frontière entre les deux Congo a baissé, un problème source de préoccupations importantes, car il s’agit là du seul itinéraire permettant l’acheminement des secours destinés à un grand nombre de ces réfugiés.



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