Épidémies de VIH et de tuberculose – quand on veut, on peut

Une personne séropositive sur six vit en Afrique du Sud, où sévit également, en parallèle, une épidémie de tuberculose (TB). Pendant plusieurs années, l’incompétence des dirigeants, la mise en œuvre catastrophique des politiques et l’absence de ressources ont sapé les efforts pour contrôler ces urgences de santé étroitement associées.



Ce sont là les conclusions de plusieurs éminents chercheurs et épidémiologistes locaux, qui racontent l’histoire des épidémies de VIH et de tuberculose dans « Health in South Africa » [La santé en Afrique du Sud], une série d’articles publiés par le journal médical britannique The Lancet.



L’évolution de l’épidémie de VIH en Afrique du Sud a commencé dans les années 1980, principalement chez les hommes gays. Dans les années 1990, le virus s’est rapidement propagé par la transmission hétérosexuelle, favorisée par le système de travailleurs migrants. L’épidémie a atteint son plus haut en 2005, avec un taux de prévalence de 30,2 pour cent chez les femmes enceintes.



Depuis, le nombre de nouveaux cas d’infections au VIH demeure élevé, mais la prévalence s’est stabilisée ou a même décliné dans certains groupes d’âge, ce qu’on peut largement attribuer à la mortalité liée au VIH.



Malgré la mise en œuvre tardive, en 2004, du programme de traitement antirétroviral (ARV), maintenant le plus important du genre, l’espérance de vie moyenne a diminué à 48,4 ans pour les hommes et 51,6 ans pour les femmes.



Depuis la fin des années 1990, l’épidémie de VIH a entraîné une brusque augmentation de l’incidence de la tuberculose : 50 pour cent des nouveaux cas de tuberculose se produisent chez des patients co-infectés par le VIH. La tuberculose est ainsi la première cause de mort naturelle en Afrique du Sud.



Les résultats médiocres des programmes de contrôle de la tuberculose et les faibles taux de guérison qui ont prévalu pendant des années ont provoqué l’émergence de souches résistantes au traitement et plus difficiles et coûteuses à diagnostiquer et à traiter. L’Afrique du Sud fait désormais partie des dix pays du monde qui présentent le plus important nombre de cas de tuberculose résistante au traitement.



Des dirigeants capables



Malgré des statistiques sinistres, les auteurs de The Lancet décrivent la réaction du gouvernement aux épidémies des dix dernières années comme marquée par « le déni, l’inaptitude, la stupidité et des efforts délibérés pour affaiblir les preuves scientifiques sur lesquelles se fonde l’action. »



Des réussites importantes, comme l’augmentation massive de la distribution de préservatifs, l’amélioration du programme de traitement antirétroviral et le développement de plans stratégiques nationaux bien formulés pour le VIH/SIDA et la tuberculose n’ont pas suffit pour surmonter l’absence d’engagement politique marqué dans la gestion de ces crises sanitaires.



D’après un système de pointage international [pour évaluer la réponse à l’épidémie de VIH/SIDA], plusieurs éléments des programmes nationaux révèlent que la situation de l’Afrique du Sud est pire que celle de nombre de ses voisins à bas revenu.



Les auteurs font remarquer que le changement d’administration, en 2008, offre l’occasion de s’attaquer aux épidémies de VIH et de tuberculose. Ils suggèrent également un certain nombre d’actions prioritaires. Pour le contrôle de la tuberculose, par exemple, ils recommandent l’amélioration du dépistage et des taux de guérison, ainsi que l’intégration des services pour le VIH et la tuberculose.



Pour renforcer la prévention du VIH, il faudrait d’abord utiliser toutes les données disponibles afin d’établir une vue d’ensemble plus précise des caractéristiques démographiques et des principaux facteurs de l’épidémie. Il faudrait par la suite améliorer la prévention de la transmission mère-enfant et les programmes pour modifier les comportements et élargir l’accès aux opérations de circoncision.



Le traitement du VIH pourrait être amélioré en offrant des tests de dépistage dans toutes les installations de santé et en élevant le seuil pour débuter un traitement antirétroviral à 350 cellules CD4.



Les programmes de traitement jouent un rôle important dans la prévention : des études démontrent que les patients qui commencent tôt le traitement antirétroviral ont moins de chances de transmettre le virus et plus de chances d’avoir accès à des services de santé sexuelle et reproductive.



Selon les auteurs toutefois, pour que la mise en œuvre de ces approches obtienne le succès escompté, l’engagement des dirigeants, la volonté politique, la mobilisation sociale, des ressources financières et humaines adéquates et le développement viable des services de santé seront nécessaires.



ks/he/gd