Partenaires, pères et frères

Fini le temps où les hommes sud-africains attendaient sur le trottoir pendant que leur petite amie ou épouse faisait la queue à la clinique pour une consultation anténatale ; une campagne se donne pour mission de créer un nouvel idéal masculin, et prendre ainsi une revanche sur l’ancienne vision des hommes.



La campagne « Brothers for Life » (Frères pour la vie), qui commence le 29 août, vise à responsabiliser les hommes trentenaires au sujet de leur santé et de celle de leurs partenaires. A cet effet, le programme aborde avec sérieux, et en se plaçant du point de vue d’un homme, des sujets tels que les partenaires multiples concomitants, les faibles taux de dépistage et, de manière générale, les comportements témoignant d’une relative indifférence aux questions de santé.



En Afrique du Sud, le taux de prévalence national du VIH est d’environ 11 pour cent, mais les hommes âgés de 25 à 49 ans ont un taux de contamination proche de 24 pour cent – soit plus de deux fois supérieur à la moyenne – d’après les résultats de la troisième enquête nationale sur le VIH publiée en juin par le Human Sciences Research Council (Conseil de recherche en sciences humaines).



Ce projet, qui met l’accent sur la différenciation des genres, s’appuie sur un partenariat entre Johns Hopkins Health and Education in South Africa, l’USAID (l'Agence américaine d'aide au développement international) et Sonke Gender Justice, une organisation qui s’intéresse aux aspects sociaux de l’épidémie de VIH.



Les questions soulevées ne sont certainement pas nouvelles, mais les organisateurs espèrent que cette campagne, qui mise sur une forte visibilité, permettra, grâce à son approche innovante, de toucher une population jusque là négligée par les programmes nationaux de lutte contre le VIH/SIDA, a expliqué Bafana Khumalo, co-directeur de Sonke Gender Justice.



D’après lui, de nombreux grands programmes de prévention du VIH, tels que Soul City ou LoveLife, ciblent les adolescents et les jeunes, malgré un besoin réel de prévention auprès des hommes d’âge moyen, qui sont exposés à des risques très élevés.



Les statistiques sur le rôle des hommes concernant divers sujets, allant du préservatif au viol, sont certes importantes, mais ont probablement masqué une certaine réalité de la population masculine sud-africaine, a déclaré Richard Delate, directeur pays des programmes au sein de Johns Hopkins Health and Education in South Africa.



« Nous savons que la majorité des hommes ont un seul partenaire, que la majorité des hommes utilisent des préservatifs, et que la majorité des hommes ne consomment pas d’alcool en quantité excessive », a dit à IRIN/PlusNews M. Delate. « Brothers for Life a pour objectif de mobiliser des hommes pour créer un mouvement autour des vraies valeurs qui font la force des hommes sud-africains. »



Le problème, c’est que souvent, les hommes n’acceptent pas d’être perçus comme des « gentils », a expliqué Nhlanhla Vezi, médiatrice pour The Valley Trust, une ONG (organisation non gouvernementale) de santé basée dans le KwaZulu-Natal, qui fait partie des 30 ONG chargées de mettre en place le projet Brothers for Life. « Il arrive parfois qu’un homme dise qu’il a trois petites amies, alors qu’en réalité il n’a aucune partenaire. »



Alors que les relations sexuelles entre des femmes jeunes et des hommes plus âgés sont considérées comme l’un des principaux facteurs responsables des forts taux de prévalence du VIH, M. Delate a déclaré que les hommes impliqués dans le mouvement Brothers for Life pourraient bien réussir à faire baisser le nombre de nouvelles contaminations, en incitant les hommes à adopter des pratiques sexuelles plus responsables, et à en parler.



Quand les héros locaux deviennent des stars



La campagne ne s’arrête pas à la porte de la chambre à coucher : elle encourage les hommes à assumer leur rôle de père activement et le plus tôt possible, en commençant par s’impliquer dans les services de prévention de la transmission de la mère à l’enfant (PTME) qui sont proposés à leur partenaire. M. Vezi a déclaré que les hommes avec lesquels il travaillait étaient enthousiasmés par le programme Brothers for Life, qui ne se contentait pas de les stéréotyper en les présentant comme violents et irresponsables.



« Les hommes disent toujours : « Nous voulons être formés sur les questions de PTME et tout ce qui nous permettra de mieux comprendre nos partenaires. » Ils disent que les femmes leur reprochent trop souvent de ne pas s’impliquer », a-t-il expliqué. « Les hommes disent : « Nous ne savons pas quoi faire pour vous aider, la seule chose que nous puissions faire, c’est vous conduire à la clinique et attendre dans la voiture pendant que vous faites la queue ».



Les femmes ont déjà eu leur mot à dire dans le cadre de la partie médias de la campagne : elles ont été chargées d’élire la plupart des hommes que l’on peut voir sur les affiches et dans les spots publicitaires.



Xolisa Dyeshana, directeur artistique de la campagne, a fait partie de l’équipe de Joe Public, l’agence de publicité sud-africaine qui a créé le visuel lisse et haut de gamme de la campagne. Plutôt que de faire appel à des acteurs ou des mannequins pour les spots publicitaires et les affiches, l’équipe a demandé à des femmes de sélectionner les hommes qu’elles jugeaient dignes d’incarner les valeurs de responsabilité et de bien-être mises en avant par la campagne.



« Nous nous sommes rendus dans différentes communautés, où nous avons présenté le concept aux femmes, avant de leur demander d’élire des hommes dont elles pensaient qu’ils représentaient ces valeurs », a dit M. Dyeshana à IRIN/PlusNews.



« Nous n’avons utilisé ni habits spéciaux, ni maquillage. L’homme que vous voyez dans la pub pour la PTME est vraiment avec cette femme dans la vie, et ils attendent vraiment un enfant », a-t-il dit. « Nous essayons de créer une nouvelle norme sociale. »



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