Mieux faire passer le message du sida aux élèves

Rémy Nzayo, enseignant dans une école primaire à Douala, la capitale économique du Cameroun, a dispensé des cours sur le sida à ses élèves tout au long de l’année scolaire. Lorsqu’il a décidé de les soumettre à un test de connaissances, peu avant le début des vacances scolaires, il a eu quelques surprises.



Quand M. Nzayo a demandé à ses élèves, dont la moyenne d’âge est de 11 ans, de citer les différents moyens de protection contre le VIH, presque tous ont alors levé le doigt.



Choisis au hasard, quelques élèves ont répondu, à la satisfaction de l’enseignant, qu’il fallait utiliser le préservatif lors des rapports sexuels, être fidèle à son partenaire, pratiquer l’abstinence, ou encore éviter le contact avec des objets souillés.



Mais en creusant un peu, M. Nzayo s’est aperçu que certains élèves récitaient leurs leçons sans vraiment en cerner la signification, ou en les interprétant à leur manière.



Répondant à une question de l’enseignant sur la façon dont ils entendaient s’abstenir plus tard, deux élèves ont affirmé qu’ils le feraient en restant fidèles à leurs partenaires. A propos des objets souillés, un autre a affirmé que le sida pouvait s’attraper « en buvant dans le même gobelet qu’un séropositif » tandis qu’un autre encore a suggéré d’éviter de « toucher les sous-vêtements » d’une personne infectée.



En dépit de ces réponses, M. Nzayo ne s’est pas avoué vaincu. « Ce genre d’erreurs est commis par des élèves distraits comme on en rencontre, hélas, dans toutes les classes », a-t-il dit à IRIN/PlusNews.



Les autres élèves de M. Nzayo ont tous répondu correctement aux questions : pour cet enseignant, comme pour les acteurs de la lutte contre le sida en milieu scolaire, cela signifie que l’enseignement du sida à l’école n’est pas vain, mais que pour bien faire passer le message du sida dès le plus jeune âge, il faut y consacrer davantage de temps, adapter ce message à un auditoire jeune et mieux former les enseignants, en adoptant un programme harmonisé qui leur permette d’éviter de diffuser des informations contradictoires, sources de confusion dans l’esprit de leurs élèves.



Harmoniser l’enseignement du sida



Il n’est jamais trop tôt pour commencer à sensibiliser les populations sur le risque VIH, a estimé le docteur Mamadou Lamine Sakho, coordonnateur pays du Programme commun des Nations Unies sur le sida (ONUSIDA) au Cameroun.



« Il est absolument indispensable d’agir sur le comportement des enfants dès le bas âge par des programmes d’enseignements harmonisés, de manière à ce qu’ils soient responsables lorsqu’ils atteindront l’âge de la sexualité », a-t-il dit.



Une sensibilisation d’autant plus importante que la propagation du VIH chez les jeunes scolaires au Cameroun et dans les cinq autres pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) est préoccupante, a-t-il estimé. « Nous avons des taux de prévalence qui varient [selon les pays] entre trois et 10,7 pour cent, et les nouvelles infections se développent assez rapidement chez les jeunes de 15 à 24 ans ».









« Il est absolument indispensable d’agir sur le comportement des enfants dès le bas âge par des programmes d’enseignements harmonisés, de manière à ce qu’ils soient responsables lorsqu’ils atteindront l’âge de la sexualité »

Officiellement, l’enseignement du sida doit être dispensé dans toutes les écoles du Cameroun, comme à l’école pilote petit Saker groupe I de Douala, où exerce M. Nzayo.



Les cinq autres pays de la CEMAC ont également intégré l’éducation au VIH et sida dans les programmes scolaires, mais ces programmes ne sont pas « organisés et concertés », selon Haman Adama, ex-ministre camerounais de l’Education de base.



C’est dans le but de combler cette lacune que les ministres en charge de l’éducation des Etats membres de la CEMAC ont adopté en octobre 2008, à Douala, un Programme harmonisé d’intégration de l’éducation au VIH et sida dans les systèmes scolaires.



Ce programme prévoit que les enseignements, dispensés dans les cycles primaires et secondaires de l’enseignement général et technique, porteront notamment sur les modes de transmissions du VIH, les moyens de protection, le système de prise en charge, l’accès aux soins, l’importance des tests de dépistage. Les questions de genre, de droit humain, de sexualité et de lutte contre la stigmatisation et la discrimination entre autres seront également abordées.



L’objectif de ce programme est de répondre au problème de « l’ignorance, un facteur aggravant de la transmission rapide du VIH/SIDA chez les jeunes scolaires en particulier, et chez les jeunes en général », selon M. Sakho.



Des enseignants mieux armés



Une initiative bien accueillie par les intervenants dans la lutte contre le sida, car l’éducation sur le sida ne s’improvise pas – or pour l’instant, les enseignants sont un peu livrés à eux-mêmes.



« [Certains] enseignants n’ont pas appris ces méthodologies d'introduction des thèmes de santé reproductrice et [ils] ont eux-mêmes honte de parler de leur propre sexualité », a noté Chantal Njomou, encadreur technique au programme germano-camerounais de santé sida, piloté par la coopération technique allemande (GTZ).



Le programme harmonisé entend aussi régler la question de l’insuffisance du temps consacré à l’éducation au VIH dans les écoles. Le temps minimum recommandé pour que l’éducation au VIH et sida dispensée « soit de qualité et pour qu’il y ait un impact sur les comportements et les attitudes est de 64 heures par année scolaire », selon document de référence de la CEMAC.



M. Nzayo a évalué à 22 le nombre d’heures annuelles qu’il consacrait jusqu’à maintenant à l’enseignement du VIH.



En adoptant le programme harmonisé, les ministres en charge de l’éducation en Afrique centrale entendent contribuer à réduire d’ici à 2015 d’au moins 50 pour cent les nouvelles infections parmi les élèves, enseignants et autres personnels éducatifs.



« Nous sommes convaincus que d'ici cinq ans, les instituteurs qui bénéficient de l'introduction de ces modules dans les formations de l'enseignement [au Cameroun] seront à la hauteur de dispenser [efficacement] ces enseignements sur le VIH et le sida à leurs élèves », a dit Mme Njomou, de la GTZ.



A condition que les Etats aient la capacité de mobiliser les ressources financières nécessaires à la mise en application de ce programme, ont plaidé les ministres de l’Education de la CEMAC.



rk/ail