Fin de l’aide alimentaire – les déplacés séropositifs en difficulté

Stella Aceng, mère de 10 enfants, qui vit dans la région de Gulu, dans le nord de l’Ouganda, a quitté récemment le camp pour personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) où elle habitait depuis 20 ans pour retourner s’installer dans le village de son enfance, mais ce retour au village a été pour le moins difficile.



« Je suis le seul soutien de famille, mais je suis malade [séropositive] ; je n’ai pas la force de cultiver ou de planter des fruits et légumes pour la famille », a-t-elle confié à IRIN/PlusNews. « Nous dépendions des vivres fournis par le Programme alimentaire mondial [PAM, une agence des Nations Unies] et des autres aides apportées aux habitants des camps de PDIP, mais la situation s’est aggravée il y a quelques mois, lorsque l’aide s’est arrêtée ».



En raison d’un manque de financements, le PAM avait en effet annoncé, en 2008, une réduction de ses programmes en Ouganda, et notamment la fin des opérations d’aide alimentaire aux personnes séropositives.



« Nous ne fournirons plus d’aide alimentaire qu’aux PDIP séropositifs extrêmement malades ou à ceux dont l’état de santé a rechuté, sur les conseils des travailleurs de la santé », a indiqué à IRIN/PlusNews Bai Mankay Sankoh, qui dirige les bureaux du PAM à Gulu.



La famille de Stella Aceng prend un seul repas par jour, généralement composé de sorgho bouilli au sel, ou de manioc et de fèves. « On a envie de manger, mais c’est impossible de se sentir rassasié avec la nourriture qu’on a ; on doit persévérer, en sachant qu’il n’y aura rien, ou pas grand-chose, à manger pour demain », a-t-elle déclaré. « En vivant comme ça, je peux mourir à tout moment, parce que pour prendre mes médicaments [antirétroviraux], j’ai besoin de bien me nourrir ».



La fille aînée de Mme Aceng, Pamela Ayaa, 21 ans, gagne moins d’un dollar par jour en travaillant sur un chantier de construction local. « On a trop de besoins, ma mère est affaiblie et les membres de notre famille ne peuvent pas nous aider beaucoup parce qu’ils commencent eux aussi une nouvelle vie, de retour au village après avoir vécu 20 ans dans un camp de PDIP », a-t-elle déclaré.



L’enseignement primaire et secondaire est gratuit en Ouganda, mais aucun de ses frères et sœurs ne va à l’école, car la famille n’a pas les moyens d’acheter des uniformes, ni des manuels, ni de couvrir les frais de transport occasionnés par les déplacements entre la maison et l’école.



En raison d’un conflit prolongé entre l’Armée de résistance du Seigneur, mouvement rebelle, et les forces du gouvernement, plus d’un million de personnes ont été contraintes de vivre dans des camps souvent dangereusement surpeuplés, parfois pendant plus de 20 ans ; mais après une accalmie de deux ans et à mesure que progresse le processus de paix, les PDIP sont encouragés à quitter les camps. Selon les autorités locales, environ 40 pour cent d’entre eux se sont installés dans des camps de réinstallation, plus proches de leurs villages d’origine.



Bon nombre de rapatriés ayant pu se réinstaller dans leurs fermes et reprendre leurs activités de production agricole, le PAM est en train de mettre progressivement fin à ses opérations de distribution alimentaire générale dans le nord ; les responsables du gouvernement ont néanmoins appelé l’agence à continuer de fournir une aide alimentaire aux plus vulnérables.



Certaines organisations non-gouvernementales (ONG) locales s’inquiètent également à l’idée que les services, sanitaires et autres, ne puissent pas faire face à l’exode massive des populations des camps ; aujourd’hui, de nombreux PDIP séropositifs sont notamment contraints de marcher pendant des jours entiers pour aller retirer leurs réserves mensuelles d’ARV, et ne peuvent pas parcourir ce trajet s’ils manquent de vivres.



Selon le ministère de la Santé, la prévalence du VIH dans la région centre-nord de l’Ouganda s’élève à un peu plus de huit pour cent, un taux légèrement plus élevé que la moyenne nationale de 6,4 pour cent.



Sur la voie de l’autonomie



Dans la ville d’Amuru, une quarantaine de PDIP séropositifs se sont unis pour lancer un commerce collectif qui leur permettra, espèrent-ils, de combler le vide laissé par l’aide alimentaire du PAM et de générer des revenus ; ce groupe a été baptisé « Can Kwiya Goro » (« la pauvreté ne connaît pas la faiblesse », en acholi, le dialecte local).



« Nous parcourons cinq kilomètres à pied chaque matin pour aller acheter des tomates au village d’Olwal, où les villageois en ont planté beaucoup », a expliqué Christine Oyella, membre du groupe. « Je gagne 6 000 shillings [trois dollars] pour chaque bac de tomates que je vends ». Chaque jour, à la fermeture du marché, les femmes déposent chacune 0,25 dollar dans une petite tirelire en bois, pour contribuer au développement de leur commerce.



Selon M. Sankoh du PAM, bien que les opérations d’aide alimentaire aient pris fin, l’agence continue d’apporter aux personnes séropositives une aide au recouvrement de leurs moyens de subsistance, pour les encourager à être plus autonomes.



« Le PAM prévoit de soutenir 300 foyers séropositifs qui vivaient auparavant dans des camps de PDIP, à Gulu et Amuru, en leur fournissant 240 cochons, 300 chèvres et 30 ruches chaque année, au moins pour les prochaines années », a-t-il indiqué. « [Pour leur permettre], grâce à cette aide, de pouvoir s’occuper de leurs familles et d’eux-mêmes ».



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