Des signes de malnutrition de plus en plus alarmants chez les enfants

En raison de la pauvreté croissante, du chômage et de l’insécurité alimentaire qui sévissent à Gaza, aggravés par la dernière offensive israélienne, menée sur 23 jours, les enfants sont de plus en plus menacés par la malnutrition, selon les agences des Nations Unies, les responsables du ministère de la Santé et les organisations non-gouvernementales (ONG) spécialisées dans le domaine de la santé, dans la bande.



Les signaux d’alarme préoccupent les responsables de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une agence des Nations Unies : des indicateurs de malnutrition à la hausse (par exemple, un plus grand nombre de cas de retard de croissance, d’émaciation et d’enfants présentant une insuffisance de poids) et un taux élevé d’anémie, qui se maintient, chez les enfants et les femmes enceintes.



L’évaluation qualitative de la sécurité alimentaire à Gaza, menée en 2008 et au début de l’année 2009 par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), révèle une augmentation de l’insécurité alimentaire, par rapport à 2007, selon Erminio Saco, conseiller en sécurité alimentaire auprès de la FAO, qui exerce à Jérusalem ; et d’après le Bureau central palestinien de la statistique (PCBS), l’obtention de vivres et la consommation d’énergie ont diminué de 10 pour cent à Gaza, entre 2005 et 2007.



Ces 18 derniers mois, le secteur agricole lutte pour faire face au blocus imposé par Israël sur les importations et les exportations, qui entraîne une baisse de la productivité et limite l’accès à des aliments frais abordables, selon la FAO.



Retards de croissance



Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a annoncé en janvier que 10,3 pour cent des enfants de moins de cinq ans présentaient des retards de croissance (taille insuffisante par rapport à l’âge), une tendance qui s’est progressivement renforcée ces dernières années.



Les retards de croissance sont généralement imputés à une carence chronique en protéines et en micronutriments, notamment en fer et en vitamines essentielles, selon l’OMS. « Plus de 10 pour cent des enfants de Gaza souffrent de malnutrition chronique », a indiqué Mahmoud Daher, représentant de l’OMS à Gaza, faisant état d’une légère augmentation, par rapport à 2008.



L’hygiène des enfants s’est aussi dégradée, l’alimentation en électricité étant erratique depuis le début du blocus. Le lavage des vêtements et les bains sont limités, surtout pendant le conflit, selon les habitants.



En avril 2008, Gaza comptait environ 255 000 enfants de moins de cinq ans, selon les estimations de l’UNICEF, dont quelque 26 265 risquaient de souffrir de malnutrition, et 657 étaient sans doute gravement émaciés.



Les deux tiers de la population environ (dont 50 pour cent a moins de 18 ans) seraient en proie à l’insécurité alimentaire, selon la FAO.



Emaciation et sous-poids



Le nombre d’enfants de moins de cinq ans souffrant de malnutrition aiguë (c’est-à-dire d’émaciation, poids insuffisant par rapport à la taille) à Gaza a quasi doublé entre 2006 et 2008, passant de 1,4 à 2,4 pour cent, selon l’UNICEF. L’émaciation est considérée comme un problème de santé publique lorsqu’elle touche plus de cinq pour cent de la population, mais l’OMS s’inquiète de cette recrudescence marquée.



En 2008, 2,5 pour cent des enfants de moins de cinq ans étaient en sous-poids (poids insuffisant par rapport à l’âge), selon la branche gazaouie de l’OMS.



Anémie



« L’anémie est fréquente chez les enfants et les femmes enceintes à Gaza et le taux fluctue en fonction de l’accès aux vivres et de la situation politique et économique dans la région », a indiqué M. Daher.



Les responsables de l’OMS pensent que les carences en fer et en vitamine A se sont aggravées pendant et depuis le conflit. Les résultats de l’évaluation du taux d’anémie, menée à l’heure actuelle par l’OMS à Gaza devraient être communiqués en mai, mais d’après M. Daher, 65 pour cent des enfants âgés de 9 à 12 mois, et 35 pour cent des femmes enceintes sont anémiques. 














Photo: Erica Silverman/IRIN
Depuis qu’on lui a diagnostiqué une anémie, Karram El-Essy, 10 mois, de la zone d’A-Tufah, à Gaza-Ville, est emmené chez Ard El-Insan, une ONG locale, trois fois par semaine pour des compléments nutritionnels

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) devrait également mener une évaluation en juillet, mais l’organisme se préoccupe également de l’augmentation des cas d’anémie, selon Mohammed Maqadma, responsable sanitaire à l’UNRWA.



Il existe une corrélation positive entre la malnutrition et la faible consommation de viande (protéines animales), la faible consommation de fruits, et le nombre de membres ainsi que les revenus de la famille, selon l’UNICEF.



La quantité de fruits frais et de protéines abordables en vente sur le marché gazaoui a été considérablement réduite par les restrictions, selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA). « La dernière cargaison de bétail a été acheminée dans Gaza le 31 octobre 2008, et depuis que le Hamas a pris le pouvoir, en juin 2007, les importations de bétail sont strictement limitées », a indiqué Hamada al-Bayari, responsable de terrain d’OCHA à Gaza.



Selon Fouad Issawi, directeur des 56 centres de santé primaire du ministère de la Santé à Gaza, les cas de retards de croissance et d’anémie ont augmenté en 2008 et 2009. Depuis 2007, les centres de santé primaire ont besoin d’une quantité bien plus importante d’anti-anémiques (tels que le carbonate de fer, couplé à de la vitamine C, et l’acide folique), a-t-il expliqué.



« Nos centres ont observé une recrudescence de l’anémie chez les enfants en 2008, et cette tendance se poursuit », a confirmé Adnan al-Wahaidi, directeur de l’association caritative Ard al-Insan, à Gaza, la principale ONG spécialisée dans le domaine de la santé, qui aide quelque 16 000 enfants sous-alimentés.



« Les femmes dont les enfants sont en sous-poids ou émaciés sont de plus en plus nombreuses à venir au centre, ces derniers mois ; beaucoup ont perdu leur mari au cours du dernier conflit ou ont un mari au chômage ».



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