La méthode douce, pour lutter contre certaines traditions à risque

Au Timor-Leste, certaines traditions et pratiques préjudiciables influent négativement sur le taux de mortalité des nourrissons et la mortalité maternelle, selon les experts. Mais lutter contre celles-ci est une question délicate.



Selon Nadine Hoekman, directrice nationale et chargée de programmes à Health Alliance International (HAI), une organisation non-gouvernementale (ONG) sise à Washington, qui travaille en collaboration avec le ministère de la Santé, il est difficile de quantifier ce problème.



« Aucune statistique n’indique le taux de mortalité et de morbidité spécifiquement lié à ces pratiques », a-t-elle expliqué ; il est même difficile de déterminer précisément le nombre de cas de décès chez les mères et les nouveau-nés, ces décès n’étant souvent pas signalés, a-t-elle ajouté.



« Il arrive assez souvent qu’après l’accouchement, la mère reste près d’un feu pendant trois mois », a expliqué Macu Guterres, coordinatrice de l’Association nationale pour l’allaitement de la Fondation Alola, une NGO qui soutient les femmes et les enfants du Timor-Leste.



« Elles se font un petit lit près du feu et dorment là, pendant que le feu brûle 24 heures sur 24 », a-t-elle indiqué ; la chaleur qui se dégage du feu, a-t-elle expliqué, permettrait au sang « sale » qui circule dans leur organisme après l’accouchement de s’évaporer.



« Cela peut nuire à la santé du bébé, et à celle de la maman », a-t-elle expliqué. « Le bébé peut faire de l’asthme ou avoir des difficultés à respirer en raison de la fumée. Cela arrive souvent à Oecussi », une enclave timoraise située en plein cœur de l’Indonésie.









« ...Au lieu de partir du principe que tout ce qui est traditionnel est mauvais, et que tout ce qui est moderne est bon, nous avons choisi de rechercher un moyen de soutenir les pratiques traditionnelles sans risque... »

Selon les statistiques publiées par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), la mortalité des nourrissons atteignait 77 décès pour 1 000 naissances vivantes au Timor-Leste, en 2007, un taux « relativement élevé » pour la région.



Le Timor-Leste affiche un des taux de croissance démographique les plus élevés du monde, chaque femme donnant naissance, en moyenne, à 6,5 enfants, selon World Population Prospects, un rapport publié par les Nations Unies sur les perspectives démographiques mondiales.



Plusieurs ONG s’efforcent de sensibiliser les populations aux risques que peuvent comporter de telles coutumes pour les mères et les bébés, mais la tâche n’est pas aisée, le taux d’alphabétisation s’élevant à un peu plus de 50 pour cent seulement, selon les Nations Unies.



Les accoucheuses traditionnelles



Dans les régions rurales, en particulier, les femmes enceintes font souvent appel à des accoucheuses traditionnelles (ou « dukuns »), qui administrent des remèdes traditionnels et observent parfois des pratiques préjudiciables. Selon les estimations de la Fondation Alola, seules 10 pour cent des femmes du Timor-Leste accouchent en présence d’une sage-femme qualifiée.



Entre autres pratiques préjudiciables, selon HAI, les « dukuns » peuvent encourager les mères à pousser trop tôt, ou insérer du riz ou d’autres substances dans la filière pelvigénitale pour « attirer le bébé et l’inciter à sortir ».



« Parfois, ce choix [de sage-femme] s’explique par le fait que la communauté croit plus en la compétence et en les pratiques d’une accoucheuse traditionnelle, qu’en celles d’un prestataire de santé qualifié », a expliqué Mme Hoekman.














Photo: Wikimedia Commons
Carte du Timor-Leste et des pays voisins

Autre croyance populaire : le colostrum, le lait riche en nutriments que sécrètent les mères au cours des dernières phases de la grossesse et immédiatement après l’accouchement, est mauvais pour le bébé.



« Elles pensent que nourrir le bébé à l’eau et au miel plutôt qu’au colostrum permet de lui nettoyer l’estomac et les intestins, et de retirer le sang souillé », a expliqué Mme Guterres, de la Fondation Alola, ajoutant que l’organisme bénéficiait de l’aide de 436 bénévoles, qui travaillent dans des « groupes de soutien aux mères », dans neuf régions du pays.



Selon Rogerio Pedro Sam, gynécologue obstétricien à la Pharmacie/Clinique de la Mère de l’aide perpétuelle, à Bidau (une zone de Dili), une autre coutume préjudiciable est observée par les mères, après l’accouchement : celles-ci prennent un bain brûlant et boivent de l’eau très chaude. « Parfois, elles se brûlent la peau », a-t-il rapporté ; l’eau chaude est censée purger l’organisme après l’accouchement, en éliminant le sang « sale », a-t-il également expliqué.



Selon le docteur Sam, ces pratiques préjudiciables sont particulièrement fréquentes dans les régions rurales, où vit 70 pour cent du million d’habitants que compte le pays.



« Il faut du temps pour faire évoluer les comportements. Dans le cadre de notre travail, nous essayons d’adopter une approche à volets multiples, en employant différentes stratégies pour traiter différentes questions, en véhiculant des messages toujours simples et cohérents, mais en les véhiculant de diverses manières », a indiqué Mme Hoekman de HAI.



« Au lieu de partir du principe que tout ce qui est traditionnel est mauvais, et que tout ce qui est moderne est bon, nous avons choisi de rechercher un moyen de soutenir les pratiques traditionnelles sans risque ».



mc/ds/cb/nh/ail