Une déclaration du gouvernement sur les vaccins sème la confusion

Une remarque de la ministre indonésienne de la Santé pourrait remettre en question le programme de vaccination systématique, essentiel pour contenir les épidémies de maladies évitables chez les enfants.



La couverture vaccinale systématique a déjà diminué ces dernières années, selon les spécialistes de la santé.



En Indonésie, environ un demi-million d’enfants ne se voient administrer aucun vaccin avant leur premier anniversaire, selon une enquête publique récente, et 2,4 millions d’enfants ne sont que partiellement immunisés.



« Près d’un enfant sur deux n’est pas complètement immunisé à l’âge d’un an », a expliqué à IRIN Anne Vincent, directrice du service de survie et de développement des enfants au Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), à Jakarta. « Plus tôt l’enfant est vacciné, mieux il est protégé », a-t-elle ajouté.



En Indonésie, un bébé meurt toutes les trois minutes, et 460 chaque jour, selon l’UNICEF.



Près de cinq millions de bébés ont besoin d’être systématiquement vaccinés contre la tuberculose, la polio, la diphtérie et la coqueluche, l’hépatite B et la rougeole, chaque année, selon l’organisme.



« Ces chiffres nous préoccupent beaucoup », a déclaré la représentante de l’UNICEF, qualifiant le programme d’immunisation systématique d’essentiel pour réduire le taux de mortalité infantile, l’un des Objectifs du millénaire pour le développement que le pays s’est fixés.



Une remarque controversée



Ses propos faisaient suite aux informations, communiquées le mois dernier, selon lesquelles Siti Fadillah Supari, ministre de la Santé, souhaiterait mettre fin à la vaccination des enfants contre la méningite, les oreillons et quelques autres maladies, de crainte que les entreprises pharmaceutiques étrangères ne se servent du pays comme d’une zone de test.



La ministre souhaiterait obtenir des « preuves scientifiques » que les vaccins contre certaines maladies telles que la pneumonie, la varicelle, la grippe, la rougeole et la typhoïde sont « bénéfiques », a rapporté l’Associated Press dans un article daté du 25 mars.



« Dans le cas contraire, ils doivent être arrêtés », aurait-elle déclaré, refusant d’expliciter ses propos. « Nous ne voulons pas que notre pays soit une zone d’essais pharmaceutiques, comme c’est le cas en Afrique ».



La ministre continuera néanmoins de préconiser la vaccination contre la rougeole, la polio, la diphtérie et la coqueluche, le tétanos, l’hépatite B et la tuberculose, selon l’article.



Les conséquences possibles



Mais de tels propos risquent de semer la confusion non seulement au sein des autorités sanitaires provinciales, mais aussi chez les mères elles-mêmes, dont bon nombre ne connaissent déjà pas les bienfaits de la vaccination systématique ou craignent que leurs enfants ne souffrent d’éventuels effets secondaires.



Si plus de 87 pour cent des nourrissons sont vaccinés contre la tuberculose, le premier vaccin qui leur est administré, seuls 46 pour cent sont complètement immunisés à la fin de leur première année, selon l’enquête publique.



Après l’Inde, la Chine et le Nigeria, l’Indonésie est actuellement le quatrième pays au monde comptant le plus grand nombre d’enfants non-vaccinés, et l’on s’inquiète encore à l’idée que la situation puisse empirer, malgré les progrès importants accomplis par le pays.



« Le nombre d’enfants qui ne sont pas complètement immunisés à leur premier anniversaire est extrêmement élevé », a indiqué Mme Vincent. 




Photo: UNICEF/ EDY PURNOMO
Un élève se fait vacciner contre le tétanos pendant la campagne de vaccination contre le tétanos menée par l’UNICEF auprès des élèves du Lycée SMAN 1 Kepahiang

« Ce pays a accompli d’importants progrès, ces dernières années », a-t-elle ajouté, citant comme exemple la réaction des autorités face à l’épidémie de polio de 2005, au cours de laquelle quelque 30 millions d’enfants avaient été vaccinés. « Aujourd’hui, cela fait trois ans que ce pays est à l’abri de la polio ».



En outre, d’ici à l’an 2012, l’Indonésie aura éliminé les tétanos maternel et néo-natal.



« Ces fantastiques accomplissements ne sont pas viables si le programme de vaccination systématique n’est pas soutenu comme il se doit », a-t-elle averti, notant que toute confusion à ce propos risquait de gravement saper les efforts d’immunisation contre la tuberculose, la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, la polio, l’hépatite B et la rougeole.



« C’est une de nos principales préoccupations », a-t-elle indiqué, ajoutant néanmoins que le directeur général des services de contrôle des maladies lui avait affirmé que la politique publique n’avait pas été modifiée.



Quant à l’intégration des nouveaux vaccins prévus (dont le vaccin contre le rotovirus, qui protège les enfants contre les maladies diarrhéiques, et un autre, contre la pneumonie), Mme Vincent espère qu’elle aussi restera en bonne voie.



« Ces nouveaux vaccins pourraient vraiment permettre de réduire considérablement le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans », a-t-elle déclaré.



En Indonésie, selon l’édition 2009 du Rapport sur la situation des enfants dans le monde, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans s’élève à 31 pour 1 000 naissances vivantes.



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