Encore à faire pour éradiquer le sida des prisons

Les efforts de prévention et de traitement du VIH menés depuis quatre ans dans la prison centrale de Douala, la capitale économique du Cameroun, ont permis d’améliorer de manière significative la situation des détenus, mais les problèmes de malnutrition et d’accès à des outils de prévention, comme les préservatifs, constituent toujours des obstacles.



Plus de 3 000 détenus s’entassent dans cette prison de moins de 700 places, la plus importante du pays. Les conditions de détention y favorisent la propagation rapide de maladies transmissibles parmi les détenus : depuis 2004, sur les 80 décès recensés en moyenne chaque année dans cette prison, la majorité sont dus à des maladies comme le sida et la tuberculose, selon des statistiques officielles.



En 2005, le gouvernement a lancé avec l’aide de la coopération allemande GTZ un programme de lutte contre le sida et la tuberculose en milieu carcéral, qui prévoit notamment la sensibilisation des détenus, les visites médicales à l’incarcération et la prise en charge psychologique et médicale des détenus tuberculeux et/ou séropositifs.



Les tests VIH et tuberculose sont désormais systématiquement proposés aux nouveaux prisonniers. « Ces tests sont facultatifs, mais la plupart des détenus les acceptent », a dit le docteur Germain Amougou, médecin principal de la prison.



Par ailleurs, plusieurs détenus ont été formés comme pairs éducateurs et une association de détenus séropositifs a été créée pour assurer la prévention.



«Dès qu’un nouveau [détenu] arrive, nous commençons à le sensibiliser avant même que le test de dépistage lui soit proposé », a expliqué Roger Essomba, l’un de ces pairs éducateurs, incarcéré à la prison de Douala depuis 10 ans et testé positif au VIH à son arrivée.



Le programme de prévention a aussi permis de placer « sous surveillance » le rasage des prisonniers. « Nous avons des coiffeurs [prisonniers] à qui nous remettons du matériel de désinfection [alcool et eau de javel] et 3 000 lames par mois. Nous insistons sur l’utilisation d’une lame par détenu », a expliqué M. Amougou.



Globalement, ces efforts de prévention en milieu carcéral ont permis d’obtenir des résultats encourageants, a-t-il noté : le taux de séroprévalence dans la prison a fortement diminué, passant de 12,9 pour cent en 2005, au lancement du programme, à 7,1 pour cent en 2008 – un chiffre qui reste néanmoins supérieur au taux de séroprévalence nationale estimé à 5,5 pour cent, selon les autorités.










''...C’est difficile, voire impossible, de supporter le traitement [ARV] sans manger. Et la quantité de nourriture que nous recevons par service tient à peine dans la paume de la main...''

Encore à faire




Des « failles » persistent malgré tout, a noté une source interne à la prison.



Le problème de la sous-nutrition reste l’un des obstacles majeurs à la réussite du traitement ARV des prisonniers, a confirmé M. Amougou.



« Plusieurs détenus sous ARV suspendent leur traitement ou sautent les prises de médicaments parce qu’ils ont une carence nutritionnelle », a-t-il confirmé. « Nous sommes très [inquiets] car le risque d’un échec thérapeutique est réel ».



Les ARV, des médicaments particulièrement actifs, ne doivent pas se prendre « sur un ventre vide », et une thérapie antirétrovirale ne doit jamais être interrompue, sous peine de mettre la vie du patient en danger ou de lui faire développer des résistances aux médicaments.



Il faudrait donc que les détenus sous traitement aient une alimentation riche et équilibrée, mais c’est loin d’être le cas à la prison de Douala, où la ration alimentaire pénale est maigre et invariable : maïs à midi, et riz le soir. Le budget alimentaire de cette prison est de 109 millions de francs CFA [209 000 dollars] par semestre – trop peu pour nourrir correctement tous les détenus.



M. Essomba a expliqué avoir différé à maintes reprises la prise de ses médicaments antirétroviraux (ARV) à cause des vertiges provoqués par le manque de nourriture.



« C’est difficile, voire impossible, de supporter le traitement [ARV] sans manger », a-t-il dit. « Et la quantité de nourriture que nous recevons par service tient à peine dans la paume de la main ».



Et la situation ne s’améliore pas : avec la hausse des prix des denrées alimentaires dont le riz et le maïs, l’état nutritionnel des détenus se détériore chaque jour un peu plus, selon les autorités pénitentiaires.



Impuissants face à cette situation, l’administration pénitentiaire ne peut compter que sur l’aide extérieure qui n’arrive qu’au compte-goutte, provenant généralement des familles de détenus et de quelques organisations de la société civile. Des partenaires ont été sollicités mais n’ont pas encore répondu, ont dit des responsables de l’administration.



Autre obstacle, le préservatif n’est toujours pas utilisé à l’intérieur de la prison, la législation interdisant les relations sexuelles en milieu carcéral. Pourtant, d’après M. Amougou, près de 90 pour cent des nouvelles infections au VIH à la prison de Douala sont dus aux rapports sexuels non protégés.



Deux distributeurs de préservatifs ont néanmoins été installés dans l’enceinte de la prison, l’un dans l’entrée principale où les détenus autorisés à sortir temporairement peuvent se les procurer, et l’autre dans la salle de sensibilisation où les pairs éducateurs utilisent des préservatifs pour les démonstrations.



« C’est difficile de mettre les préservatifs à la disposition des prisonniers à l’intérieur de la prison. Mais on ne peut pas parler de prévention contre le VIH sans inviter au port du préservatif », a estimé M. Amougou.



Le risque d’être exposé au VIH se pose non seulement pour les détenus à l’intérieur de la prison, mais aussi à leur sortie. « Puisqu’ils sont officiellement privés de rapports sexuels en prison, dès qu’ils ont la possibilité d’en avoir, la plupart des détenus ne pensent pas au préservatif même s’ils sont à l’extérieur de la prison », a expliqué un ex-prisonnier.



Une étude a été lancée afin de déterminer plus précisément l’impact des mesures de prévention mises en place dans le cadre du programme, avec la possibilité de redéfinir de nouveaux axes de prévention si l’efficacité des méthodes actuelles était mise en doute. Et si la solution pour prévenir le nombre de nouvelles infections au VIH est d’autoriser les préservatifs à l’intérieur des prisons, il faudra la défendre, a estimé M. Amougou.



rk/ail