"Je me suis aspergée de pétrole… et j’ai mis le feu. Je voulais en finir"

Mariam, une adolescente de 14 ans, a été mariée de force il y a deux ans à un homme de plus de 60 ans à Guelendeng, à 150 kilomètres au sud de N’Djamena, la capitale tchadienne. Désespérée, elle a tenté de se suicider en s’immolant. Sauvée in extremis par des voisins, Mariam a passé plus d’un an à l’hôpital et vit maintenant dans la crainte que son père la ramène chez son mari.



« Quand j’avais 12 ans, un jeune est venu voir mes parents et a dit qu’il voulait m’épouser. J’étais d’accord et ma mère aussi, mais ma marâtre [co-épouse de sa mère], qui avait une fille aussi, a convaincu mon père qu’il fallait marier ce jeune à sa [propre] fille, et me donner un autre mari.



« Un autre homme est venu pour m’épouser, il était très vieux, je n’ai pas voulu. Mais mon père a conclu directement [la dot] avec lui, et on m’a mariée quand même. Je me suis enfuie de chez mes parents; je suis allée chez ma grande sœur, mais un de mes grands frères m’a ramenée chez mon père.



« Après le mariage, mon mari a dit qu’il voulait que j’aille dormir chez lui. Quand j’ai dit à mon père que je ne voulais pas, il m’a enfermée à la maison et il est sorti. J’étais tellement choquée et en colère que je me suis aspergée de pétrole [lampant] sur le sexe et sur le devant du corps, et j’ai mis le feu. Je voulais en finir.



« Des voisins ont entendu mes cris. Ils ont pensé que mon père me battait et comme la porte était fermée, ils l’ont cassée et ils sont rentrés. J’étais déjà brûlée quand ils m’ont trouvée. Ils ont appelé mon père et quand il m’a vue avec mes brûlures, il m’a frappée et ila dit que je n’avais qu’à mourir. C’est le commandant de brigade [militaires] qui est venu me chercher pour m’emmener à l’hôpital. 




Photo: Anne Leclerq/IRIN
Les cicatrices de Mariam

" J’ai passé sept mois à l’hôpital de Guelendeng, et encore sept mois à l’hôpital à N’Djamena. Je souffrais beaucoup, je voulais juste qu’on me soigne. Mon ventre, mon sexe et mes cuisses sont complètement brûlés. Au début, ma famille prenait soin de moi, elle envoyait de l’argent. Mais après, ils ont arrêté de venir, mon père n’envoyait plus d’argent. Il n’est jamais venu me voir.



« Après l’hôpital, on m’a ramenée dans la concession de mes parents, j’y suis encore aujourd’hui. Je fais du petit commerce. Mon père refuse toujours que je divorce, des gens [des femmes de Guelendeng et l’Association pour la promotion des libertés fondamentales au Tchad, APLFT] essayent de discuter avec lui, mais il veut que je retourne chez mon mari. Je ne veux pas. J’ai peur. Je ne sais pas ce que je vais devenir ».



ail/pt