Le coût humanitaire de la crise

Les tensions internes à Madagascar ont attiré l’attention de la communauté internationale, mais ce bras de fer pour le pouvoir ne devrait pas faire oublier la flambée des prix des denrées alimentaires, la sécheresse sévère qui sévit dans le sud et les dégâts causés par deux cyclones tropicaux.



« Les enfants ont peur d’aller à l’école, le prix des denrées alimentaires a grimpé en flèche ; exposant les plus vulnérables à la faim alors que le manque d’assainissement urbain augmente les risques d’épidémie. », a confié Bruno Maes, le représentant du Fonds des Nations-Unies pour l’Enfance (UNICEF) à Madagascar, à IRIN.



Des semaines de protestations et de troubles de la part de l’opposition ont causé la mort de 170 personnes, tandis qu’environ 1 000 autres ont été blessées. Tout au long de la semaine les rumeurs et les spéculations dans les médias locaux et internationaux ont fait rage, jusqu’à ce que les militaires remettent le pouvoir à Rajoelina, en parfaite violation de la Constitution.



Cette décision a entrainé nombre de condamnations internationales, notamment celles de la Communauté de Développement de l’Afrique Australe, l’Union Africaine, la Commission Européenne et les Etats-Unis, faisant ainsi craindre que ce « putsch », n’entraîne un gel de l’aide internationale.



Avec 70 pour cent de la population malgache qui se débrouille au quotidien avec moins d’un dollar par jour, le pays se serait volontiers passé d’un tel conflit. Bien que les problèmes socio-économiques auxquels fait face la Grande Ile ont contribué à aggraver ces troubles, l’économie du pays en sort sévèrement déstabilisée.



Ces problèmes ont entraîné une baisse de l’activité touristique, de l’ordre de 390 millions de dollars américains en 2008, et près de 25 000 métiers sont sérieusement menacés, selon le Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA).



Les villes souffrent le plus de la crise



« Les pertes d’emplois du fait de la crise politique risquent de précipiter les pauvres et les classes moyennes basses dans la misère. Quant aux plus démunis, qui sont estimés à plus de 500 000 ... ils ne peuvent même pas s’offrir les denrées de première nécessité à cause de la crise en cours, » a expliqué à IRIN Krystyna Bednarska, Chef du Programme Alimentaire des Nations Unies (PAM). 









« Dans les centres urbains…juste après que les manifestations violentes aient éclaté, l’on a assisté à une importante augmentation des prix des produits de première nécessité »

« Dans les centres urbains…juste après que les manifestations violentes aient éclaté, l’on a assisté à une impressionnante augmentation des prix des produits de première nécessité ». Par contre, les zones rurales, pour la plupart, semblent ne pas être affectées.



M. Maes a déclaré que depuis le début de la crise, il n’y a quasiment pas eu de service de collecte des ordures et l’accumulation des détritus dans les rues de la capitale constitue une menace sur la santé publique. En outre, le nombre élevé de pauvres des centres urbains vivant dans des habitations exigües fait craindre l’apparition de maladies hydriques et d’épidémies de diarrhée.



Le Sud frappé par la sécheresse



Dans le Sud aride de Madagascar, les pluies tardives entrainent la prolongation de la période de soudure. « Cela signifie que 150 000 personnes auront besoin d’assistance jusqu’au moins le mois de juin», a déclaré Mme Bednarska.



Selon le dernier Rapport sur la Situation du pays d’OCHA, « le PAM et ses partenaires sont en train d’intensifier le programme Vivres contre Travail (FFW), ainsi que l’approvisionnement des écoles en nourriture et d’autres activités de fourniture de vivres dans le Sud affecté par la sécheresse », et l’Office National de Nutrition (ONN) est en train d’accroître ses activités, afin de répondre à la détérioration de situation nutritionnelle dans le pays. » 



 L’accès à l’eau potable dans le sud constitue également source d’inquiétude. « L’eau collectée des rivières est vendue à un prix élevé [0,20 dollars américains les 10 litres, selon un travailleur humanitaire] et certains groupes vulnérables ont commencé à se servir de l’eau de mer pour faire la cuisine ». Les cas de diarrhée sont en augmentation depuis la mi-février, selon ce rapport.



Les cyclones oubliés



Madagascar a été frappée par deux cyclones tropicaux la semaine précédant le début des manifestations. En effet, le cyclone « Eric » a balayé la côte est le 18 janvier, puis a été suivi par le cyclone « Fanele », qui a occasionné un glissement de terrain sur la côte ouest, deux jours plus tard. Les dégâts importants et les inondations qui s’ensuivirent ont touché plus de 60 000 personnes et laissé plus de 4 000 personnes sans abri.














Photo: ReliefWeb

« Ces troubles ont entravé encore plus la capacité des agences humanitaires à mobiliser une assistance effective dans les zones affectées par ces cyclones, privant d’aide des dizaines de milliers de personnes », a affirmé la Fédération Internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge, dans un communiqué publié en février.



Le rapport d’OCHA a indiqué que «l’assistance aux populations affectées suit son cours et qu’environ 1 400 personnes étaient toujours logées dans des abris temporaires ».



Prévoir le pire



Au vu des nombreux défis auxquels est soumise la communauté de l’aide humanitaire à Madagascar, Mme Bednarska a souligné que les ressources actuellement disponible dans le pays ne suffiraient pas à couvrir l’ensemble des besoins humanitaires.



« Il nous faut recevoir en urgence des fonds supplémentaires. Pour faire face aux besoins immédiats en nourriture dans le sud frappé par la sécheresse et dans les centres urbains, le PAM est confronté à un déficit de l’ordre de 13 millions de dollars américains », a-t-elle ajouté.



Un « Plan d’Action pour les Besoins Immédiats » [une initiative de financement d’urgence] coordonnée par OCHA, est en train d’être mis sur pied par l’ensemble des agences des Nations Unies et leurs partenaires ».



Les agences d’aide internationales se préparent également au pire. « Différents scénarios ont été développés, et ont servi de base à l’élaboration de plans de contingence inter-agences », a poursuivi Mme Bednarska.



Mme Dia Styvanley Soa, porte-parole du Bureau National de Gestion des Risques et des Catastrophes (BNGRC), a déclaré qu’il y avait un déficit évident à combler, en s’exprimant en ces termes : « J’aurais souhaité que le BNGRC soit impliqué dans la « partie humanitaire » de cette crise politique, mais à ce jour, il n’y a rien eu, pas de plan de contingence, pas de réponse ».



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