Les réfugiés irakiens vendent leurs rations alimentaires

Les réfugiés irakiens de Syrie utilisent une partie de leurs rations alimentaires pour payer leur loyer, varier leur régime alimentaire et couvrir d’autres dépenses, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).



Presque tous les réfugiés interrogés par IRIN dans deux centres de distribution alimentaire à Duma, dans la banlieue de Damas, ont déclaré vendre une partie des rations qu’ils recevaient du PAM et du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).



« Je vends les vivres pour pouvoir payer mon loyer et acheter mes médicaments », a confié Anmark, réfugié d’Irak. « Je vends 2 000 livres syriennes de riz [44 dollars] pour à peine 500 livres ».



Zaida a fui Bagdad après que sa famille eut été menacée parce que son mari travaillait dans une ambassade européenne. D’après elle, le loyer est une priorité pour la plupart des réfugiés.



« Nous avons plus besoin d’avoir un toit sur la tête que d’avoir de la nourriture … Je reçois 5 500 livres [120 dollars] d’aide du HCR chaque mois et le PAM me donne de la nourriture ».



Le PAM distribue des rations alimentaires depuis janvier 2008, une étude des Nations Unies ayant révélé que plus de la moitié des réfugiés sautaient un repas pour permettre à leurs enfants de s’alimenter deux fois par jour.



L’organisme fournit assez de produits alimentaires de base (du riz, des légumes secs, de l’huile…) pour couvrir 50 pour cent des besoins journaliers en calories ; le reste est complété par l’aide du HCR et d’autres dons.



La plupart des réfugiés ont fui l’Irak en 2006 ou avant, et dans bon nombre de cas, ils ont presque épuisé toutes leurs ressources. Vendre de la nourriture peut leur permettre de récolter des sommes essentielles pour couvrir d’autres dépenses.



Vendre des vivres pour en acheter



« Je vends de la nourriture pour pouvoir acheter de la viande, des légumes, du lait et du fromage, ainsi que des conserves », a expliqué Lana, une jeune femme qui a fui Bagdad en 2006. Certaines mères ont également confié que leur seul moyen d’assurer un régime alimentaire varié à leurs enfants était de vendre une partie de leurs rations. 









« ...L’étude que nous avons réalisée a révélé que l’alimentation et le loyer représentaient les plus grosses dépenses. Pour les logements, on ne peut pas faire grand-chose (on ne peut pas acheter un quartier), mais nous pouvons donner des vivres... »



Abdullah Mawazini, chargé de communication publique du PAM en Syrie 


Hamid, un autre réfugié, qui travaillait auparavant dans un hôtel, à Bagdad, et s’est inscrit auprès du HCR en juin 2007, a expliqué qu’il vendait l’ensemble de ses rations pour s’acheter des plats vendus dans la rue.



« Je n’ai pas de femme et je ne sais pas cuisiner. Cet argent me permet d’acheter des sandwichs et des snacks ».



Les réfugiés peuvent s’inscrire auprès du HCR pour recevoir une aide financière, mais le PAM ne distribue que des vivres. Les deux agences disent savoir qu’une partie de ces vivres est vendue pour couvrir d’autres frais.



« C’est un fait, certains Irakiens vendent leurs rations, comme cela arrive partout dans le monde », a indiqué Abdullah Mawazini, chargé de communication publique du PAM en Syrie. « Il s’agit plutôt d’un échange que d’une vente à profit. Nous comprenons qu’on ne puisse pas manger du riz tous les jours de l’année ». 



Le PAM défend sa politique



« Notre politique nous interdit de donner de l’argent car cet argent peut être utilisé à mauvais escient (pour acheter des cigarettes, un téléphone portable, ou pour jouer). L’étude que nous avons réalisée a révélé que l’alimentation et le loyer représentaient les plus grosses dépenses. Pour les logements, on ne peut pas faire grand-chose (on ne peut pas acheter un quartier), mais nous pouvons donner des vivres ».



Selon M. Mawazini, les réfugiés ont également besoin d’être mieux informés des services offerts gracieusement par d’autres agences des Nations Unies, notamment des soins médicaux. Outre les distributions alimentaires, les Nations Unies aident en effet les réfugiés irakiens de bien d’autres manières.



Sans cette aide, les agences des Nations Unies craignent que certains réfugiés ne soient contraints d’accepter des emplois dangereux, de se livrer au commerce du sexe ou d’envoyer leurs enfants au travail plutôt qu’à l’école.



Le HCR et le PAM ont indiqué que les distributions bénéficiaient actuellement à 177 000 réfugiés sur les 1,2 million qui, selon le gouvernement syrien, ont fui vers la Syrie et se sont vu accorder des visas depuis l’invasion de l’Irak, en 2003, par la coalition menée par les Etats-Unis. L’objectif des agences est d’atteindre les plus de 360 000 bénéficiaires.



sb/ar/cb