Le PAM appelle à assurer la sécurité de son personnel sous peine de suspendre les distributions

A la suite du meurtre de deux de ses employés au début du mois de janvier, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a appelé les autorités locales et les groupes armés du sud et du centre de la Somalie à assurer la sécurité de son personnel s’ils souhaitent le voir continuer à distribuer des vivres à des millions de Somaliens vulnérables.



« Nous n’allons pas arrêter les distributions alimentaires tout de suite, mais nous allons distribuer tous les vivres dont nous disposons actuellement dans le pays et ceux qui sont en cours d’acheminement, et cela s’arrêtera là », a déclaré Peter Goossens, représentant du PAM en Somalie, lors d’une conférence de presse tenue à Nairobi, le 22 janvier. 



« Tant que nous n’aurons pas obtenu la garantie, de la part des dirigeants locaux et de la population, que notre personnel peut travailler en toute sécurité, nous ne poursuivrons pas nos activités », M. Goossens a expliqué que l’agence distribuerait au moins 57 000 tonnes de vivres (assez pour nourrir 2,5 millions de personnes) pendant deux mois.



« Notre seul but en Somalie, en tant qu’organisation internationale impartiale, est de soulager les souffrances du peuple somalien », a ajouté M. Goossens. « Nous ne pouvons le faire quand notre courageux personnel est pris pour cible ».



Des individus armés ont abattu Ibrahim Hussein Duale, un Somalien de 44 ans, alors qu’il surveillait le bon déroulement d’un programme d’alimentation scolaire, le 6 janvier, dans une école située près de Garbahare, chef-lieu de la région de Gedo.



Le 8 janvier, Mohamud Omar Moallim, un autre Somalien, âgé de 49 ans, a été lui aussi abattu tandis qu’il surveillait le déroulement d’une distribution de vivres aux déplacés internes d’un camp situé au nord-ouest de Mogadiscio.



Le PAM exige des « engagements concrets » de la part des dirigeants des communautés et des parties prenantes locales, afin d’assurer que son personnel soit protégé pour pouvoir poursuivre les opérations au cours des prochains mois, a indiqué M. Goossens.



« Avec le meurtre de deux de nos employés en trois jours, nous avons d’abord envisagé de suspendre les distributions alimentaires du PAM jusqu’à ce que la situation de sécurité s’améliore », a-t-il déclaré. « Mais une telle mesure porterait préjudice précisément aux populations que nous cherchons à aider, en particulier aux femmes et aux enfants qui souffrent le plus de ce conflit sans merci ».



« Nous voulons que les dirigeants des communautés se montrent volontaires et nous offrent clairement la garantie que les travailleurs du PAM seront en mesure de mener leurs activités humanitaires en toute sécurité. Nous continuerons de distribuer des vivres dans les régions où nous aurons obtenu des engagements concrets en matière de sécurité, mais nous ne travaillerons pas dans les zones où ces engagements n’auront pas été pris ».



Malgré la présence d’un gouvernement de transition dans le pays depuis 2004, certaines régions de Somalie sont contrôlées par des groupes armés et des organisations locales telles que l’Union des tribunaux islamiques ou Al Shabab, une milice locale.



Plus de dix années de conflit, la sécheresse et les prix élevés des vivres et des carburants se sont conjugués pour alimenter l’instabilité dans ce pays déchiré par la guerre, et pas moins d’un million de personnes ont été déplacées depuis le début de l’année 2007.



Selon le PAM, ces facteurs ont porté à 3,25 millions (soit près de la moitié de la population) le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire en Somalie. Les meurtres de janvier ont porté à quatre le nombre d’employés du PAM tués en



Somalie depuis août 2008. Cinq employés embauchés par l’agence ont été tués dans le pays en 2008. En tout, au moins 40 activistes de la société civile et travailleurs humanitaires ont été attaqués et tués en Somalie en 2008, selon les associations de défense des droits humains. 



js/mw