Les anciens rebelles maoïstes sèment le trouble

Les anciens rebelles maoïstes aggravent la situation des populations pauvres et de celles qui restent déplacées depuis le conflit de 1996-2006, selon les organismes de défense des droits humains, alors même que le Parti communiste népalais-maoïste est aujourd’hui la première formation politique népalaise.



Le Premier ministre Puspa Kamal Dahal et plusieurs ministres, parmi les principaux (tous maoïstes), sont incapables, disent-ils, de contrôler les actes d’intimidation, les menaces et les extorsions dont les travailleurs de leur parti se rendent coupables.



Les maoïstes créent des difficultés économiques en retardant la restitution des terres et des biens saisis au cours du conflit (ou en refusant de les restituer), selon Arjun Narsingh, porte-parole du Congrès népalais (CN).



Le CN, deuxième parti népalais, a boycotté le Parlement à plusieurs occasions pour tenter de faire pression sur le Premier ministre afin qu’il veille à ce que tous les biens saisis soient restitués à leurs propriétaires légitimes, comme il s’y est engagé. En novembre, M. Dahal avait déclaré que son gouvernement assurerait la restitution de tous ces biens.



Parce que bon nombre de déplacés n’ont pas de moyens de subsistance sans ces biens, le problème du déplacement reste d’actualité dans certaines régions. La réinstallation des familles déplacées dans les villages reculés sous autorité maoïste s’est également avérée problématique car celles-ci craignent de rentrer chez elles, ont rapporté des représentants des autorités locales, sous couvert de l’anonymat.



Une maison d’édition vandalisée



Le 21 décembre, Himalmedia, une grande maison d’édition, a été vandalisée et ses journalistes ont été agressés par une cinquantaine de travailleurs maoïstes.

Kunda Dixit, rédacteur du Nepali Times, qui compte en outre parmi les plus éminents journalistes du pays, a également été agressé pour avoir enquêté sur les syndicaux de travailleurs affiliés au parti maoïste qui ont fait fermer des centaines d’usines et de sociétés cette dernière année.



« Nous condamnons ces agissements, qui révèlent [le] visage barbare du fascisme », a déclaré Subodh Raj Pyakhurel, défenseur réputé des droits humains et président de l’Informal Sector Service Centre (INSEC), organisation non-gouvernementale (ONG) de défense des droits humains.














Photo: Naresh Newar/IRIN
Kunda Dixit, pontife chevronné et rédacteur du Nepali Times, a été agressé dernièrement pour son travail

« C’est un acte purement criminel, qui a eu lieu parce que les criminels pensent pouvoir s’en tirer sans être inquiétés », a déclaré Sushil Pyakhurel, ancien membre de la Commission nationale des droits humains (CNDH).



La CNDH a appelé le gouvernement à prendre toute mesure nécessaire pour protéger la liberté de la presse et les journalistes exposés aux agressions. M. Dahal, le Premier ministre, a déclaré qu’il avait donné l’ordre aux ministres de l’Intérieur et de la Communication d’enquêter sur ces incidents et de prendre les mesures nécessaires. Toutefois, comme la plupart des principaux ministres maoïstes, il a démenti toute implication de son parti.



Le poids du passé



Les défenseurs des droits humains et les dirigeants politiques ont accusé les maoïstes d’essayer d’instaurer un contrôle totalitaire dans le pays à l’heure où celui-ci se relève progressivement après dix années de conflit, pour se diriger vers la paix.



Selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), les besoins humanitaires des Népalais sont en grande partie le résultat d’un conflit qui a duré une décennie et touché une population déjà vulnérable.



« Certes, la signature de l’accord de paix en 2006 a mis fin aux hostilités, mais le processus de paix de la période post-conflit reste inachevé, entravé par un manque d’infrastructures, des structures institutionnelles insuffisantes, un héritage culturel de discrimination, une piètre performance économique, l’isolement géographique [du pays] et des conditions climatiques difficiles », pouvait-on lire dans le rapport publié par OCHA pour présenter son plan d’action et son budget 2009.



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