Les ONG revoient leurs plans à la baisse face à la crise financière

Certaines des plus grandes organisations non-gouvernementales (ONG) d’aide humanitaire et d’aide au développement licencient leur personnel et revoient leurs programmes pour 2009, à mesure que leurs rentrées de fonds stagnent en raison de la crise financière mondiale.

Selon les experts de la collecte de fonds de trois des plus grandes ONG du monde (Oxfam GB, Save the Children R.-U. et World Vision USA), la croissance des programmes va ralentir en 2009, en raison de ce resserrement.

« La croissance que nous supposions au moment de concevoir nos plans, il y a un an, n’a pas lieu », a expliqué à IRIN John Shaw, directeur des systèmes financiers et des systèmes d’information d’Oxfam GB. « Globalement, l’heure est plutôt à la stagnation ».

Oxfam avait envisagé cinq à six pour cent de croissance au cours de la période 2009-10, des prévisions que l’organisme a désormais portées à zéro. Parmi les réductions les plus importantes, certaines ont été opérées par les sociétés donatrices du secteur financier, selon le personnel des ONG.

« Les entreprises ont commencé à opérer des réductions il y a six à neuf mois », selon Tanya Steele, directeur du service des relations donateurs et de la collecte de fonds chez Save the Children, à Londres. « Le secteur des services financiers et des services bancaires d’investissement a été très généreux par le passé, mais nous savons que l’année sera difficile pour eux, financièrement, jusqu’en 2009. Nous nous attendons à ce que [les fonds accordés par ce secteur] stagnent ou diminuent peut-être jusqu’en 2009 ».

« La croissance des sociétés ne sera pas aussi forte, c’est pourquoi nous ne déploierons pas nos programmes comme nous l’aurions souhaité », a indiqué à IRIN Robert Zachritz, directeur du plaidoyer et des relations avec le gouvernement à World Vision, depuis Washington, DC.

C’est pourquoi les ONG telles que Save the Children ne pourront pas investir d’importantes sommes dans leurs programmes actuels ni dans de nouveaux programmes, comme elles l’avaient espéré.

Les trois organismes ont des revenus annuels de 3,1 milliards de dollars.

Les conséquences

Les organisations humanitaires font néanmoins tout leur possible pour empêcher que ces réductions ne pénalisent leurs bénéficiaires.

« Nous nous efforçons de réduire les coûts de soutien, plutôt que les coûts des programmes », a noté M. Shaw d’Oxfam, estimant que des réductions de 10 à 15 pour cent des « coûts variables », notamment des frais de personnel au siège et dans les centres régionaux, permettraient d’améliorer la rentabilité des opérations.

Si tous ont convenu que de nouveaux fonds pourraient être trouvés si une crise humanitaire survenait dans les mois à venir, Mme Steele de Save the Children s’inquiète à l’idée que certaines crises chroniques plus négligées, notamment celle du Sud-Soudan, risquent d’être lésées.

World Vision craint que les bénéficiaires des programmes de microcrédit, notamment les fermiers pauvres qui reçoivent des prêts pour l’achat d’outils, de semences et d’engrais, ne soient particulièrement touchés.

« Cela dépend en grande partie de l’obtention de prêts auprès des banques, ce qui deviendra vraiment difficile dans un avenir proche », a souligné M. Zachritz. « La perte de ce crédit est un problème énorme pour les petits fermiers pauvres du monde ».

Avec ses 2,4 milliards de dollars de fonds annuels, dont 30 pour cent proviennent du gouvernement américain, 30 pour cent de fondations, et 40 pour cent de donateurs particuliers et de sociétés, World Vision est le plus grand organisme international humanitaire à but non-lucratif du monde.

Les stratégies des ONG

Pour faire face au resserrement financier, les ONG tentent d’innover. Certains organismes, tels qu’Oxfam, cherchent à obtenir davantage de fonds de la part de bailleurs institutionnels, considérés comme plus stables à long terme.

Save the Children tente pour sa part d’obtenir davantage de fonds auprès d’individus fortunés. « Ce sera un marché compétitif, mais je ne peux pas croire que nous n’allons pas nous développer dans les quatre à six prochaines années », a estimé Mme Steele.

Tandis que les fonds accordés par les entreprises chutent, les licenciements donnent l’occasion aux employés limogés du secteur des entreprises de s’investir bénévolement auprès d’organismes à but non-lucratif, utilisant ainsi leurs compétences à bon escient, se félicite Mme Steele.

« Si les fonds accordés par les entreprises diminuent, cela ne signifie pas que [notre] relation avec ces sociétés doit se terminer », a-t-elle dit.

Mme Steele espère que grâce à la réduction des coûts de publicité télévisuelle, conséquence de la crise mondiale de liquidité, les organismes tels que Save the Children auront désormais les moyens de s’offrir des campagnes de marketing direct à la télévision.

Mais dans l’ensemble, de nombreuses ONG d’aide humanitaire et d’aide au développement revoient à la baisse leurs plans de collecte de fonds. Les organisations humanitaires ont en effet moins de risques de se trouver en mauvaise posture si elles prévoient à l’avance, selon M. Shaw d’Oxfam.

« Nous revoyons nos plans depuis six mois. Si nous devons prendre des décisions automatiques, elles ne seront pas aussi efficaces que si nous prévoyons l’avenir », a-t-il dit.

Le point positif

Malgré l’incertitude, certains signes sont encourageants. Les grandes institutions donatrices telles que le Département britannique d’aide au développement international ou l’Agence américaine d’aide au développement international « adoptent une vision à long terme et nous ne voyons aucun signe immédiat d’un retrait de leur part », a affirmé Mme Steele.

Les fonds accordés par le gouvernement américain resteront au même niveau qu’en 2008, selon M. Zachritz de World Vision, en partie parce que le cycle de financement commence en octobre 2008 et se termine à la fin du mois de septembre 2009, et cette année étant une année électorale, le Congrès a adopté une résolution de continuation (continuing resolution) maintenant les fonds accordés par le gouvernement américain au même niveau.

Il est néanmoins trop tôt pour déterminer si cette stratégie perdurera, selon M. Shaw. « Au bout du compte, les fonds accordés par les autorités publiques dépendent des bilans [financiers] des gouvernements, et la politique intervient également, alors il est trop tôt pour savoir, mais les engagements pris jusqu’ici sont encourageants ».

Selon M. Zachritz, World Vision est en grande partie protégée des conséquences qu’auront les réductions budgétaires des entreprises : les dons accordés à l’ONG par les entreprises sont essentiellement des « dons en nature », en d’autres termes, des médicaments, des matériaux de construction et des vêtements, plutôt que des fonds.

En outre, les dons accordés à World Vision par les particuliers sont en grande partie versés dans le cadre d’opérations de parrainage d’enfants.

« Les gens sont très fidèles à cela et généralement, on n’observe pas de réduction [dans ce domaine-là], même lorsque les familles connaissent des difficultés [financières] », a-t-il fait remarquer.

C’est cette loyauté qui les fera résister, ont indiqué des travailleurs humanitaires à IRIN.

« Le public est encore très réceptif aux besoins [humanitaires] internationaux », a assuré M. Shaw.

Mais tandis que les experts financiers des ONG n’ont pas encore observé de diminution significative des dons chez les particuliers, ils prévoient une chute potentielle à l’approche de la période de collecte des fêtes.

« Nos catalogues de Noël sont déjà partis […] ces fêtes seront un test véritablement décisif en termes de serrage de ceintures », a prédit Mme Steele.

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