Le monde caritatif divisé sur l’impact de la crise financière

Les associations caritatives du monde arabe ont exprimé des points de vue divergents au sujet des conséquences de la crise financière mondiale sur leur travail, à l’échelle locale et internationale.

« Toutes les associations caritatives de la région dépendent des hommes d’affaires et des sociétés pour obtenir leurs financements. Si ce secteur est touché par la chute des marchés financiers, les liquidités seront réduites et la valeur des actifs réels se dépréciera, ce qui diminuera également les fonds susceptibles d’être donnés aux ONG [organisations non-gouvernementales ; de la région] », a dit à IRIN Abdulwahab Noorwali de la World Assembly of Muslim Youth (WAMY) de Djeddah.

D’après lui, les donations publiques seront également compromises. « Il y a deux raisons à cela : la première est l’inflation et le coût de la vie [dans la région], qui ont augmenté de 25-30 pour cent au cours des 18 derniers mois. La deuxième, c’est qu’un grand nombre de gens, dans la région, échangent des valeurs mobilières, et toute chute des marchés les amènera à réduire leurs dons », a-t-il expliqué.

Selon M. Noorwali, il est important que les ONG de la région commencent à envisager les répercussions de la crise financière internationale, qu’elles réévaluent leurs politiques et élaborent des stratégies à long terme. « Elles devraient rechercher des sources de financement durables au lieu de compter sur des sources opportunes, à court terme », a-t-il préconisé.

Selon lui, de nombreuses ONG réduiront leur personnel et/ou leurs projets, mais les gouvernements devraient soutenir ces organisations et « assurer la poursuite de leurs projets humanitaires », a-t-il dit, ajoutant que les gouvernements arabes apportaient un soutien financier minime aux ONG de la région. « Leur soutien se limite essentiellement à la logistique ».

Augmentation des coûts ?

Certains humanitaires du monde arabe craignent que la crise de liquidité n’aboutisse à une augmentation des coûts engendrés par les projets humanitaires : « Les prix des matériaux de constructions vont monter à cause de la crise », a prédit Asim al-Khalifa, responsable régional de la Fondation Waqf (Hollande) à Dubaï.

D’autres ONG ne sont pas de cet avis. Ibrahim Hassaballah, directeur de l’Organisation caritative islamique internationale (IICO) du Qatar, pense que les ONG de la région ne seront que très peu touchées par la crise mondiale de liquidité.

« Les dons provenant de la “zakat” (aumône) ne seront pas compromis, car ils sont obligatoires », a-t-il dit.

Irak

En Irak, Basil al-Azawi, directeur de la Commission pour les entreprises de la société civile, un organisme d’encadrement sis à Bagdad, qui chapeaute plus de 1 000 ONG, a dit à IRIN le 16 octobre que le pays n’était « pas directement lié à la crise financière mondiale […] Mais la crise pourrait nous toucher indirectement, du fait de la baisse du cours du pétrole ».

« Nous recevons un soutien financier international très limité. La majorité étant absorbée par la corruption qui sévit en Irak, nous n’allons pas sentir une grande différence », a-t-il ajouté.

« Aujourd’hui, le plus gros souci, pour nous, est l’impact de la situation sur les populations vulnérables [des pays en voie de développement] », a indiqué à IRIN Abdul Aziz Muhammad Arrukban, envoyé humanitaire spécial du Secrétaire général des Nations Unies.

« De nombreux pays se sont engagés à verser des fonds importants et nous espérons voir ces promesses se transformer en argent ».

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