La violence domestique, une épidémie à enrayer

Une femme de 38 ans s’est présentée pour la première fois au Centre de soutien familial (CSF) de l’hôpital général de Port Moresby en août 2008. « Cela fait des années que je subis des violences », a-t-elle dit à IRIN. « En juillet, mon mari m’a fait un œil au beurre noir et des bleus ».

Le CSF lui a recommandé de s’adresser au Forum de plaidoyer en faveur des droits communautaires individuels (ICRAF), une organisation non-gouvernementale (ONG) locale, qui l’aiderait à rédiger une injonction à l’encontre de son époux, mais cette procédure prend du temps et l’intéressée est finalement retournée chez elle.

Au début du mois de septembre, elle était de retour au centre, cette fois, avec un bras cassé. Son mari l’avait traînée jusqu’au distributeur de billets, la forçant à retirer toutes les économies de sa famille, en lui intimant ensuite de « foutre le camp », a-t-elle raconté. « Mon plus gros souci, c’est que mon enfant de cinq ans est encore avec lui ».

La Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) présente un des taux de violences et de maltraitances contre les femmes et les enfants les plus élevés du monde. Soixante-quinze pour cent des enfants déclarent être victimes de maltraitances physiques et environ 80 pour cent, de violences verbales au sein du foyer, selon une enquête régionale menée par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

La majorité des 800 tribus du pays vivent dans des régions reculées et inaccessibles où les proches parents représentent la principale autorité. La violence et les maltraitances domestiques ont été imputées par l’UNICEF et d’autres organismes à une culture dominée par l’homme, où les femmes et les filles se voient accorder moins de valeur que les garçons.

Les enfants adoptés ou orphelins en souffrent particulièrement. Selon un rapport de Human Rights Watch, environ 75 pour cent des enfants en conflit avec la loi sont victimes de violences policières, sous une forme ou une autre, et notamment de « panel beating » [« réparation de carrosserie » : passage à tabac avec la crosse d’une arme à feu ou à l’aide de barres de fer]. Certains parents considèrent cette pratique comme une forme acceptable de discipline sévère, selon l’UNICEF.


Photo: Brennon Jones/IRIN
Mme Soi, à gauche, et l'infirmière Priscilla Agelava, au centre, conseillent une femme victime de violences de la part de son mari

Refuges

Un grand nombre de femmes, de compagnes et d’enfants violentés finissent par se retrouver dans des centres de soutien familial tels que le CSF de Port Moresby, ou dans des centres de santé plus petits, qui leur offrent un refuge temporaire. Le CSF existe depuis 1999 et ses salariés sont rémunérés par l’hôpital.

L’UNICEF apporte son aide au Family Sexual Violence Action Committee, une ONG qui forme des groupes communautaires au conseil psychosocial dans l’ensemble du pays, ainsi que dans les cinq centres hospitaliers provinciaux et les deux centres hospitaliers régionaux.

« Le gouvernement s’est engagé à ouvrir des centres de soutien familial dans tous les hôpitaux provinciaux et l’UNICEF s’est engagé à soutenir la création de ces centres et de mini-centres dans six régions », a déclaré Bruce Grant, directeur de la protection de l’enfance à l’UNICEF.

Selon Tessie Soi, qui dirige le CSF de Port Moresby, au cours des six premiers mois de 2008, 119 cas de maltraitances ont été traités au centre. Si les victimes sont généralement envoyées au centre par le service des urgences de l’hôpital, certaines se présentent d’elles-mêmes.

« Nous recevons notamment des cas de maltraitances domestiques, de maltraitances sur mineur, et même de tentatives de suicide », a-t-elle indiqué à IRIN. « Quarante pour cent sont des overdoses, généralement de Panadol, mais aussi d’eau de Javel ».

Un quart d’entre eux sont des cas de maltraitances sur mineur, dont bon nombre de cas de viols, a-t-elle expliqué.

Le centre, qui compte cinq employés, dont certains sont des travailleurs sociaux, offre aux victimes des services de conseil psychosocial pour leur permettre de faire face à leurs traumatismes, de gérer les crises et de surmonter les maltraitances sur mineur.

Les patients ne peuvent rester au centre que pour une nuit, avant d’être envoyés à la maison Ruth, dirigée par la City Mission, une ONG locale, ou à l’ICRAF. Même dans ce cas, la durée maximum de leur séjour est de deux semaines. Si aucune chambre n’est libre, ils tenteront de trouver des membres de leur famille disposés à les accueillir.

Une faille dans le système


Photo: Brennon Jones/IRIN
Noreen Kanasa est magistrate principale du tribunal de famille de Port Moresby

« Nous les orientons vers le service de protection sociale ou vers l’ICRAF, qui emploie des techniciens juridiques pour rédiger des injonctions », a indiqué Mme Soi, « mais le système de protection sociale nous les renvoie souvent, faute d’effectifs ».

« Nous ne savons pas vraiment combien de personnes ont effectivement réussi à obtenir une injonction, concède-t-elle, mais, quoi qu’il en soit, presque toutes ces femmes retournent chez elles, mais après avoir engagé une procédure d’injonction ou après en avoir obtenu une, et le cycle des violences reprend ».

La PNG compte 103 magistrats à l’échelle nationale, et selon Noreen Kanasa, magistrate principale du tribunal de famille de Port Moresby, une procédure a été engagée pour augmenter la réactivité du système judiciaire aux cas de maltraitances.

Port Moresby dispose de l’unique tribunal de famille du pays, de greffiers qualifiés et des moyens nécessaires pour traiter un nombre important d’affaires. « Nous avons récemment organisé des consultations dans quatre régions du pays », a indiqué Mme Kanasa à IRIN.

Ce faisant, ils ont découvert que les services de protection sociale étaient surchargés de travail et que si les victimes de maltraitances réussissaient finalement à obtenir une injonction contre leurs agresseurs, elles ne savaient souvent pas où aller par la suite.

« Nous avons découvert que certains greffiers ne compatissaient pas vraiment à leur sort et que souvent la victime n’avait personne vers qui se tourner pour remettre l’injonction [à l’intéressé] », a expliqué Mme Kanasa.

Si cette tâche incombe normalement à la police, celle-ci n’a souvent pas les véhicules ni même l’essence nécessaire pour ce faire et demande donc [à la victime] l’argent nécessaire pour faire le plein.

Or, « la plupart de ces personnes sont pauvres », a indiqué Mme Kanasa. « Si elles n’ont pas d’argent pour payer la police, elles y vont toutes seules et remettent elles-mêmes l’injonction à leurs époux […] malheureusement, cela déclenche généralement une nouvelle série de maltraitances et de violences ».

L’UNICEF ainsi que d’autres parties prenantes travaillent à présent aux côtés du système judiciaire pour permettre de rationaliser ce processus et de le rendre plus efficace.

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