Les humanitaires appellent les Talibans à soutenir leur nouveau plan d’action

Les Nations Unies et plusieurs organisations humanitaires ont appelé les insurgés talibans à soutenir leur nouveau plan d’action humanitaire en Afghanistan, pour pouvoir aménager de nouveau un espace d’opération pour les travailleurs humanitaires.

« Il est temps de développer ensemble le plan d’action humanitaire […] J’appelle les Talibans à partager notre plan d’action humanitaire », a déclaré Kai Eide, représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Afghanistan.

« Je tiens à souligner qu’il ne s’agit pas d’une tentative politique ; on ne tente pas ici de conquérir les cœurs et les esprits. Il s’agit d’un effort humanitaire purement neutre […] Nous sommes en désaccord sur de nombreux points, mais laissez-nous vous démontrer que nous pouvons partager ce plan d’action humanitaire », a demandé M. Eide, qui dirige également la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).

Pour Matt Waldman, directeur des politiques d’Oxfam à Kaboul, « il est essentiel que nous renouvelions nos efforts en vue d’assurer une meilleure capacité humanitaire, et d’améliorer la coordination et l’accès humanitaires ».

Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), qui a fréquemment exprimé ses préoccupations au sujet des répercussions de plus en plus graves du conflit sur les civils et les travailleurs humanitaires, il est indispensable de se rendre auprès des populations dans le besoin pour leur porter assistance.

« L’accès humanitaire doit être amélioré et les civils doivent recevoir une assistance humanitaire qui permettra d’assurer leur survie. Cela doit être totalement distinct de toute déclaration politique.

Cette condition doit être respectée par toutes les parties prenantes au conflit », a indiqué à IRIN Franz Rauchenstein, chef de la délégation du CICR à Kaboul.

L’année la plus sombre pour les travailleurs humanitaires

Ces appels à un élargissement de l’espace humanitaire en Afghanistan interviennent après que Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations Unies, a rapporté au Conseil de sécurité, en septembre, que le nombre de membres civils du personnel onusien, tués au cours d’incidents de sécurité dans le monde avait augmenté de 36 pour cent entre 2007 et 2008.

« Les principales menaces qui pèsent sur le personnel des Nations Unies et le personnel humanitaire restent le conflit armé, le terrorisme, le harcèlement, les manifestations publiques violentes, le banditisme et la criminalité dans les zones de conflit armé, ainsi que dans les pays secoués par des troubles économiques, politiques et sociaux », avait déclaré M. Ki-moon dans son rapport intitulé Sûreté et sécurité du personnel humanitaire et protection du personnel des Nations Unies.

Une trentaine de travailleurs humanitaires, à la fois afghans et étrangers, ont été tués, et 92 ont été enlevés dans l’ensemble de l’Afghanistan entre janvier et septembre 2008, selon un autre rapport de Ban Ki-moon, sur la situation en Afghanistan, présenté au Conseil de sécurité, le 23 septembre.

« Le Département de la sûreté et de la sécurité des Nations Unies estime qu’environ 90 régions du pays, sur près de 400, sont des zones extrêmement risquées […] les Nations Unies ne peuvent mener d’activités humanitaires sur 40 à 50 pour cent du territoire, ce qui perturbe la prestation des services », a indiqué le secrétaire général dans son rapport.

Négocier avec les Talibans sur l’accès humanitaire

D’après les Nations Unies, les négociations engagées avec les Talibans sur l’accès humanitaire ont permis aux travailleurs humanitaires de vacciner 1,6 million d’enfants contre le poliovirus dans les provinces instables du sud et de l’est du pays.

Le poliovirus pourrait être éradiqué en Afghanistan si six campagnes de vaccination semblables étaient menées, à l’avenir, selon les Nations Unies. « Nous devrions profiter du succès de cette campagne de vaccination contre la polio », a estimé M. Eide.

L’idée de négocier avec les Talibans sur l’accès humanitaire est dans une certaine mesure le reflet de la politique de réconciliation avec les insurgés, adoptée par le gouvernement afghan, selon les experts.

Le président Hamid Karzaï a invité, à plusieurs reprises, les leaders talibans à engager le dialogue et les pourparlers de paix.

« Dans certaines régions du pays, il peut très bien être nécessaire d’interagir avec tout un éventail d’acteurs pour assurer un accès humanitaire suffisant et durable », a indiqué M. Waldman d’Oxfam.

Anja de Beer, directeur du réseau des organisations non-gouvernementales de Kaboul (ACBAR), a appelé toutes les parties belligérantes à reconnaître le droit humanitaire international, à respecter l’action humanitaire et à assurer aux travailleurs humanitaires un accès aux régions sous leur influence.

L’inconvénient des blindés

Pour tenter de faire face à des problèmes de sécurité de plus en plus graves, certaines organisations humanitaires internationales, essentiellement des agences des Nations Unies, se servent de plus en plus souvent de véhicules blindés pour leurs déplacements, même à Kaboul.

Elles ont également érigé autour de leurs locaux de hauts murs, résistants aux déflagrations.

Toutefois, non seulement les véhicules blindés et les barrières anti-explosion ont considérablement augmenté les coûts des programmes, mais ils ont également isolé les travailleurs humanitaires des communautés et des partenaires de mise en œuvre locaux, à en croire un expert international fort d’une solide expérience dans le pays, qui a requis l’anonymat.

Le recours accru, par les travailleurs humanitaires, à des véhicules blindés, très médiatisés a également créé une confusion entre ces derniers, la Force internationale d’assistance à la sécurité dirigée par l’OTAN, le personnel militaire des Etats-Unis, les représentants du gouvernement afghan et les diplomates occidentaux, qui utilisent également ce moyen de transport.

Plus de temps à perdre

À l’heure où les organisations humanitaires appellent à l’adoption d’une nouvelle approche humanitaire, une série de problèmes engendrés par les prix élevés des vivres, la sécheresse, les pertes de récoltes, le manque d’accès aux services sanitaires de base et les violences liées au conflit menacent des millions de personnes vulnérables.

Le CICR et Oxfam International ont déjà averti que certaines régions du pays étaient au bord d’une crise grave (déplacement de population à grande échelle).

« Il n’y a plus de temps à perdre si l’on veut éviter aux populations de souffrir de la faim cet hiver », avait averti Oxfam dans un communiqué daté du 30 août.

Le nouveau plan d’action humanitaire doit être mis en œuvre rapidement (avant l’hiver, dans l’idéal) si l’on veut qu’il permette d’éviter une crise possible dans un avenir proche, selon les experts.

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