De plus en plus de parents disent non aux MGF

Les Ethiopiens sont désormais moins nombreux à soumettre leurs filles aux mutilations génitales féminines et à l’excision (MGF/E), selon une organisation non-gouvernementale (ONG), qui mène une campagne visant à mettre fin à cette pratique.

« Les populations sont de plus en plus conscientes [des dangers des MGF] », a déclaré Abate Gudunfa, qui préside le Comité national éthiopien sur les pratiques traditionnelles (communément appelé EGLDAM, sa dénomination en amharique].

« Les enfants nés plus récemment courent moins de risques ».?

Un réseau de 40 ONG, dont l’EGLDAM, ainsi que le gouvernement et les organisations internationales sont investis dans les campagnes de lutte contre les MGF en Ethiopie.

Les politiques ont également été revues pour assurer que les personnes observant cette pratique soient sanctionnées.

« La prévalence [de cette pratique] diminue, particulièrement chez les enfants nés il y a peu, ce qui signifie que de plus en plus de familles sont suffisamment sensibilisées et n’adhèrent plus à cette pratique », a ajouté Abate Gudunfa.

Selon une étude menée en 2007 par l’EGLDAM, la prévalence dans l’ensemble du pays a chuté de 61 pour cent en 1997 à 46 pour cent.

L’amélioration est particulièrement nette dans neuf régions, dont celles du Tigré, des Nations, nationalités et peuples du Sud, et d’Oromiya, ainsi que dans deux municipalités, Addis-Abeba, la capitale, et Dire Dawa.

Dans d’autres régions, en revanche, le changement est minime. « Presque aucune diminution n’a été constatée [dans les régions] Afar et Somali, les bastions de l’infibulation », indique l’étude.

En évaluant la prévalence de cette pratique chez différentes ethnies, l’EGLDAM a noté une diminution dans presque toutes celles-ci. Une diminution de 20 pour cent a été constatée dans 29 groupes ethniques environ, dont 18 vivent dans la région des Nations, nationalités et peuples du Sud.

« Les régions où vivent ces groupes ethniques [...] devraient être considérées comme de vrais modèles de réussite et recevoir l’attention qu’elles méritent en tant que sites d’apprentissage potentiels », selon l’EGLDAM.

« Six [autres] groupes ethniques présentent une diminution d’environ 10 pour cent ou moins et devraient probablement être considérés comme présentant une forte résistance au changement ». Parmi ces ethnies figurent les Harari, les Shinasha, les Alaba et les Hadia. ??

Une tradition ancestrale

L’excision est une des 140 traditions préjudiciables encore répandues en Ethiopie. On entend souvent par excision l’ablation partielle du clitoris ou l’ablation complète du clitoris et partielle des petites lèvres.

Dans certains cas, les grandes lèvres sont recousues de façon à laisser apparaître un petit orifice, pour l’écoulement de l’urine et du sang [menstruel]. Conjuguée à l’excision, cette pratique [porte le nom d’infibulation et] constitue la forme la plus grave de MGF, à en croire les experts.

Dans certaines communautés, les filles [infibulées] sont isolées pendant un mois, les jambes liées pour les maintenir immobilisées, en attendant la fin des saignements et la cicatrisation.

Les MGF sont pratiquées sur des fillettes âgées de 80 jours à peine (en particulier dans les hautes terres, principalement peuplées de chrétiens) à 14 ans, dans les basses terres musulmanes. Certaines exciseuses utilisent le même couteau ou la même lame de rasoir sur toutes leurs victimes, sans tenir compte des risques de transmission des infections.

On estime que deux millions de fillettes dans le monde sont encore exposées, chaque année, au risque de subir des MGF. Selon les activistes, les MGF restent profondément ancrées au sein de la société malgré les efforts déployés pour mettre fin à cette pratique.

D’après le Comité inter-africain, cette pratique constitue une menace grave à la santé des femmes, parce qu’elle contribue à propager le VIH/SIDA et parce qu’elle est à l’origine du taux de mortalité élevé, observé chez les femmes d’Afrique.

tw/eo/sr/nh/vj