Les gouvernements prudents face aux engagements des bailleurs

Tandis que le forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide humanitaire touchait à sa fin, le 4 septembre, à Accra, les organisations humanitaires ont félicité les ministres des pays développés et en voie de développement « partenaires », à l’heure où ceux-ci signaient un accord visant à assurer une aide humanitaire plus efficace.

« L’étape franchie hier témoigne du fait que les ministres se sont unis et ont déclaré clairement que le statu quo actuel ne convenait pas […] Les ministres savaient que les attentes étaient grandes et qu’ils devraient se montrer à la hauteur », a observé Robert Fox, directeur de la délégation d’Oxfam, organisation non-gouvernementale (ONG).

Les bailleurs se sont engagés à imposer moins de conditions normatives et à prendre plus en compte les objectifs humanitaires des pays partenaires. Ils se sont également engagés à utiliser les systèmes mis en place par les pays partenaires en tant que première option pour gérer les programmes d’aide, au lieu de créer des structures parallèles.

Ils se sont aussi engagés à mettre en place des programmes humanitaires à plus long terme (sur trois à cinq ans) et à communiquer davantage d’informations sur les financements aux pays partenaires, bien qu’on ignore encore ce que cela impliquera dans la pratique. Enfin, ils ont promis de réduire les doublons en termes d’initiatives, et de faire intervenir les gouvernements dans la planification des programmes.

Les gouvernements veulent avoir leur mot à dire

Les partenaires ont convenu d’améliorer le dialogue sur les questions humanitaires, et d’assurer une meilleure gestion des fonds versés par les bailleurs en renforçant leurs institutions.

Ils s’attendent également à avoir davantage leur mot à dire dans le contrôle de l’aide.

Par exemple, le Comité d’aide au développement de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), par l’intermédiaire duquel les gouvernements observent régulièrement leurs performances mutuelles en matière d’aide, s’est engagé à intégrer les gouvernements partenaires à ce processus de suivi.

Selon Angel Gurria, secrétaire général de l’OCDE, l’organisation envisage d’ajouter le Chili, Israël, l’Estonie, la Russie et la Slovénie à la liste de ses membres, et prévoit « de renforcer sa collaboration » avec le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie et l’Afrique du Sud.

Élan politique

Les représentants de la société civile sont soulagés de voir que leurs points de vue ont été pris en compte dans ce nouvel accord.

« L’issue [de cette rencontre] a été bien meilleure du fait de la participation active des membres de la société civile […] ces 18 derniers mois, au cours desquels ils ont déterminé tout un ensemble de questions qui ont été prises en compte dans l’accord », a déclaré à IRIN M. Fox d’Oxfam.

D’autres restent néanmoins sceptiques quant au respect des engagements pris par les bailleurs.

Selon Wole Olaleye, porte-parole de l’ONG ActionAid, certains gouvernements ont tenté de faire obstacle aux demandes des pays partenaires pendant les négociations.

« Les négociations humanitaires à venir ne devront pas être menées par un petit nombre de pays riches », a-t-il prévenu.

Un optimisme prudent

D’après M. Gurria de l’OCDE, à présent que l’accord a été signé, le plus dur reste à faire.

« Nous tous, en tant que partenaires, devons mettre en œuvre le plan d’action et en faire plus qu’un simple bout de papier […] Pour cela, nous devons mettre en pratique ce qui a été dit, repousser les frontières des meilleures pratiques et intégrer de nouveaux partenaires au consensus ».

Toutefois, cet accord ne fonctionnera véritablement qu’à une condition, a-t-il ajouté.

« Dans le passé, les bailleurs ont fait obstacle à la gouvernance responsable de l’aide dans les pays bénéficiaires, en faisant en sorte que les gouvernements soient plus responsables vis-à-vis de leurs bailleurs [qu’envers] leurs [propres] parlementaires et [leurs propres] citoyens. Il est temps que cela change ».

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