Lutter contre la malnutrition dans le sud

Depuis le mois de juin, le centre de santé de Girara, dans le sud de l’Ethiopie, est une vraie ruche chaque lundi, lorsque le personnel de santé ouvre le service de consultation thérapeutique externe. « Quand nous avons commencé, c’était bondé », a raconté Meherey Gedebo, l’infirmière responsable.

« Beaucoup de gens venaient pour être soignés. Maintenant, nous admettons très peu de patients supplémentaires : aujourd’hui, nous n’avons eu que 78 cas », a-t-elle dit.

Parmi eux, Miserach Yohannes, trois ans, amené au centre par son père, Yohannes Bate, 40 ans. Sa mère est restée à la maison, pour allaiter son bébé, âgé de 15 jours.

« J’ai une vache qui a refusé de donner du lait après avoir perdu un veau », a expliqué Yohannes à IRIN, au centre. « Pendant ce temps, je n’ai pas pu donner de lait à cet enfant ; c’est pour ça qu’on en est arrivé là. Mais même maintenant, nous n’achetons du lait que pour sa mère, pour qu’elle puisse nourrir le petit dernier ».

Miserach va être traitée au Plumpy’nut, puis aux aliments complémentaires pendant quelques semaines de plus. Ensuite, il incomberait normalement aux parents de prendre le relais en veillant à ce que l’enfant soit nourri correctement.

Yohannes a expliqué qu’il essaierait de vendre du bois et de l’herbe pour pouvoir nourrir son enfant. Il utilisera également les 80 birrs (huit dollars) que la famille perçoit chaque mois dans le cadre du programme « filets de sécurité » mis en place par le gouvernement.

« La plupart de ces gens sont très pauvres », a indiqué Mme Meherey. « Nous espérons que si les pluies continuent de tomber, cela sera terminé dans deux ou trois mois. Il y a de moins en moins de cas et l’état de santé des enfants s’améliore nettement ».

Adenech Mekannen, 27 ans et mère de quatre enfants, a dû amener sa fille de trois ans au centre, son demi-hectare de terres ne lui ayant pas assuré une récolte suffisante, l’année dernière, pour pouvoir nourrir ses enfants.

« Cette année a été la pire », a-t-elle confié à IRIN. « À cause de la sécheresse, nous avons eu du mal à nourrir les enfants. Même le petit de cinq ans a pris du Plumpy’nut et s’est rétabli ».

Plumpy’nut, une pâte prête à consommer à base d’arachides, de lait écrémé, de sucre glace et de vitamines, permet aux enfants de se rétablir en six à huit semaines. Le traitement est administré à domicile, ce qui permet d’éviter l’hospitalisation.

Selon le personnel des centres d’alimentation complémentaire de Girara et de Badessa, néanmoins, les foyers partagent parfois les portions de Plumpy’nut entre plusieurs enfants, ou même entre adultes, et il en reste ainsi moins pour ceux qui en ont besoin.

Certains de ces aliments complémentaires ont également fait apparition sur les étals des marchés de la région. « Aujourd’hui, nous expliquons aux autres pourquoi ce n’est pas bien [de partager ce produit] », a déclaré le responsable d’un centre de nutrition.

La malnutrition, un mal répandu

En raison de la sécheresse de l’année dernière, qui a été suivie de pluies erratiques et d’une augmentation spectaculaire du prix des vivres dans le monde, de nombreux foyers éthiopiens ont eu des difficultés à se nourrir correctement, selon les travailleurs humanitaires. La malnutrition est donc devenue endémique.

« La crise nutritionnelle actuelle est causée par de multiples facteurs, dont la sécheresse », a indiqué Sally Stevenson de MSF (Médecins sans frontières)-Grèce. « Cela dépend également de conditions localisées, notamment de la durée de la période des pluies, de l’acheminement des vivres et de l’existence de filets de sécurité ».

Dans un rapport publié le 25 août, la branche éthiopienne du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a noté que le nombre total d’enfants admis dans les centres thérapeutiques restait élevé.

Trente-quatre autres woredas (divisions administratives) vulnérables ont été identifiées par le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies dans les régions d’Afar, d’Amhara, d’Oromiya et dans la région des nations, nationalités et peuples du Sud.


Photo: Erich Ogoso/IRIN
Une famille éthiopienne dans le district de Wolayita, dans le sud de l'Ethiopie, où la malnutrition est répandue

L’agence se trouve néanmoins confrontée à un déficit de 170 000 tonnes de vivres, estimé à 138,8 millions de dollars, et a réduit ses rations en juillet. Le nombre de centres de nutrition a quant à lui augmenté ces trois dernier mois dans les régions les plus durement touchées, passant de 200 à 600, et plus de 26 500 admissions ont été enregistrées, selon l’Organisation mondiale de la santé.

« Il n’y a plus assez de terres pour subvenir aux besoins des nombreux habitants de l’Ethiopie, c’est pourquoi les carences en micronutriments sont courantes », a expliqué à IRIN Aaron White de l’organisation non-gouvernementale (ONG) Samaritan's Purse, à Addis-Abeba. « Le problème s’explique en partie par le fait que les gens ne peuvent pas se procurer les bons aliments ».

Selon une évaluation menée par Samaritan’s Purse dans le district de Kedida Gamella, dans la zone de Kembata Timbaro (Région des nations, nationalités et peuples du Sud), 10,7 pour cent des enfants évalués souffraient de malnutrition aiguë globale (GAM). Sur les 111 150 habitants de la région, 22 236 sont des enfants de moins de cinq ans.

Toujours selon l’évaluation, la malnutrition aiguë grave (SAM) s’élevait quant à elle à 2,3 pour cent, un taux plus élevé qu’en mai et juin 2006. Le taux de morbidité infantile total était également élevé.

D’après les ONG, pourtant, la situation varie selon les régions de l’Ethiopie. « A Siraro [région d’Oromiya], la situation se stabilise ; nous pensons, au vu des conclusions tirées de nos programmes médicaux, que la situation est en train de s’améliorer », a indiqué Mme Stevenson.

« Les pluies sont bonnes, les cultures poussent bien et les distributions générales a eu un impact », a-t-elle ajouté. « À Afar, la situation n’est pas la même. Nous estimons le taux de SAM à neuf pour cent, par rapport à un seuil de trois pour cent ».

À Afar, en effet, le nombre d’acteurs humanitaires est limité, de même que les moyens d’évaluer et de couvrir les besoins des communautés touchées ; les ONG sont effectivement peu nombreuses à affluer rapidement dans la région, selon OCHA.

Pourtant, environ 16 woredas sont dans une situation critique et doivent faire l’objet d’une surveillance attentive.

Une approche communautaire

Face au schéma cyclique d’insécurité alimentaire et de malnutrition qui caractérise l’Ethiopie, les travailleurs humanitaires se focalisent sur les soins thérapeutiques communautaires (CTC).

« Il s’agit d’un système sans patient, dans le cadre duquel les enfants restent chez eux et les mères s’occupent d’eux », a expliqué John Rynne, directeur pays de l'organisation internationale GOAL. « Gérer la malnutrition a toujours été le travail des ONG. Le personnel médical n’était pas formé pour s’en occuper. C’était le système traditionnel ; aujourd’hui, nous travaillons aux côtés du personnel. Nous les formons à soigner les enfants ».

Les CTC intègrent la nutrition complémentaire et thérapeutique, la promotion de l’hygiène et de la santé et des activités du domaine de la sécurité alimentaire.

Dans les cas de malnutrition grave, les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi sont administrés en complément d’un traitement médicamenteux ambulatoire. En cas de complications, les patients peuvent être envoyés dans de petites unités d’hospitalisation, mises en place en parallèle avec les programmes de nutrition complémentaire.

« Aujourd’hui, tous les villages ont des bénévoles formés à l’éducation nutritionnelle », a noté Mulugeti Beshada, responsable du programme d’aide aux moyens de subsistance mis sur pied par l'organisation Concern worldwide à Damot Woyde, dans la région de Wolayita. L’ONG parraine 10 000 enfants en centres d’alimentation complémentaire et 500 en soins thérapeutiques.

Selon Mestewat Giridan, responsable de CTC, les bénévoles des communautés jouent un rôle essentiel.

« Auparavant, nous nous rendions de maison en maison pour examiner les enfants », a-t-elle déclaré à IRIN, à Badessa. « Aujourd’hui, les bénévoles signalent les cas et les amis informent leurs amis. Les gens viennent [aux centres] sans y avoir été envoyés ».

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