Soutenir la réforme du secteur de la sécurité

L’instabilité politique récente, et notamment la dissolution du gouvernement au début du mois d’août, risque de retarder les projets de réforme tant attendus du secteur hypertrophié de la sécurité en Guinée Bissau, ce qui pourrait se répercuter sur la sécurité du pays, à long terme, selon Baciro Dja, président de l’institut national de défense.

Neuf unités de la police, l’armée de terre, l’armée de l’air, la marine et le secteur judiciaire doivent être soumis à une réforme au cours des prochaines années, dans le cadre d’un exercice ambitieux entrepris par le gouvernement, soutenu par l’Union européenne et dirigé par Juan Esteban Verastegui, général de l’armée espagnole.

« La mise en place d’un nouveau gouvernement pourrait démotiver le processus [de réforme du secteur de la sécurité]. Si nous annonçons une réforme et que rien ne se produit, ce sera très dangereux », selon M. Dja.

Une armée trop chère

La modernisation et la réduction des effectifs d’une armée nationale hypertrophiée, « talon d’Achille » du pays, d’après M. Dja, sont au cœur de ce processus de réforme ; l’armée compte actuellement 4 800 membres inscrits, dont un grand nombre de généraux, promus sous le régime de l’ancien président Kouma Yala.

Seuls six membres de l’armée ont moins de 20 ans, selon un rapport publié dernièrement par Reuters.

« La Guinée-Bissau a plus de généraux que le Nigeria [le pays le plus peuplé d’Afrique] », a confirmé Shola Omoregie, directeur du Bureau d’appui des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (UNOGBIS).

L’idée est de réduire les effectifs globaux à 2 500, d’après M. Dja, et créer ainsi une armée « modernisée », moins importante et plus efficace, dont les membres pourront vivre dans la dignité, être bien entraînés et dotés de l’équipement adéquat.

Cette réforme est absolument essentielle car, bien que 30 pour cent du budget annuel bissau-guinéen ait été alloué au secteur de la sécurité selon les estimations de l’International Crisis Group, le gouvernement n’a pas les moyens de soutenir la structure actuelle, a indiqué un expert international de la sécurité, à Bissau.

« De nombreux membres de l’armée et de la police n’ont pas été payés depuis deux mois », a-t-il dit à IRIN. « Les officiers de l’armée ne devraient pas être obligés de vendre du café dans la rue pour survivre [...] on court à la catastrophe ».

Les défis à relever

Il est également espéré que ces réformes permettront de limiter l’implication présumée de certains membres de l’armée dans le trafic de drogues en Guinée-Bissau, d’après un expert international du trafic de drogues, qui a également requis l’anonymat.

« Le trafic de drogues est une menace grave ici, et si rien n’est fait, cela va compromettre tous les efforts que nous déployons en vue de consolider la paix dans ce pays », a ajouté M. Omoregie, de l’UNOGBIS, également Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Guinée Bissau.

Mais d’aucuns craignent que la dissolution du gouvernement, au début du mois d’août, ne risque de retarder la mise en oeuvre des réformes du secteur de la sécurité ; cela compliquerait d’autant plus un processus déjà entravé par un certain nombre de difficultés, et notamment par des questions financières, puisqu’il faudra avant tout trouver le moyen de réunir les 180 millions de dollars nécessaires à sa mise en oeuvre.

Le colonel Salamao Kiermes de l’UNOGBIS a néanmoins bon espoir de voir ces réformes appliquées, puisque les efforts ont progressé jusqu’ici en dépit du dernier bouleversement gouvernemental, a-t-il indiqué.

« Les personnes clés, notamment les ministres de la Défense et de la Justice, n’ont pas changé [et] le nouveau gouvernement a assuré qu’il ne modifierait pas les projets en cours », a-t-il dit.

En attendant, les partisans de ces réformes ne sont pas près de relâcher la pression.

« La réforme du secteur de la sécurité est une condition préalable à tout ce que les Nations Unies font ici, au même titre que la bonne gouvernance et le renforcement des capacités administratives du gouvernement », a souligné Giuseppina Mazza, Coordinatrice résidente des Nations Unies à Bissau.

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