Combattre le sida en zone de guerre

Les agences humanitaires travaillant dans un climat d’insécurité totale en Somalie ont été forcées de trouver des moyens créatifs pour maintenir leurs programmes VIH et leurs personnels en vie après les récents enlèvements de plusieurs travailleurs humanitaires locaux et internationaux.

« La situation sécuritaire s’est détériorée, et l’accès permettant aux Nations Unies et aux agences partenaires de fournir le soutien nécessaire est très limité », a noté Ulrike Gilbert, spécialiste VIH du Fonds des Nations Unies pour l’enfance, UNICEF, en Somalie, l’agence bénéficiaire principale de la subvention VIH/SIDA du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

« Nous avons dû renforcer les capacités de nos partenaires locaux –des ONG qui travaillent sur le terrain et vivent parmi les communautés dans des zones non sécurisées- parce que même nos employés locaux somaliens n’ont pas accès à de nombreuses zones ».

La prévalence du VIH en Somalie est basse –moins d’un pour cent- mais les connaissances sur l’épidémie et l’accès aux services VIH/SIDA sont aussi très faibles.

D’après le Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA, seuls cinq pour cent de la population ont été dépistés, et seules quatre pour cent des femmes âgées entre 15 et 24 ans ont des connaissances appropriées sur le virus.

L’UNICEF et ses partenaires ont lancé plusieurs programmes VIH, y compris un programme d’éducation par les pairs destiné aux femmes, encourageant les leaders religieux à évoquer plus ouvertement la question de l’épidémie, et fournissant des services de conseil et de dépistage volontaire, ainsi que des médicaments antirétroviraux (ARV) dans six sites du pays.

« Certaines de ces organisations font un travail incroyable, en continuant à fournir des services de sensibilisation et autres, au milieu des bombardements et de l’insécurité », a dit M. Gilbert à IRIN/PlusNews.

L’un de ces groupes est la Coalition of grassroots women's organisations (COGWO), un regroupement qui travaille dans cinq zones du centre-sud de la Somalie, où les combats entre les forces gouvernementales somaliennes, soutenues par l’Ethiopie, et les insurgés, ont contraint jusqu’à un million de personnes à fuir leurs maisons, des combats qui ont causé la mort d’un nombre de civils estimé à 6 000 depuis 2007.

« Nous gérons les programmes VIH/SIDA des femmes pour les femmes, en utilisant 24 facilitatrices pour sensibiliser les femmes sur le sida », a dit une porte-parole de COGWO, qui a demandé à ne pas être nommée. « Nous tenons des assemblées lors desquelles les femmes parlent de sujets liés au VIH, nous conseillons les gens vivant avec le virus, nous référons les gens aux centres de dépistage volontaire [CDV] et nous faisons du porte-à-porte pour éduquer ».

Voler hors de portée du radar

Ces activités impliquent toutes qu’il y ait de l’interaction entre les gens et leurs communautés. « C’est dangereux ; nous devons vraiment garder un profil bas pour éviter d’être harcelés par les milices », a-t-elle dit. « Nous n’allons pas sur la ligne de front, les zones où le TFG [Gouvernement fédéral de transition], les troupes éthiopiennes et les insurgés se battent. »

« Nous sommes aussi très prudentes sur les moments auxquels nous organisons nos activités », a-t-elle ajouté. « Le matin, avant que le khat [des feuilles que l’on mâche, un stimulant largement répandu dans la Corne de l’Afrique] ne soit livré sur les marchés, les milices sont en état d’alerte et peuvent harceler notre personnel à propos de ce qu’il fait, qu’ils aient l’autorité de le faire ou pas. Mais l’après-midi, quand la plupart d’entre eux ont mâché leur khat, nous pouvons nous déplacer plus librement ».

Pour éviter des possibles persécutions, les personnels de la COGWO ne mentionnent pas la composante VIH de leurs activités, et disent simplement aux milices qu’elles organisent des réunions pour les femmes.

La porte-parole de la Coalition a expliqué à IRIN/PlusNews qu’il était possible d’éduquer les gens, mais que l’insécurité permanente pouvait être dangereuse pour les activités et obliger à les interrompre. « De récents bombardements à Beletweyne [à 330 kilomètres au nord de la capitale Mogadiscio] ont déplacé certaines de nos facilitatrices et pairs éducatrices, donc elles ont dû interrompre leur travail ».

Emmener les gens malade à l’hôpital est aussi extrêmement difficile. Le seul site qui offre des services de CDV et de traitements ARV dans le centre-sud de la Somalie est à Merka, à 100 kilomètres au sud de Mogadiscio, a dit une responsable de la COGWO. « La route entre Merka et Mogadiscio n’est pas sécurisée ».

kr/ks/he/ail