Un cappuccino et un préservatif

Bellissima, dans la rue animée du Gabon, à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, pourrait n’être rien de plus qu’un café haut de gamme, si chaque boisson, servie par des serveurs vêtus de T-shirts « Sensation », dans des tasses « Sensation », ne s’accompagnait pas d’un paquet de préservatifs « Sensation ».

« Je voulais conjuguer les affaires avec un message à l’attention des personnes sexuellement actives », a expliqué à IRIN/PlusNews Hayat Ahmed, 26 ans, la propriétaire de Bellissima. « Je suis l’ambassadrice de la marque de préservatifs "Sensation" en Ethiopie, et je veux véhiculer le message que les préservatifs peuvent protéger du VIH/SIDA ».

Hayat, ancienne reine de beauté, s’investit dans des campagnes de lutte contre le VIH/SIDA depuis qu’elle a été élue Miss Ethiopie en 2003, avant d’être nommée ambassadrice VIH/SIDA.

Hayat, dont le visage peut être aperçu sur des panneaux d’affichage, fait des apparitions régulières sur l’unique chaîne de télévision éthiopienne, pour promouvoir l’utilisation du préservatif.

« Quand je marche dans la rue, même les enfants me reconnaissent », explique-t-elle. « Mais ils ne m’appellent pas Hayat ; ils m’appellent "Sensation" ».

Créé sur le modèle des « bars à préservatifs » d’Asie, Bellissima avait déjà distribué six boîtes de préservatifs, contenant chacune 48 paquets de trois préservatifs, deux jours après avoir ouvert ses portes.

Ces préservatifs gratuits ont suscité des réactions mitigées : les clients d’âge mûr n’adhérent pas vraiment au concept, contrairement aux jeunes, qui adorent cette idée et demandent parfois un second paquet de préservatifs.


Photo: Tesfalem Woldes/IRIN
Un paquet de trois préservatifs est donné gratuitement avec l'addition

« Il nous est arrivé que des jeunes viennent nous demander "C’est vrai que vous distribuez des préservatifs gratuits ?", et quand on leur dit oui, leurs visages s’illuminent et ils commandent directement », raconte un serveur. « Mais il nous est également arrivé que les gens soient choqués quand nous leur apportons l’addition accompagnée d’un préservatif : certains disent qu’on encourage l’immoralité ».

Les clients ne sont pas obligés d’emmener les paquets chez eux lorsqu’ils quittent le restaurant.

« C’est à vous de décider si vous voulez les prendre ou les laisser », a indiqué Hayat. « Nous prévoyons également d’installer des distributeurs de préservatifs dans les toilettes ».

Sa campagne est soutenue par des agences de marketing social, telles que l’organisation DKT-Ethiopie, à but non-lucratif, qui a vendu près de 60 millions de préservatifs en 2007 et a également lancé un préservatif Sensation aromatisé au café. L’Ethiopie est communément considérée comme le berceau du café, une boisson consommée à l’échelle nationale.

Hayat entend ouvrir d’autres cafés dans la capitale ainsi que dans d’autres villes, et continuer de promouvoir diverses stratégies de lutte contre le VIH, notamment l’abstinence et la fidélité. Elle pourrait même diffuser le concept des « bars à préservatifs » dans d’autres pays d’Afrique.

« En Ethiopie, beaucoup de gens ont honte de parler de préservatifs ou d’en utiliser », a-t-elle dit. « Pourtant, certaines sociétés mettent des préservatifs dans leurs toilettes et quand vous allez voir, chaque jour, les boîtes sont vides. Que ces préservatifs soient utilisés de manière ouverte ou cachée, ça m’est égal, tant que les gens sont nombreux à les utiliser ».

L’Ethiopie affiche un taux de prévalence du VIH estimé à plus de deux pour cent chez les personnes sexuellement actives âgées de 15 à 49 ans.

Selon un rapport publié par le Bureau fédéral de prévention et de contrôle du VIH/SIDA en mars, entre 2000 et 2005, l’utilisation du préservatif a augmenté de 30,3 à 51,9 pour cent chez les hommes, et de 13,4 à 23,6 pour cent chez les femmes.

D’après les informations communiquées par le gouvernement éthiopien, la moitié des institutions du secteur public et 20 pour cent des entreprises privées ont intégré la prévention du VIH/SIDA à leurs politiques opérationnelles.

Pourtant, à en croire Philopos Petros, directeur de l’unité de gestion du VIH/SIDA de l’Université éthiopienne de la fonction publique, « il y a encore des gens instruits qui sont exposés au VIH ou qui meurent du sida », et les populations doivent être sensibilisées davantage.

« Une personne ne peut pas changer le monde à elle seule, mais je veux apporter ma pierre à l’édifice », a indiqué Hayat. « J’ai un nom et la volonté qu’il faut, et je vais m’en servir ».

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