Le dialogue, un besoin urgent après le départ de la MINUEE

Il est peu probable que la tension monte entre l’Ethiopie et l’Erythrée  immédiatement après le départ des Casques bleus des Nations Unies, mais un mécanisme devrait être rapidement mis en place pour engager des pourparlers entre les deux pays voisins, selon un analyste.

Le Conseil de sécurité a mis un terme, le 31 juillet, à la Mission des Nations Unies en Ethiopie et en Erythrée (MINUEE).

« Cette décision est essentiellement une officialisation de la réalité, car la MINUEE n’est pas vraiment présente sur le terrain », a expliqué à IRIN Fouad Hikmat, directeur du service Corne de l’Afrique à l’International Crisis Group (ICG).

L’Ethiopie et l’Erythrée ont toutes deux déclaré qu’une reprise du conflit était peu probable, mais d’autres analystes craignent qu’un accident déclencheur ou que des échauffourées ne mettent le feu aux poudres, provoquant une explosion en l’absence d’un intermédiaire.

« Aucun des deux pays ne veut partir en guerre, mais la situation est très sensible et les soldats sont proches les uns des autres », a ajouté M. Hikmat. « Il faut espérer que les deux pays essaieront désormais d’engager des pourparlers ».

La MINUEE a commencé à retirer ses équipements et autres ressources, notamment 320 membres de son personnel militaire, stationnés en Ethiopie.

« La mission a été déployée à la demande des deux pays, pour maintenir la paix après deux ans de guerre, qui avaient fait au moins 70 000 morts, au sein des populations éthiopienne et érythréenne », a expliqué Azouz Ennifar, chef par intérim de la MINUEE.

« C’était une mission délicate, dans des zones géographiques difficiles, mais les hommes et les femmes qui l’ont menée [...] ne se sont pas dérobés ».

Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, a regretté cette décision, expliquant que les deux parties avaient rejeté la possibilité du maintien d’une présence sur le terrain, suggérée à la demande du Conseil.

« [Le Secrétaire général] a émis l'espoir que les parties seraient capables de mettre fin à l’impasse actuelle et de créer les conditions nécessaires à la normalisation de leurs relations, facteur clé de la stabilité et de la paix dans la région », a-t-il déclaré. 

M. Hikmat a appelé à la nomination d’un envoyé international pour ouvrir les voies de la communication entre les deux camps.

« A l’heure actuelle, il n’existe aucun mécanisme de communication clair entre les deux parties », a-t-il expliqué à IRIN, le 1er août. « Un envoyé spécial pourrait donner un nouvel élan au processus de communication ».

En réponse à la décision du Conseil, l’Ethiopie a déclaré que le dialogue était le meilleur moyen de sortir de l’impasse, tout en ajoutant que l’Erythrée avait fait obstacle à la MINUEE et conservé une attitude « provocatrice ».

« L’Ethiopie est fermement convaincue que le conflit entre elle-même et l’Erythrée devrait être résolu par des moyens pacifiques », selon un communiqué du ministère de l’Information.

L’Erythrée a pour sa part estimé que la fin du mandat de la MINUEE s’était « fait attendre ». « En réalité, la présence de la MINUEE était symbolique. Ce n’était pas une force de maintien de la paix : elle n’a pas de pouvoir de dissuasion, donc elle ne peut pas avoir d’impact », a déclaré Yemane Gebremeskel, porte-parole, à la BBC.


Photo: IRIN
L’ancien quartier général de la MINUEE, dans la ville de Badme

« D’un point de vue juridique, l’occupation de l’Erythrée par l’Ethiopie est indéfendable : elle ne peut pas être acceptée par la communauté internationale. Je pense que nous nous intéressons avant tout à l’aspect juridique et aux dimensions diplomatiques de la question », a-t-il ajouté.

Tensions à la frontière

Entre 1998 et 2000, les deux pays se sont livré une guerre sanglante le long de leurs 1 000 kilomètres de frontière. En 2000, conformément aux accords de paix d’Alger, une commission indépendante a été formée pour désamorcer les tensions en délimitant la frontière entre les deux pays.

La commission a rendu un arrêt en 2002, plaçant Badme, la ville frontalière symbolique à l’origine du conflit, sur le territoire érythréen. Sur le terrain, toutefois, la délimitation physique des frontières définies par la commission n’a jamais eu lieu.

Face à des tensions croissantes, une force onusienne de 4 200 hommes a été déployée pour surveiller la cessation des hostilités et aider à assurer le respect des engagements de sécurité pris par les deux parties.

Mais les relations entre l’Erythrée et la MINUEE se sont dégradées, entraînant l’arrêt des opérations militaires. Les vols des hélicoptères de la MINUEE ont été interrompus, ainsi que l’approvisionnement de la force en carburant.

Sans un approvisionnement suffisant en carburant, la force onusienne s’est trouvée dans l’incapacité d’assurer le transport de son personnel, de produire de l’électricité et de réfrigérer ses réserves médicales et alimentaires.

Risques de guerre

En juin, l’ICG a averti que cette impasse frontalière risquait fort de provoquer une nouvelle guerre, et qu’elle constituait une source d’instabilité grave pour la Corne de l’Afrique, et en particulier pour la Somalie.

Cette impasse « sert d’excuse aux deux régimes pour renforcer leurs puissances nationales aux dépens de la démocratie et de la croissance économique ; un compromis diplomatique a donc moins d’attrait pour [les deux gouvernements] », a averti l’organisme dans un rapport intitulé Beyond the Fragile Peace between Ethiopia and Eritrea: Averting New War [Au-delà de la paix fragile entre l’Ethiopie et l’Erythrée : éviter une nouvelle guerre].

« Chaque pays soutient les rebelles hostiles au régime de l’autre, et chacun est convaincu que la chute du régime de l’autre est imminente et qu’elle représente l’unique solution véritable à cette querelle frontalière ».

L’ICG a appelé à une délimitation virtuelle de la frontière, à la transformation de la MINUEE en un mécanisme de déclenchement plus mobile, aux réactions plus rapides, et à la nomination, par les Nations Unies, d’un négociateur spécial pour diriger un forum de dialogue alternatif.

« La priorité immédiate est de persuader l’Ethiopie de retirer ses troupes de l’ensemble du territoire attribué à l’Erythrée par la [commission frontalière] et l’Erythrée de retirer son armée de la ZST [Zone de sécurité temporaire] », a averti l’ICG.

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