Des leaders religieux pour la planification des naissances

Les dignitaires musulmans ont convenu de promouvoir la planification familiale auprès de leurs fidèles, au cours d’une réunion des principales organisations islamiques du pays, qui s’est déroulée dans la plus grande mosquée de la capitale, la veille de la Journée mondiale de la population, célébrée le 11 juillet.

« Les débats ont été fructueux. Nous avons expliqué à tout le monde que l’Islam n’était pas opposé à la planification familiale, et qu’il la recommandait même », a rapporté à IRIN Maiga Aboubakary, secrétaire général de l’Organisation islamique du Burkina Faso pour la population et le développement (RBOIPD).

Les leaders ont accepté de faire la tournée des 45 provinces et 13 régions du Burkina Faso dans le cadre d’une « vaste campagne de sensibilisation » à la planification familiale.

« Les dignitaires religieux doivent sensibiliser leurs communautés dans les mosquées, au cours des cérémonies religieuses, des mariages, des enterrements, en leur expliquant pourquoi la planification familiale est si importante », a déclaré M. Aboubakary à IRIN.

À en croire Siaka Traoré, chargé de communication et de plaidoyer au Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) au Burkina Faso, cette rencontre marque un véritable tournant. « Nous pensons que l’Islam a un rôle à jouer en matière de sensibilisation et d’éducation ; en ce sens, le choix du lieu de la rencontre est très symbolique ».

Selon le dernier recensement (2006), les musulmans représentent un peu plus de la moitié des 14 millions d’habitants que compte le pays.

D’après M. Traoré, les dignitaires religieux sont une cible importante pour les activistes de la planification familiale, en raison du rôle privilégié qu’ils jouent au sein de la communauté.

« Les dignitaires musulmans, en tant que membres intégrants de la communauté, ont un rôle important à jouer en matière de planification familiale, et c’est pourquoi nous soutenons cette rencontre entre eux », a déclaré M. Traoré.

Selon M. Aboubakary, bon nombre de personnes pensent que les principes de l’Islam s’opposent à la planification familiale, quand, bien au contraire, ses préceptes la promeuvent.

Croissance démographique

Le Burkina Faso affiche actuellement une croissance démographique de trois pour cent, ce qui représente environ 341 000 personnes de plus chaque année ; la population burkinabè est donc passée, globalement, de 5,6 millions de personnes en 1975 à 14 millions aujourd’hui.

En moyenne, sept enfants naissent dans chaque famille, et selon les économistes, les cinq pour cent de croissance économique actuels devront être portés à 7,5 pour cent pour couvrir les besoins de cette population croissante.

Selon le ministère de la Santé, seuls 14 pour cent des couples utilisent régulièrement des contraceptifs, et d’après les conclusions d’une étude menée en 1994 (la plus récente dont on dispose), un tiers des femmes âgées de 15 à 49 ans ont déclaré avoir besoin d’une meilleure planification des naissances.

« La planification familiale est indispensable au développement d’un pays, de sa société et des individus, car c’est grâce à elle que nous pouvons mieux organiser la vie des familles, mieux nourrir et éduquer les enfants, et leur offrir les soins de santé dont ils ont besoin », a expliqué M. Traoré à IRIN.

Le gouvernement a besoin d’aide pour développer les modestes objectifs de son programme de santé publique national, qui prévoient une augmentation de la couverture contraceptive de seulement trois pour cent d’ici à 2010.

La campagne menée par le gouvernement en vue de réduire le taux de mortalité des nourrissons de 40 pour cent d’ici à 2010 est, elle, plus ambitieuse.

Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), 122 enfants sur 1 000 nés au Burkina Faso meurent en effet avant leur premier anniversaire, et le taux élevé de mortalité des nourrissons est un des principaux facteurs responsables du taux élevé de natalité.

Les dignitaires religieux n’ont pas pris de décision quant aux méthodes de contraception à promouvoir, laissant ainsi chacun prendre sa propre décision, selon M. Aboubakary. Ils insisteront néanmoins pour que la planification familiale devienne la responsabilité de chaque couple.

« Nous avons demandé que chaque femme soit accompagnée chez le médecin par son mari pour une consultation ayant trait à la planification familiale. Les femmes ne devraient pas y aller seules car [la planification familiale] doit être une décision de couple », selon M. Aboubakary.

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