Un dollar de plus pour le climat, un dollar de moins pour la santé

La décision des pays membres du Groupe des huit (G8) de détourner les fonds de leur Overseas Development Assistance (ODA) pour aider les pays pauvres à s’adapter au changement climatique a été vivement critiquée.

Les huit pays industrialisés se sont également retrouvés sous les feux de la critique pour n’avoir pas fixé d’objectifs à court et moyen termes en vue de réduire leurs dangereuses émissions de gaz à effet de serre, responsables du réchauffement climatique.

« Ce [détournement des fonds de l’ODA] est une nouvelle catastrophique : chaque dollar prélevé sur les fonds de l’ODA au profit de l’adaptation au changement climatique est un dollar de moins consacré [aux programmes] sanitaires et éducatifs dans les pays en voie de développement », a prévenu Antonio Hill, conseiller principal en politiques à Oxfam, l’organisme d’aide au développement britannique.

Les pays du G8 se sont réunis cette semaine à Hokkaido, au Japon, où ils se sont engagés à consacrer six milliards de dollars, dans le cadre de l’ODA, aux nouveaux Fonds d’investissement pour le climat (FIC), qui doivent se composer de deux fonds : l’un contribuera à fournir des technologies propres, l’autre à renforcer la capacité d’adaptation des pays pauvres. Ces deux fonds seront gérés par la Banque mondiale.

Le Groupe des cinq, qui représente les économies émergentes que sont la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique et l’Afrique du Sud, et s’est réuni parallèlement au forum du G8 au Japon, a pour sa part appelé à l’instauration de « nouveaux […] mécanismes financiers novateurs » pour mobiliser des fonds « supplémentaires » sans devoir détourner les fonds de l’ODA et d’autres ressources multilatérales destinées à réduire la pauvreté.

Pour Oxfam, les fonds qui doivent être consacrés aux FIC sont « une goutte d’eau dans la mer » : l’organisme a fait remarquer qu’il faudrait 800 millions de dollars rien que pour couvrir les besoins immédiats de l’Ethiopie en matière d’adaptation au climat.

L’organisme d’aide au développement a également souligné le déséquilibre financier qui existe entre les FIC du G8 et le fonds d’adaptation des Nations Unies. Les FIC s’étaient déjà attiré la désapprobation de la société civile à l’approche du sommet d’Hokkaido : en effet, les sommes de chaque fonds seront versées sous forme de prêts, ce qui, selon diverses organisations non-gouvernementales (ONG) telles qu’Oxfam, constitue une violation du Principe pollueur-payeur (PPP).

Le PPP est globalement reconnu comme un principe général du droit international sur l’environnement ; il s’agit en outre d’un des principes fondamentaux de la politique adoptée par la Communauté européenne dans le domaine de l’environnement.

Une vision « pathétique » pour le long terme

Au dernier sommet du G8, à Heiligendamm, en Allemagne, les pays riches avaient convenu d’envisager, comme objectif global, une réduction d’au moins 50 pour cent des émissions d’ici à 2050, par rapport au niveau atteint en 1990.

« Confirmer les résultats du sommet de l’année dernière, à Heiligendamm, n’est guère une issue remarquable », a déclaré Kim Carstensen, directeur de l’initiative sur le climat mondial, menée par l’organisation non-gouvernementale (ONG) World Wide Fund for Nature (WWF), qui lutte pour la protection de l’environnement.

« Si peu de progrès après une année entière de réunions ministérielles et de négociations… Non seulement il s’agit là d’une occasion manquée, mais [ces engagements] sont dangereusement loin d’apporter ce dont on a besoin pour protéger les populations et la nature du changement climatique », a-t-il estimé.

Le monde a jusqu’au sommet de Copenhague (Danemark) sur le changement climatique, qui se tiendra en décembre 2009 ; cette rencontre devrait voir l’adoption d’un nouvel accord de réduction des émissions de gaz à effet de serre, qui devrait entrer en vigueur après 2012.

Un nouvel accord doit être conclu car la première phase d’engagement du protocole de Kyoto (adopté par les pays développés en 1997 pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, une substance nocive, et aider les pays pauvres à réduire les leurs) s’achève en 2012.

Pour les scientifiques et les écologistes, il n’y a plus de temps à perdre. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), un organe scientifique intergouvernemental formé par l’Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), a suggéré une réduction de 25 à 40 pour cent d’ici à l’an 2020 pour éviter une hausse de deux degrés Celsius de la température mondiale.

Une telle hausse détruirait en effet 30 à 40 pour cent des espèces connues, et provoquerait des vagues de chaleur et de sécheresse à plus grande échelle, plus violentes et plus fréquentes, et des événements climatiques plus intenses, tels que des crues ou des cyclones.

Au dernier sommet des Nations Unies sur le protocole, en décembre 2007, M. Hill d’Oxfam avait fait remarquer qu’au moins quatre membres européens du G8 avaient reconnu la nécessité de réduire leurs émissions de 25 à 40 pour cent d’ici à l’an 2020.

Mais « le Canada, les Etats-Unis et le Japon prennent le monde en otage sur les objectifs pour 2020 ; et les populations pauvres en paient le prix », avait-il expliqué.

Pour les Etats-Unis, qui ont refusé d’adopter le protocole de Kyoto, les économies en développement telles que la Chine ou l’Inde, qui comptent parmi les principaux émetteurs de gaz nocifs du monde, devraient elles aussi procéder à des réductions obligatoires.

D’après M. Hill, les pays du Groupe des cinq ont déclaré qu’ils étaient disposés à procéder à une réduction obligatoire de 50 pour cent des émissions d’ici à l’an 2050, si les pays riches acceptaient de réduire leurs émissions d’au moins 25 à 40 pour cent, par rapport au niveau atteint en 1990, d’ici à l’an 2020.

« Le G8 est responsable de 62 pour cent du dioxyde de carbone accumulé dans l’atmosphère de la terre, il est donc le principal coupable de l’évolution du climat et représente le plus gros du problème », a estimé M. Carstensen de WWF.

Les scientifiques ont d’ailleurs appelé à des réductions de 80 à 95 pour cent par rapport au niveau atteint en 1990, d’ici à l’an 2050.

Le Royaume-Uni, conformément à un accord bilatéral conclu avec l’Afrique du Sud cette semaine, a annoncé qu’il était prêt à s’engager à procéder à cette réduction plus stricte des émissions de gaz, de 80 à 95 pour cent, d’ici à l’an 2050.

« Pour y arriver, les émissions mondiales doivent atteindre leur maximum et diminuer dans 10 à 15 ans, et les pays riches doivent réduire leurs émissions de 25 à 40 pour cent d’ici à 2020. Or, ces impératifs, d’une importance cruciale, ne figurent pas dans le communiqué du G8 », a noté M. Carstensen.

Selon M. Hill, les négociations devront se poursuivre au prochain sommet majeur des Nations Unies sur le climat, qui aura lieu en Pologne, en décembre prochain.

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