Faire face aux traumatismes causés par le cyclone

Les rescapés du cyclone Nargis continuent de souffrir de traumatismes généralisés, un obstacle de plus à la reconstruction de leurs vies brisées. « J’ai vu beaucoup de gens très tristes, très angoissés, qui avaient peur que le vent n’emporte tout ce qui restait », a révélé Kaz de Jong, traumatologue pour l’association caritative médicale Médecins sans frontières, qui vient juste de rentrer d’une mission d’évaluation de deux semaines au delta.

M. de Jong a néanmoins déclaré avoir été impressionné par les personnes qui se battent pour tenter de s’en sortir, malgré l’ampleur de leurs souffrances.

En s’abattant sur le delta de l’Ayeyarwady, au Myanmar, les 2 et 3 mai derniers, le cyclone de catégorie quatre a fait quelque 133 000 morts et disparus, et a plongé 2,4 millions de personnes dans la misère, selon les estimations.

De nombreux rescapés ressassent de manière obsessionnelle les images de la catastrophe –en particulier la dernière vision de leurs êtres chers, emportés ou noyés, pour la plupart, par l’onde de tempête qui a déferlé à l’intérieur des terres sur une distance couvrant jusque 35 kilomètres.

D’autres éprouvent de la difficulté à dormir et souffrent de palpitations et d’hypertension artérielle, symptômes d’une accumulation de stress, selon M. de Jong.

Impact psychologique

D’après M. de Jong, de nombreux rescapés, enfants compris, semblaient repliés sur eux-mêmes ou ont dit manquer d’énergie pour faire face à l’avenir.

« Vous êtes tous inquiets au sujet du riz, mais les gens doivent être motivés à le manger, ce riz. Or, aujourd’hui, ma vie ne vaut plus la peine d’être vécue : j’ai perdu toute ma famille », lui a raconté une femme âgée.

Le désespoir et l’abattement sont « normaux », compte tenu de l’ampleur des pertes subies par les populations, mais ils limitent leurs capacités à reconstruire leurs vies, a expliqué MSF, ajoutant que les signes de problèmes psychologiques graves étaient rares.


Photo: Contributor/IRIN
Sur les berges de la rivière qui longe le village de Kawhmu, dans la région du delta de l'Ayeyarwady

MSF s’efforce de créer des réseaux de soutien pour aider les victimes à faire face au choc provoqué par leurs pertes et à s’en remettre émotionnellement, et pour prévenir d’autres problèmes psychologiques graves.

« Nous devons aider les populations à se rétablir et à faire en sorte que leur vie vaille la peine d’être vécue », a préconisé M. de Jong.

Pour ce faire, MSF tente actuellement d’identifier les chefs des communautés et de leur inculquer les bases de la gestion du stress afin qu’ils puissent surveiller l’état des personnes les plus vulnérables, telles que les enfants ou les personnes âgées seuls survivants de leur famille, et aider les populations à maîtriser leurs angoisses.

Entre autres techniques, l’organisation a demandé à des moines bouddhistes d’organiser des séances de méditation avec les villageois, elle encourage les populations à exprimer ouvertement ce qu’elles ressentent à la suite de leurs expériences, et entraîne les rescapés à ne penser aux membres de leur famille qu’ils ont perdus qu’à certains moments de la journée, pour éviter de ressasser leurs mauvais souvenirs de manière obsessionnelle.

MSF dépêche en outre divers conseillers professionnels locaux dans le delta. Bon nombre d’autres organisations non-gouvernementales (ONG) travaillent également avec les communautés locales pour tenter d’aider les habitants à comprendre comment ils peuvent apporter un soutien psychosocial aux autres membres de leurs communautés, et leur permettre ainsi de faire face à la crise et de surmonter leurs pertes.

« Généralement, en Asie, les gens ne parlent pas ouvertement de leurs sentiments, alors les gens souffrent en silence », a indiqué à IRIN James East, porte-parole de World Vision. « Nous allons travailler avec la communauté et former les habitants, pour les aider à reconnaître les symptômes du traumatisme ».

Préoccupations sanitaires

En parallèle, plus d’un mois après la catastrophe, les travailleurs sanitaires du delta de l’Ayeyarwady travaillent d’arrache-pied pour prévenir les épidémies de maladies hydriques et transmises à l’homme par le moustique, qui pourraient faire encore plus de victimes chez les rescapés déplacés, dont un grand nombre vivent aujourd’hui entassés dans des campements temporaires, dans différentes villes de la région.

MSF, qui menait une vaste opération au Myanmar avant la catastrophe et a déployé rapidement un grand nombre de ses travailleurs de la santé dans la zone sinistrée, a indiqué qu’à ce jour, ses 43 équipes sanitaires n’avaient encore décelé aucune épidémie grave, bien qu’elles aient soigné des dizaines de milliers de blessures provoquées par la tempête, et qu’elles observent en ce moment davantage de cas de diarrhée grave et d’infections aiguës des voies respiratoires.

Les fortes pluies de la mousson sont une des principales sources d’eau potable de la région, et les travailleurs humanitaires ont distribué des jerrycans aux rescapés pour leur permettre de recueillir l’eau de pluie.

Les préoccupations restent toutefois vives concernant les maladies hydriques, compte tenu des problèmes actuels d’accès à l’eau salubre, au savon et aux matériels d’assainissement les plus essentiels.

Le 10 juin, le groupement sanitaire, dirigé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a rapporté que son système d’alerte pathologique précoce avait détecté 685 cas d’infections aiguës des voies respiratoires, 117 cas de diarrhée sanglante, et trois cas de fièvre dengue.

S’il est normal d’observer un nombre élevé de cas de fièvre dengue dans la région à cette période de l’année, l’OMS prévoit que le taux de prévalence de la maladie sera encore plus élevé cette année, compte tenu des conditions de vie des populations, à la suite du cyclone.

ak/ds/mw/nh/ail