Ressentiment grandissant contre les Zimbabwéens

Les Zimbabwéens qui migrent en Zambie voisine en quête d’une vie meilleure, et pour échapper aux violences électorales qui déchirent leur pays, sont de plus en plus inquiets face au mépris grandissant dont ils font l’objet.

« On nous traite avec énormément d’indignation. Partout où nous allons, on nous traite comme des êtres inférieurs ; on dirait que parce que vous êtes zimbabwéenne et que vous êtes en Zambie, vous êtes une prostituée [travailleuse du sexe], ce qui n’est pas le cas », a expliqué à IRIN Patience Ndhlobvu, une commerçante zimbabwéenne venue exercer de l’autre côté de la frontière, à Lusaka, la capitale zambienne.

« Personnellement, je m’élève vigoureusement contre cette attitude ; ce n’est pas juste, nous n’avons rien fait pour ça […] les Zambiens ont été très généreux avec nous, mais on dirait que les choses sont en train de changer [maintenant] », a-t-elle ajouté. « Tout d’un coup, tout le monde se met à nous critiquer. Pas plus tard que l’autre jour, quelqu’un m’a traitée de prostituée alors que j’étais en train de vendre mes produits [des bonbons, des chocolats et des biscuits] en ville ».

L’Afrique du Sud, qui affiche l’économie la plus dynamique du continent, est une destination de choix pour les Zimbabwéens qui cherchent à échapper à un taux de chômage de plus de 80 pour cent et à un taux d’inflation supérieur à un million pour cent, selon certaines estimations non-officielles.

Toutefois, à la suite des dernières agressions commises par des Sud-africains à l’encontre de ressortissants étrangers, qui ont fait plus de 60 morts et des dizaines de milliers de déplacés, quelque 25 000 Zimbabwéens d’Afrique du Sud ont migré en Zambie, selon la Croix-Rouge, soit plus du double des Zimbabwéens qui seraient déjà installés dans le pays.

Levy Mwanawasa, président de la Zambie et de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), un organisme régional, a déclaré que le pays n’avait pas les moyens d’accueillir d’autres réfugiés ou ressortissants étrangers, puisque ses anciens camps de réfugiés sont en train d’être reconvertis en institutions spécialisées, et notamment en centres de formation.

Dans les années 1990, la Zambie comptait 300 000 réfugiés, qui avaient fui la région pour échapper aux conflits des Grands Lacs et à la guerre civile en Angola ; aujourd’hui, après le rapatriement des ressortissants rwandais, congolais et angolais, ils ne sont plus que 113 000 environ.

Selon Mike Mulongoti, ministre zambien de l’Information et principal porte-parole du gouvernement, l’on craint que le deuxième tour des élections présidentielles au Zimbabwe, prévu pour le 27 juin, ne risque de précipiter le départ d’autres Zimbabwéens pour les pays voisins.

''...En tant que Zambiens, nous sommes continuellement importunés. Nous ne pouvons pas continuer à nier le fait que quelque chose ne va pas [au Zimbabwe], parce que leurs ressortissants arrivent sur notre territoire par milliers, aujourd’hui. Ils sont partout ...''

La tension monte entre voisins

Le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), parti d’opposition, a remporté les élections législatives du 29 mars au Zimbabwe et a failli l’emporter au premier tour des élections présidentielles. Mais depuis lors, 60 personnes ont péri au cours des violences politiques qui ont suivi les élections, selon le MDC.

« En tant que Zambiens, nous sommes continuellement importunés », a déclaré M. Mulongoti à IRIN. « Nous ne pouvons pas continuer à nier le fait que quelque chose ne va pas [au Zimbabwe], parce que leurs ressortissants arrivent sur notre territoire par milliers, aujourd’hui. Ils [les Zimbabwéens] sont partout ».

Les relations diplomatiques entre la Zambie et le Zimbabwe sont tendues, notamment depuis que M. Mwanawasa a convoqué un sommet extraordinaire de la SADC, à l’approche des élections du 29 mars.

M. Mugabe avait refusé d’assister à la conférence de Lusaka et son gouvernement s’était mis à lancer des attaques au vitriol contre la Zambie, le Botswana et la Tanzanie, pour s’être pliés aux volontés de la Grande-Bretagne, en tentant d’assurer « un changement de régime rapide au Zimbabwe ».

« En notre qualité de gouvernement zambien, nous objectons vigoureusement aux attaques injustifiées, lancées par le gouvernement zimbabwéen à notre endroit dans les médias. Combien de temps allons-nous tolérer cela ? Combien de temps va-t-on continuer d’accueillir ces populations ? Nous l’avons fait pendant la lutte pour la liberté », a déclaré M. Mulongoti.

Selon Lee Habasonda, directeur exécutif du Centre d’Afrique australe pour la résolution constructive des différends (SACCORD), l’organisme régional de surveillance de la bonne gouvernance et de défense des droits humains, les agressions xénophobes perpétrées en Afrique du Sud, qui semblent ciblées davantage contre les Zimbabwéens, risquent de se propager à d’autres pays si rien n’est fait pour freiner l’effondrement économique du Zimbabwe.

Ressentiment régional contre les Zimbabwéens

« Le problème, c’est qu’il n’y a pas qu’ici, en Zambie, que les populations en veulent aux Zimbabwéens ; même au Botswana, même au Mozambique, et même au Malawi, la situation est la même. Beaucoup d’entre eux viennent faire des affaires dans des domaines inacceptables, tels que le commerce du sexe », a indiqué M. Habasonda.

En avril 2008, les services zambiens de l’immigration ont expulsé une soixantaine de Zimbabwéens soupçonnés de se livrer au commerce du sexe à Livingstone, première destination touristique du pays.

Les services d’immigration tentent de freiner l’afflux des immigrés zimbabwéens aux postes frontaliers de Chirundu, Kazungula et Kariba, dans la Province australe, en Zambie, « mais il est difficile de retenir complètement ces immigrants clandestins car ils n’ont pas besoin de visas pour entrer en Zambie. Certains d’entre eux arrivent avec un permis de visite d’une journée, mais ne reviennent jamais », a expliqué à IRIN un responsable des services d’immigration, qui n’a pas souhaité être nommé.

« En moyenne, plus de 200 Zimbabwéens traversent la frontière pour venir en Zambie chaque jour », a-t-il indiqué.

Et le deuxième tour du scrutin présidentiel au Zimbabwe risque d’inciter bien d’autres Zimbabwéens à faire de même.

« Nous observons tous attentivement la situation au Zimbabwe. Tout ce qui se passe au Zimbabwe a des conséquences sur la Zambie », a indiqué à IRIN Neo Simutanyi, conférencier principal en sciences politiques à l’université de Zambie.

« De toute évidence, les populations du Zimbabwe veulent un changement, mais il est très peu probable que le deuxième tour des élections soit libre et juste », a-t-il estimé. « Ce que nous prévoyons pour le Zimbabwe, c’est une possibilité de coup d’Etat militaire ou de rébellion armée si la ZANU-PF, le parti au pouvoir, passe, ce qui sera désastreux pour la Zambie et pour l’ensemble de la région ».

nm/go/oa/nh/ail