Les civils déplacés de retour chez eux à Kabezi

Des milliers de civils, qui avaient fui les environs de Bujumbura, la capitale du Burundi, en mai, à la suite d’affrontements entre l’armée et les combattants de l’opposition, sont retournés dans leurs villages, selon un haut responsable burundais.

« Ils sont rentrés parce que la situation est revenue à la normale, bien qu’il y ait encore quelques cas de vol », a expliqué Zénon Ndaruvukanye, le gouverneur de la province de Bujumbura Rural, le 5 juin. « Ils ont reçu une aide, et notamment des couvertures, du savon et des jerrycans de la Croix-Rouge burundaise et du Comité international de la Croix-Rouge ».

Au moins 20 000 personnes ont fui les affrontements qui ont opposé l’armée et les combattants des Forces nationales de libération (FNL) à Kabezi, à 20 kilomètres au sud de Bujumbura, et aux alentours.

Les FNL sont le dernier mouvement d’opposition armé actif au Burundi. De manière générale, les combattants des FNL n’avaient pas lancé d’offensive depuis le retour à Bujumbura, le 30 mai, d’Agathon Rwasa, leur leader, exilé en Tanzanie.

La présence de M. Rwasa dans la capitale, globalement accueillie comme une évolution « importante », devrait permettre d’accélérer un processus de paix qui, jusqu’ici, traîne, selon les travailleurs humanitaires.

La plupart des civils déplacés étaient originaires de Kiremba, Mena, Ramba, Gitenga et de certaines régions de Mwara, près de là où les affrontements ont éclaté, le 7 mai. Un grand nombre d’entre eux s’étaient réfugiés au centre de santé de Kabezi, dans une école primaire de la région ou au marché.

Certains déplacés avaient déclaré à IRIN qu’ils ne retourneraient pas chez eux tant que l’armée, déployée pour repousser les combattants des FNL, ne se serait pas retirée.

« Les positions de l’armée sont encore là ; ceux qui refusaient de rentrer étaient des partisans des FNL », a expliqué M. Ndaruvukanye à IRIN.

Les civils de retour chez eux, a-t-il ajouté, ont reçu du riz, distribué par le ministère de la Solidarité nationale. Ils ont néanmoins besoin de recevoir une aide alimentaire supplémentaire.

Les affrontements faisaient suite à des échauffourées survenues en avril, que les FNL avaient provoquées en violation de l’accord de cessez-le-feu de septembre 2006, incitant l’armée à bombarder les positions du mouvement au Bujumbura Rural.

Dans un rapport publié le 30 mai, Human Rights Watch a critiqué le gouvernement burundais pour avoir incarcéré au moins 300 personnes « uniquement soupçonnées d’être membres d’un mouvement opposé de longue date au gouvernement ».

Bon nombre d’entre elles étaient des civils, arrêtés à la suite du bombardement des FNL. L’armée a finalement repoussé les FNL dans les collines. Les FNL ont consenti à un nouveau cessez-le-feu avec le gouvernement le 26 mai, ce qui a permis de mettre fin aux affrontements.

Trois jours plus tard, la police libérait 102 prisonniers, un « geste de bonne volonté de la part du gouvernement ».

Les leaders des FNL, exilés en Tanzanie, sont retournés à Bujumbura pour débattre de la mise en œuvre du cessez-le-feu de 2006, et s’attendent à ce qu’une loi leur garantissant une « immunité provisoire » contre l’arrestation soit adoptée lorsque l’Assemblée sera finalement convoquée.

L’Union européenne, qui a favorablement accueilli leur retour, les a exhortés à « poursuivre le processus de paix de manière constructive pour que les dispositions de l’accord de cessez-le-feu global et ses diverses annexes puissent être pleinement appliquées le plus rapidement possible ».

Si les fusils restaient baissés, selon les travailleurs humanitaires de Bujumbura, bien d’autres Burundais, sur les quelque 100 000 qui ont été déplacés par le conflit au fil des années, pourraient rentrer chez eux.

À Magara, une commune de Bugarama, dans la province du Bujumbura Rural, environ 500 familles sont rentrées chez elles à la suite du cessez-le-feu de mai, selon le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Mais de retour chez eux, les habitants de Gitwaro ont trouvé leurs domiciles pillés, leur cultures récoltées et leur animaux domestiques mangés par les factions armées qui avaient occupé la zone.

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