Planter le riz avant qu’il ne soit trop tard

Les organisations humanitaires internationales, menées par l’Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), se sont lancées dans une course contre la montre pour aider les riziculteurs du delta de l’Ayeyarwady, une région du Myanmar dévastée par le cyclone Nargis, à ne pas rater la période de plantation en vue de la saison rizicole de la mousson, une période cruciale qui doit avoir lieu dans quelques semaines.

Selon les organisations humanitaires, il faut veiller à ce que les agriculteurs se relèvent rapidement pour éviter une crise alimentaire prolongée qui toucherait non seulement les populations des zones ravagées par la catastrophe, mais aussi l’ensemble des ménages pauvres du Myanmar.

D’après la FAO, les agriculteurs n’ont que quelques semaines pour commencer à semer et assurer ainsi une récolte au moins partielle dans le delta.

« Notre priorité première est de veiller à ce que le riz soit planté pendant le mois de juin, pour qu’au moins une certaine quantité de riz soit récoltée d’ici à la fin de l’année, et qu’il n’y ait plus de pression sur les besoins en aide alimentaire », a expliqué à IRIN Diderik de Vleeschauwer, porte-parole de la FAO. « S’il ne peuvent pas planter, le pays va connaître une pénurie de riz et sera dépendant de l’aide alimentaire au-delà de la phase d’urgence ».

Le delta de l’Ayeyarwady est depuis longtemps la première région rizicole du Myanmar, puisqu’il assure environ 65 pour cent de la production annuelle totale de riz birman.

La plupart des familles d’agriculteurs ont toutefois perdu l’ensemble de leurs semences, de leurs engrais et de leur bétail lorsque le cyclone Nargis s’est abattu sur la région les 2 et 3 mai, les privant du matériel essentiel dont ils avaient besoin pour planter.

Tous les agriculteurs rescapés de la région ne seront d’ailleurs pas en mesure de recommencer à cultiver le riz cette saison, s’ils recommencent un jour.

Selon les experts agricoles, dans l’extrême sud du delta (la région la plus touchée par la tempête), de nombreuses familles produisaient à peine assez de riz pour se nourrir elles-mêmes avant le cyclone, puisqu’elles cultivaient des terres marginales qui étaient autrefois des mangroves.

Le 30 mai, de vastes bandes de terre étaient encore submergées. Toutefois, International Development Enterprises (IDE), une organisation non-gouvernementale (ONG) internationale qui travaille à stimuler la productivité agricole de la région, estime qu’environ 150 000 foyers dont les rizières sont fertiles sont prêts à planter le riz immédiatement, à condition qu’ils aient les ressources et les outils pour le faire.


Photo: NASA/IRIN
Le delta de l’Ayeyarwady, le grenier à riz du Myanmar, a été dévasté par le cyclone

La FAO, le ministère de l’Agriculture, IDE ainsi que d’autres organisations se pressent actuellement pour obtenir et distribuer des semences et des engrais adaptés, ainsi que des cultivateurs manuels fabriqués en Chine pour remplacer les bêtes perdues qui permettaient aux agriculteurs de labourer leurs champs, dans l’espoir de pouvoir limiter les besoins en aide alimentaire.

« Nous nous dépêchons comme des fous », a indiqué Debbie Aung Din, directrice pays de l’organisation. « Ils ont jusqu’au 30 juillet, au plus tard, pour planter, mais ils doivent préparer la terre dès aujourd’hui. Il s’agit [pour nous] de leur remettre des semences, et de les aider avec le labour ».

Pour sa part, la FAO analyse les types de sols et de semences pour assurer que les graines distribuées sont adaptées à la terre où elles seront plantées. « Vous ne pouvez pas vous contenter de refourguer des semences quelque part dans un village », a noté M. De Vleeschauwer.

Dans certaines régions, les ménages pourraient en effet avoir besoin de semences spéciales, résistantes au sel, à planter sur les terres inondées d’eau de mer par l’onde de tempête.

Selon la FAO, quelque 700 000 hectares de rizières (soit 20 pour cent des rizières du delta) devront peut-être être réhabilités.

Mme Aung Din estime que les coûts engendrés par le remplacement des intrants agricoles perdus s’élèvent à environ 300 dollars par famille, mais « il est bien plus coûteux de nourrir les populations », ajoute-t-elle.

Les fonds ne sont toutefois pas l’unique obstacle au lancement des cultures.

« Il s’agit d’un défi logistique : nous avons peu de temps pour acheminer du matériel volumineux et encombrant », a-t-elle expliqué. « Ce n’est pas seulement une course contre la montre : ils en ont aussi tous besoin en même temps ».

Toutefois, le prix d’un échec pourrait être élevé. Le 23 mai, la FAO a averti que « la situation déjà grave [du Myanmar] en matière de sécurité alimentaire » avait empiré depuis le cyclone, le prix du riz ayant doublé dans de nombreuses régions du pays, et le coût d’autres aliments de base, tels que l’huile et les œufs, étant également en hausse.

Selon les estimations, les familles pauvres du Myanmar consacrent 60 à 70 pour cent de leurs revenus à l’alimentation, ce qui leur laisse une marge de manœuvre extrêmement limitée pour faire face à une augmentation importante du prix des vivres.

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