Jemilah Mahmood, obstétricienne et membre de l’Equipe des Nations Unies pour la coordination et l’évaluation des catastrophes (UNDAC) – qui faisait également partie des premiers travailleurs humanitaires internationaux à pouvoir se rendre dans le delta birman de l’Ayeyarwady, frappé par le cyclone Nargis – a l’habitude des catastrophes.

Au terme d’une visite de 12 jours dans le pays, cette travailleuse humanitaire vétérante a confié à IRIN son point de vue sur la situation.

« En arrivant à Yangon, on ne voit pas vraiment l’ampleur totale de la destruction. Bien sûr, il y a des immeubles détruits et des arbres déracinés, mais ce n’est que lorsque vous arrivez dans le delta, que vous constatez la véritable étendue du désastre ».

« En survolant la région touchée, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que c’était pire que le tsunami asiatique de 2004 ; tellement de morts et de déplacés sur une région aussi vaste... L’onde de tempête était sans aucun doute bien plus importante, puisqu’elle a atteint 35 kilomètres dans certaines régions, contre cinq ou six kilomètres lors du tsunami ».

« Mais un grand nombre des régions que j’ai pu visiter dans le delta, notamment les communes de Labutta et Mawlamyinegyun, n’étaient vraisemblablement pas les plus gravement touchées. Bien que les hôpitaux aient été durement frappés, ceux que j’ai visités dans ces deux localités étaient en état de marche ».

« Labutta et Mawlamyinegyun ont toutes les deux été gravement touchées et on pouvait y voir beaucoup de maisons détruites et de personnes déplacées dans des camps, mais les régions les plus touchées se trouvaient plus au sud ».

« C’est là, dans les zones rurales, plus reculées, du delta (dont bon nombre restent inaccessibles) que se posent les vraies difficultés ».

« L’aide internationale ne parvient encore que jusqu’à une petite partie de la population touchée, et cela ne suffit pas ».

« À ce stade, l’hébergement est le premier besoin. Les pluies ont déjà commencé à tomber et la mousson va bientôt avoir lieu. Certains habitants vivent encore dans des tentes, et d’autres, dans des logements de fortune ou dans des écoles ».

« Et à l’approche de la rentrée des classes, en juin, ils se trouvent soumis à de fortes pressions pour trouver d’autres lieux d’hébergement ».

« À cela s’ajoutent les questions de l’accès à l’eau potable, de l’assainissement, de l’alimentation et des soins de santé, et la pression exercée sur les communautés locales pour qu’elles retournent dans leurs fermes et commencent à replanter ».

« Une fois que la mousson aura commencé, il sera difficile de replanter. Ce qui voudrait dire qu’il n’y aurait pas de cultures plantées en vue de la saison prochaine. Si les agriculteurs ne réussissaient pas à replanter à temps, on craint même qu’il n’y ait rien à récolter ».

Partenariats

« L’accès à la région touchée par le cyclone reste problématique, mais la situation s’améliore. De plus en plus d’ONG [organisations non-gouvernementales] ainsi qu’un certain nombre d’employés des Nations Unies obtiennent des visas pour se rendre au moins à Yangon ».

« Compte tenu de cette réalité, je ne peux pas sous-estimer l’importance des partenariats avec les communautés locales et les organisations sur le terrain, dont bon nombre ont un réel impact ».

« Les secours d’urgence sont acheminés jusqu’aux populations par le biais de ces canaux locaux. De plus, bien qu’on ne puisse nier la participation du gouvernement, il est particulièrement nécessaire d’assurer plus d’information et de transparence ».

« Ce qui est important, c’est de trouver lesquels de ces différents canaux d’acheminement de l’aide fonctionnent, et de les utiliser. Nous avons impérativement besoin d’assurer qu’il y ait une chaîne logistique claire, qui permette d’acheminer l’aide jusqu’aux populations. C’est en train de se faire, mais nous devons faire en sorte que ce soit plus régulier ».

« C’est pourquoi nous avons besoin d’augmenter le nombre de vols et de navires à destination du Myanmar. Les populations ont besoin de recevoir davantage de matériel de secours, d’hébergement, de vivres et d’eau. Bien que le flux d’aide ait été considérablement accru ces dernières semaines, nous devons en faire bien plus ».

« Une des choses les plus frustrantes de cette catastrophe, c’est que l’aspect humanitaire de ce que nous nous efforçons de faire est bien souvent occulté. Nous devons faire en sorte que le gouvernement et la communauté humanitaire envisagent tous deux la situation d’un point de vue purement humanitaire ».

« Ne pas l’avoir fait a abouti à un énorme manque d’information que nous ne pouvons pas nous permettre. J’ai l’impression que les médias ont été très partiaux dans leur description de ce qui a été fait. En même temps, j’aimerais qu’il y ait davantage d’ouverture de la part du gouvernement, de telle sorte qu’il informe les médias de ce qu’il fait ».

« Cela nous permettrait à tous de savoir précisément où se trouvent les lacunes. En outre, il serait alors moins nécessaire de continuer à montrer ce que les autorités n’ont pas fait, et l’on pourrait s’attacher au contraire à souligner ce qu’elles ont fait et les besoins supplémentaires qu’il reste ».

« Toute aide est bonne à prendre à ce stade, mais plus tôt nous l’aurons acheminée jusque dans le pays, mieux cela vaudra ».

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