Appel à l’adoption d’une loi contre les provocations sectaires

Le Liban doit adopter une nouvelle loi contre les préjugés et les provocations sectaires, pour permettre de régler les dissensions qui se sont amplifiées à la suite des affrontements de la semaine dernière entre l’opposition et les forces pro-gouvernementales, selon le Centre de réhabilitation Khiam de Beyrouth, une association de défense des droits humains.

L’appel du Centre Khiam en faveur de cette loi a été lancé dans un contexte de crainte au sein de la population. Les Libanais s’inquiètent en effet à l’idée que les provocations sectaires, si elles ne sont pas maîtrisées, puissent déclencher une nouvelle vague de massacres, comme ce fut le cas pendant la guerre civile de 1975-1990, qui avait eu de lourdes conséquences humanitaires.

Le Centre Khiam et l’association new-yorkaise Human Rights Watch (HRW) ont tous deux condamné les attaques menées à l’encontre des populations civiles et les violations du droit humanitaire international commises au cours du conflit, qui a éclaté le 7 mai, après que le gouvernement eut déclaré illégal le réseau de communication du Hezbollah, le parti d’opposition, et tenté de limoger le chef du service de sécurité de l’aéroport de la capitale Beyrouth, perçu comme un allié du mouvement.

« Il y a une sérieuse crise psychologique au sein de la population, ainsi qu’une dissension sectaire grave qui aura des conséquences désastreuses, surtout à Beyrouth, du fait des violations commises à l’encontre des populations civiles », pouvait-on lire dans un communiqué du Centre Khiam, publié le 18 mai.

HRW a appelé à l’ouverture d’enquêtes impartiales sur ces violations, parmi lesquelles on compte notamment, selon l’organisation, plusieurs enlèvements et exécutions sommaires et les meurtres d’au moins 12 personnes non-armées.

En tout, au moins 81 personnes ont été tuées et 250, blessées. Les dirigeants libanais réunis au Qatar pour tenter de résoudre cette crise politique, qui dure depuis 18 mois et a donné lieu à des flambées de violence, ne doivent pas essayer de protéger les auteurs de crimes présumés qu’ils comptent parmi leurs partisans, a déclaré HRW dans un communiqué également publié le 18 mai.

« Nous parlons de cela aujourd’hui parce que les dirigeants [réunis] à Doha ne font que tenter de s’assurer un siège au sein du prochain gouvernement, ou d’arranger les lois électorales de telle sorte qu’elles leur garantissent une victoire », a déclaré à IRIN Mohammed Safa, secrétaire général du Centre Khiam.
 


Photo: Lucy Fielder/IRIN
Des barricades érigées par l'opposition sur la route de l'aéroport de Beyrouth

Suppression progressive du système politique sectaire ?

M. Safa a fait remarquer que l’accord de Taïf, qui avait mis fin à la guerre civile de 1975-1990 au Liban, prévoyait la formation d’un organe national chargé de superviser la suppression progressive du système politique sectaire en vigueur dans le pays.

« Mais personne n’en parle plus », a rappelé M. Safa. « Les événements de la semaine dernière ne sont pas tombés du ciel, ils sont le résultat de cette structure sectaire. Si nous ne la changeons pas, nous allons nous apercevoir que ces événements n’étaient rien de moins que les plus récentes manifestations d’une guerre civile ».

Les images des incidents recensés par le Centre Khiam montrent des hommes armés de chacun des deux camps inspectant ceux du camp adverse en quête de signes d’appartenance confessionnelle à des barrages routiers improvisés, des scènes inquiétantes qui renvoient à la dernière guerre civile.

Aujourd’hui, si les cartes d’identité libanaises n’indiquent plus la confession du titulaire, il est souvent possible de la deviner en fonction de leur patronyme.

Le Centre Khiam a appelé les deux camps à se conformer aux lois internationales régissant l’expulsion des civils en période de conflit armé, à respecter la liberté d’opinion, et à s’abstenir d’avoir recours aux armes pour résoudre leurs différends politiques.

Les deux camps ont déclaré que les partisans du gouvernement soutenu par les Etats-Unis et l’Arabie saoudite et ceux de l’opposition, dirigée par le Hezbollah, lui-même soutenu par l’Iran et la Syrie, avaient mené des attaques à l’encontre des populations civiles.

« Les témoignages décrivant les violations commises par des hommes armés se répandent comme une traînée de poudre et attisent les tensions », a déclaré Joe Stork, directeur adjoint de HRW pour le Moyen-Orient. « Si l’Etat n’agit pas rapidement pour faire en sorte que les auteurs de ces violences répondent de leurs actes, il est probable qu’il y aura de nouvelles représailles ».

lf/ar/cb/nh/ail