L’opposition renforce son emprise sur le pays

Les flambées de violence sectaires les plus sanglantes jamais observées au Liban depuis la fin, en 1990, d’une guerre civile qui avait duré 15 ans, se sont propagées de Beyrouth jusqu’au Mont-Liban, terre des Druzes, et à Tripoli, deuxième ville libanaise, située dans le nord, tandis que le Hezbollah et ses alliés de l’opposition poursuivent leur prise de contrôle militaire du pays.

Walid Joumblatt, leader druze qui dirige depuis de nombreuses années les régions montagneuses situées au sud-est de Beyrouth, a ordonné à ses combattants de se retirer et appelé son rival, le leader druze Talal Arslane, allié du Hezbollah, à prendre les dispositions nécessaires pour que l’armée reprenne le contrôle de la région.

« Je dis à mes partisans que la paix civile, la cohabitation et la fin de la guerre et de la destruction sont plus importantes que toute autre considération », a déclaré M. Joumblatt sur la chaîne de télévision locale LBC.

À Aley, la ville essentiellement peuplée de Druzes qui a été au cœur des affrontements, des témoins oculaires ont rapporté que des combattants chiites du Hezbollah avaient patrouillé dans les rues, tirant en l’air, à la suite d’affrontements violents avec les militants du Parti socialiste progressiste (PSP) de M. Joumblatt.

Conflit dans les montagnes

Ce conflit qui sévit dans les régions montagneuses du pays a commencé dans la soirée du 9 mai, lorsque le Hezbollah et ses alliés de l’opposition ont pris le contrôle de l’ouest de Beyrouth, majoritairement sunnite.

Selon des témoins, les militants du Hezbollah actifs au Mont-Liban ont établi des postes de contrôle entre les villages de Qmatiyé et de Souk el-Gharb, à deux kilomètres au sud-ouest d’Aley.

Face aux contestations des combattants du PSP, le Hezbollah a enlevé quatre Druzes, faisant un mort, selon les habitants d’Aley. En représailles, les membres du PSP ont enlevé et exécuté trois partisans du Hezbollah.

« Le Mont-Liban n’a rien à voir avec les problèmes qui ont lieu à Beyrouth », a estimé Rami Shamseddine, un habitant d’Aley. « Nous avons connu beaucoup de guerres et nous avons retenu la leçon. Tout ce que nous voulons, c’est la paix ».

A Tripoli, les partisans de Saad Hariri, leader sunnite et dirigeant de la majorité parlementaire, dont les combattants ont été mis en déroute le 8 mai dans l’ouest de Beyrouth, ont incendié les bureaux du Hezbollah, déclenchant des fusillades de rue entre militants sunnites rivaux.

Au moins 7 000 habitants ont fui et plusieurs civils ont été blessés, avant un retour au calme précaire, dans l’après-midi.

Une quarantaine de morts et des dizaines de blessés

Au moins 39 personnes ont été tuées et des dizaines ont été blessées pendant ces quatre jours d’affrontements entre les partisans du gouvernement, soutenu par les Occidentaux, et aujourd’hui menacé d’un renversement, et l’opposition, dirigée par le Hezbollah et soutenue par l’Iran et la Syrie.

Ces affrontements avaient été déclenchés à la suite des mesures répressives prises par le gouvernement à l’encontre des infrastructures militaires du Hezbollah.

La crise s’est aggravée le 10 mai lorsque Fouad Siniora, le Premier ministre, s’est déclaré déterminé à demander des comptes au Hezbollah sur la question de ses armes, ce qui, selon Hassan Nasrallah, leader du Hezbollah, revenait à avoir « déclaré la guerre » à son parti.

« Aujourd’hui, le Hezbollah a un problème avec tout le Liban, pas seulement le gouvernement », a déclaré M. Siniora. « Nous ne nous étions jamais doutés que le Hezbollah serait capable d’occuper Beyrouth par la force […] Le Hezbollah doit comprendre qu’il ne nous intimidera pas par la force des armes ».

Les Etats-Unis et Israël ont averti que la prise de contrôle de Beyrouth par le Hezbollah pourrait déclencher un conflit régional, tandis que la Grande-Bretagne, l’Italie et la France ont élaboré des plans d’évacuation pour leurs ressortissants.

La Turquie et le Koweït ont déjà commencé à évacuer leurs ressortissants par la frontière nord entre le Liban et la Syrie, seul itinéraire qui permet encore de sortir du pays.

La route qui mène à l’aéroport du Liban est bloquée depuis le 7 mai par les partisans du Hezbollah. D’autres axes routiers ont été coupés, et le port de Beyrouth est également fermé. Malgré le siège, les réserves alimentaires de Beyrouth restent suffisantes, et un grand nombre d’épiciers de la capitale sont toujours ouverts.

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