Des affrontements font 20 000 déplacés

Au moins 20 000 personnes ont été déplacées près de Bujumbura, la capitale burundaise, à la suite d’affrontements entre l’armée et les rebelles, ont indiqué les autorités le 9 mai. Ces affrontements, qui opposaient l’armée aux rebelles des Forces nationales de libération (FNL), se sont déroulés essentiellement à Kabezi et aux alentours, à 20 kilomètres au sud de Bujumbura.

Kabezi est une commune de la province de Bujumbura Rural, qui entoure la capitale.

Selon Emmanuel Ntunzwenabagabo, conseiller de l'administrateur de Kabezi, quelque 4 305 familles ont fui à Kiremba, Mena, Ramba, Gitenga et dans certaines zones de Mwara, depuis le 5 mai.

« [Les déplacés] sont retournés chez eux le 6 mai, mais ils ont été contraints de repartir le 7 mai », a expliqué M. Ntunzwenabagabo.

Les affrontements entre l’armée et les FNL ont repris le 17 avril. Depuis lors, l’armée continue de bombarder les positions des FNL au Bujumbura Rural.

Les affrontements ont eu lieu alors même que les FNL, dernier mouvement actif au Burundi, avaient annoncé qu’elles reprenaient les pourparlers avec le gouvernement, suspendus depuis juillet 2007. Les délégués des FNL sont attendus à Bujumbura le 14 mai.

Certains déplacés sont allés chercher refuge au centre de santé de Kabezi, tandis que d’autres sont hébergés dans une école primaire et au marché.

Jean Nikobagize, un déplacé, a confié que les autres déplacés et lui-même avaient fui sans rien emporter et avaient besoin de recevoir des vivres et de l’aide de toute urgence.

« Lorsqu’on entend des coups de feu, tout ce qui importe, c’est d’avoir la vie sauve ; nous avons tout laissé à la maison, même nos habits et nos casseroles », a raconté M. Nikobagize. « Ici, nous dormons à même le sol froid et les enfants meurent de faim ».

Une autre déplacée a expliqué qu’elle avait laissé ses chèvres et ses poules chez elle et n’était pas sûre de les retrouver en rentrant.

« Pas d’aide »

Jusqu’ici, a indiqué M. Ntunzwenabagabo, les déplacés n’ont reçu aucune aide et seuls ceux qui se trouvent près de chez eux ont accès à des vivres, qu’ils vont chercher à leur domicile.

Selon M. Ntunzwenabagabo, le gouverneur du Bujumbura Rural a sollicité l’aide du ministère de la Solidarité nationale et le 8 mai, des responsables de l’administration ont achevé le recensement des déplacés, dont la liste a été adressée au gouverneur.

Malgré tout, Léon Ndikunkiko, porte-parole du ministère de la Solidarité nationale, a déclaré le 9 mai que le ministère était encore en train de mobiliser l’aide nécessaire et qu’il ne savait donc pas quand cette aide serait distribuée.

« Tant que nous n’avons pas d’aide en réserve, cela prend du temps », a indiqué M. Ndikunkiko. « Nous devons également nous rendre sur le terrain pour évaluer les besoins ».

Certains déplacés sont rentrés chez eux le 9 mai pour évaluer la situation, malgré leur réticence ; une réticence telle qu’un groupe de femmes, à qui l’on avait demandé s’il leur était possible de rentrer chez elles, s’était écrié « non ! ».

« Ils nous disent de rentrer chez nous, mais ils [l’armée] n’arrêtent pas d’augmenter leurs positions ; on peut rentrer, pour fuir de nouveau. S’ils retirent leurs positions, nous rentrerons », a déclaré M. Nikobagize.

Quant à M. Ntunzwenabagabo, il a expliqué que l’armée avait informé le public qu’elle avait suspendu ses opérations de nettoyage contre les positions des FNL dans la région.

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