L’accord de paix sur le point d’échouer ?

Les combats entre les forces gouvernementales et les rebelles chiites pourraient reprendre dans la province de Saada (nord), ce qui ne ferait qu’aggraver une situation humanitaire déjà précaire, ont prévenu des analystes.

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Malgré l’accord de paix conclu sous l’égide du Qatar et signé par les deux parties au mois de février, mettant ainsi fin à un conflit armé intermittent qui a éclaté en 2004, la tension est récemment montée, le gouvernement et les rebelles s’accusant mutuellement de n’avoir pas appliqué certaines dispositions de l’accord.

En effet, la tension est montée d’un cran lorsque, le 18 avril, un éminent député de Saada, son fils et l’un de ses gardes ont été assassinés par des individus non-identifiés.

L’accord de paix, qui comporte 14 points, avait été rendu public par le gouvernement à la fin du mois de mars bien qu’il fusse convenu qu’il devait rester confidentiel.

Selon Abdoul el Janadi, rapporteur de la commission présidentielle chargée de la mise en œuvre de l’accord de paix, les rebelles, disciples d’Abdoul Malik al Houthi, n’ont pas appliqué le septième point de l’accord, en vertu duquel le gouvernement devait rétablir son autorité dans les régions contrôlées par M. al Houthi.

« Les rebelles ne veulent pas quitter certaines régions sous leur contrôle telles que la montagne d’Azzan [qui surplombe l’aéroport de Saada], Matrah et Naqaah. Ils n’ont pas montré qu’ils étaient disposés à appliquer l’accord », a-t-il expliqué à IRIN.

Les accusations

Pour leur part, les chefs de la rébellion ont accusé le gouvernement de saper l’accord de paix en ne retirant pas leurs troupes de certaines régions, en ne libérant pas les prisonniers ou en ne démarrant pas les travaux de reconstruction – des points qu’il avait convenu de respecter dans l’accord de février.

« Nous n’en sommes pas encore au septième point de l’accord. Le gouvernement n’a pas libéré tous les détenus [le troisième point de l’accord] », a indiqué à IRIN cheikh Saleh Habrah, le représentant d’al Houthi à la signature de l’accord de paix, le 19 avril. « Nous avons présenté une liste d’environ 500 détenus, mais seuls 130 d’entre eux ont été libérés ».

Mais pour M. el Janadi, la libération des autres détenus est conditionnée à l’application du septième point par les rebelles. « Les autres sont encore détenus, étant donné que les [rebelles] houthis ne se sont pas retirés de leurs positions », a-t-il indiqué, précisant qu’une commission avait été mise sur pied pour mener une mission d’évaluation et reconstruire les zones touchées par le conflit, mais que celle-ci ne pourrait pas démarrer ses travaux tant que le septième point ne serait pas appliqué.

Selon M. Habrah, l’armée ne s’est retirée d’aucune zone de Saada et il y a encore plus de 400 postes de contrôle militaires dans la province. « Je pourrais faire descendre les Houthis des montagnes sur un simple coup de téléphone, si le gouvernement retirait ses soldats », a-t-il affirmé.

M. Habrah a par ailleurs indiqué que la délégation qatarie, chargée de superviser l’application de l’accord de paix, s’était retrouvée dans une impasse et que, de la ville de Saada, elle était partie à Sanaa, la capitale, et devrait quitter le pays, le 22 avril.

Une situation humanitaire encore précaire

Selon M. Habrah, la situation humanitaire à Saada est précaire et de nombreuses familles déplacées ne sont pas encore en mesure de retourner chez elles. Plus de 5 000 maisons ont été détruites et les mines antipersonnel pullulent dans les districts de Khawlan Bani Amer, Marran et Haidan, a-t-il indiqué.

En outre, la pénurie de denrées alimentaires a entraîné une envolée des prix, a-t-il ajouté. « Un sac de farine de blé coûte 25 000 riyals [125 dollars américains], alors qu’il ne coûte que 7 500 riyals [37 dollars] dans d’autres régions du pays ».

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