Règlements de compte entre policiers

Deux officiers de police appartenant à différentes branches des forces nationales de police ont été assassinés dernièrement et les coupables semblent faire eux-mêmes partie de la police, preuve s’il en est que l’Etat de droit ne fonctionne pas correctement en Guinée-Bissau.

Le corps sans vie d’un membre de la police judiciaire, placée sous l’autorité du ministère de la Justice, a été déposé devant un commissariat de la police judiciaire, le 12 avril. La veille, le policier assassiné aurait lui-même tué un agent des forces d’intervention spéciales, chapotées par le ministre de l’Intérieur.

« Dans ce pays, tout le monde se fait justice soi-même », a affirmé un diplomate de Bissau, qui a requis l’anonymat. « Il n’y a pas que les civils qui ne font pas confiance au système judiciaire. Ceux qui sont censés faire appliquer le système n’y croient pas non plus ».

L’agent de la police judiciaire a été tué à peine quelques heures après que les forces d’intervention spéciales du ministère de l’Intérieur eurent fait une descente dans le centre judiciaire où il était détenu, dans l’attente d’être inculpé.

Dans la confusion qui a suivi son enlèvement, 10 autres détenus se seraient échappés du centre et pourraient être encore en cavale. Les organisations internationales ont souvent accusé les forces de sécurité bissau-guinéennes de commettre des violations des droits humains et d’être impliquées dans le trafic de drogue.

En août 2007, Amnesty International faisait état d’actes d’intimidation et de harcèlement, perpétrés à l’encontre de journalistes et de défenseurs des droits humains qui dénoncent le trafic de drogue.

« L’organisation a reçu des informations selon lesquelles quatre journalistes ainsi que Mario Sa Gomez, éminent défenseur des droits humains, vivraient désormais cachés, de crainte d’être arrêtés et peut-être torturés », peut-on lire dans le rapport.

M. Gomez avait déclaré sur les ondes de la radio nationale que le moyen le plus efficace de lutter contre le trafic de drogue était de licencier tous les fonctionnaires civils et militaires impliqués. Lucinda Aukarie, directrice de la police judiciaire, qui, selon les diplomates, ne trempe dans aucune affaire de trafic ni de corruption, a rendu sa démission à la suite des derniers agissements des forces du ministre de l’Intérieur.

Mme Aukarie a déclaré qu’elle n’était plus en mesure de faire appliquer la loi ni d’assurer la sécurité de la police judiciaire, dont elle est responsable.

Certorio Biote, le ministre de l’Intérieur, a quant à lui déclaré au cours d’une conférence de presse, tenue le 14 avril, qu’une commission serait formée pour enquêter sur les meurtres, bien que ceux-ci soient, selon lui, des incidents isolés.

La ministre de la Justice, Carmelita Barbosa Rodrigues Pires, qui participait également à la conférence de presse, a déclaré pour sa part qu’elle demanderait à Mme Aukarie de revenir sur sa décision.

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