« J’ai décidé de m’abstenir pour ne pas infecter les autres »

Devotha Mukagasana, une ancienne travailleuse du sexe âgée de 26 ans et mère d’un enfant, est maintenant membre de l’association Tubusezerere (« adieu à la pauvreté et la prostitution, en kinyarwanda), un groupe qui réunit des femmes ayant quitté le travail du sexe au profit d’autres activités génératrices de revenus dans le district de Muhanga, dans le centre du Rwanda. Elle a raconté son histoire à IRIN/PlusNews.

« Comme beaucoup d’autres gens qui se battent pour survivre dans les rues de la ville de Muhanga, nous avons décidé de changer de comportement dans la mesure où le travail du sexe n’est pas une activité durable ou un moyen de gagner décemment sa vie.

« J’ai appris mon statut VIH en 2005, lorsque des membres de notre association ont décidé d’aller faire un dépistage volontaire du VIH. Auparavant, je ne savais pas que j’étais infectée. J’ai décidé d’aller faire le dépistage en raison de certaines maladies dont je commençais à souffrir, en particulier un zona, des maladies de peau, la pneumonie et des diarrhées.

« J’ai commencé à manifester ces symptômes en 2004. Ma famille a noté que ma santé se détériorait, mais elle ne s’est pas occupée de moi. J’étais complètement abandonnée.

« L’association Tubusezerere m’a donné une formation professionnelle et m’a conseillée sur le VIH/SIDA. Je n’ai pas seulement gagné des compétences professionnelles pour élaborer des projets générateurs de revenus, mais j’ai aussi trouvé le courage de vivre avec le VIH sans craintes. Cela m’a aidé à changer de comportement et de renforcer ma foi chrétienne. Je ne prends plus de drogues ou d’alcool.

« Le groupe, qui était initialement financé par la Banque mondiale, a changé ma vie. J’ai noté qu’en dépit d’expériences passées, la vie peut changer. Je gagne maintenant ma vie comme couturière.

« Avant de commencer les antirétroviraux [ARV] en février 2006, j’étais faible, j’avais perdu du poids, je ne pouvais plus rien faire. Mais avec le traitement ARV, et grâce à la bonne volonté et aux conseils des médecins, je n’ai plus de problèmes aujourd’hui.

« Deux mois après le début de mon traitement, j’avais déjà repris cinq kilos. J’avais retrouvé de l’appétit et de la force. Après quatre mois, je continuais à accumuler les kilos.

« J’ai la force de travailler. La toux est partie. Les taches sur ma peau s’en vont aussi. Je suis maintenant capable de faire mon travail de couture et je le fais bien.

« Jusqu’à ce que je sois dépistée positive, j’avais entendu des gens parler de la pandémie, mais je ne savais pas qu’il s’agissait en fait du sida. Le test m’a donné beaucoup de courage pour prendre soin de ma santé.

Même si je ne savais pas que j’avais le sida, je le soupçonnais. En toute conscience, j’ai décidé de m’abstenir pour ne pas infecter les autres ».

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