La voix d’or de la lutte contre le VIH

Elisa Domingas Jamisse fait vibrer ses fans depuis 30 ans. Surnommée Mingas, la chanteuse est l’une des personnalités les plus célèbres du Mozambique. Sa musique, un mélange de sons afros, dominé par les rythmes du peuple chope du sud mozambicain, a su ravir les publics du monde entier.

Mingas a été applaudie à la fois pour son travail en tant qu’artiste solo et pour ses collaborations avec diverses icônes telles que Miriam Makeba ou Jimmy Dludlu, à l’occasion du mega-concert qu’elle a donné à Maputo, la capitale, en décembre, pour commémorer le trentième anniversaire du lancement de sa carrière.

La trajectoire de sa carrière a coïncidé avec la propagation du VIH. Alors que la carrière de Mingas venait à peine de décoller, le sida commençait également à prendre de l’ampleur. La pandémie a aujourd’hui près de 30 ans.

À l’époque, on ne connaissait pas grand-chose du VIH, mais la carrière de nombreux artistes prenait fin prématurément en raison du sida. La chanteuse a commencé à prendre conscience de la maladie au cours de sa première tournée internationale, en 1987.

Le sida avait déjà frappé la communauté artistique européenne et les musiciens d’Europe lui posaient des questions sur l’épidémie en Afrique.

« C’est là que nous avons compris qu’il se passait quelque chose de vraiment grave, mais on n’avait accès à aucune information. On ne savait rien », s’est-elle souvenue.

Lorsqu’elle est retournée dans son pays d’origine et a tenté d’aborder la question, elle s’est heurtée à l’incrédulité de ses concitoyens.

« Beaucoup de gens pensaient que le sida était juste une histoire inventée pour inciter les populations à réduire le nombre de leurs partenaires, à acheter plus de préservatifs ou à avoir moins d’enfants », a-t-elle expliqué.

En voyant l’épidémie se propager au Mozambique, Mingas a décidé de profiter de sa renommée pour parler de ce sujet, auparavant tabou. Son engagement dans la lutte contre le sida l’a amenée à participer à la création de l’album « Vidas positivas » (Vies positives) en 2002, un projet réalisé par l’organisation non-gouvernementale Médecins sans frontières.

Mingas a écrit et interprété « Xini Xiku Kluphaku » (« Qu’est-ce qui vous donne des soucis dans la vie ? »).

« J’ai pensé à cette chanson parce que la stigmatisation est l’une des choses qui tuent le plus. Ce que je voulais dire, c’est "même si le sida est un énorme problème, il faut s’ouvrir, parce que, comme ça, nous pourrons vivre plus longtemps" », a-t-elle confié.

La chanson a encore du succès aujourd’hui, et touche toujours profondément le public mozambicain.

« Tout le monde est ému parce que la plupart des familles ont vu un des leurs emporté par le sida », a expliqué Mingas. « C’est triste, aussi, parce que la chanson rappelle aux gens que ce problème existe vraiment ».

Cibler la communauté artistique

À en croire Mingas, les artistes – les musiciens, les peintres, les acteurs, les écrivains – sont particulièrement vulnérables au VIH en raison de leur style de vie.

« De par la nature de notre travail, nous sommes entourés de fans, et de nombreux artistes finissent par baisser leur garde et ne se protègent pas. Nous avons perdu plusieurs musiciens en raison du sida », a-t-elle confié à IRIN/PlusNews.

Avec l’évolution de l’épidémie, les artistes ont commencé à aborder ce problème dans leurs chansons, leurs tableaux ou leurs romans, mais Mingas a souligné que « de nombreuses personnes ne sont pas capables de réduire le nombre de leurs partenaires ou d’avoir des rapports sexuels protégés ».

« Nous avons participé à des campagnes, nous avons chanté, nous avons écrit des livres, mais nous n’avons pas encore fait évoluer les comportements des gens », s’est-elle désolée.

Le Forum des artistes pour la lutte contre le VIH/SIDA de la Communauté de développement d’Afrique australe (SAAAF) a pour objectif de travailler à faire évoluer davantage les comportements ; il a été lancé en janvier, à la suite d’une déclaration prononcée conjointement par divers artistes du Mozambique, du Lesotho, du Swaziland, de Zambie et du Zimbabwe, qui se produisaient à l’occasion d’un festival, à Harare, au Zimbabwe, en novembre 2007.

Le Forum réalisera des enquêtes sur le VIH et le sida et fournira des informations sur le nombre d’artistes qui vivent avec la maladie, en plus de créer un réseau de contacts avec d’autres organisations et services VIH de la région.

« Ce qu’il faut, à mon avis, c’est davantage de gens et une plus grande implication pour parler de ce problème », a estimé Mingas.

La nouvelle entité sollicitera également l’aide des gouvernements de la Communauté de développement d’Afrique australe, de la communauté internationale et des particuliers pour aider les artistes à faire face à la pandémie et donner au comité exécutif la capacité d’atteindre ses objectifs.

Le Forum a notamment pour rôle d’encourager tous les artistes à se soumettre au conseil et au dépistage volontaires du VIH, et de garantir qu’ils reçoivent le soutien nécessaire s’ils sont déclarés séropositifs.

« Les artistes n’ont pas réussi à trouver de l’aide auprès des organisations existantes », a expliqué Setephen Chifunyise, artiste et porte-parole du Forum. « C’est pourquoi bon nombre d’entre eux s’éteignent en silence et dans la solitude, sans le soutien de leurs collègues, ni des organisations ou institutions artistiques qui s’occupent du VIH ».

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