Cesser de voir les personnes séropositives comme des pécheurs

Gilbert Momola, âgé de 37 ans, est l’unique pasteur de l’Eglise baptiste évangélique du Malawi à avoir dévoilé sa séropositivité. En dépit des divisions qu’elle a suscitées, son initiative a incité de nombreuses personnes à réfléchir à la stigmatisation qu’elles associaient au VIH.

L’épouse et l’enfant de Gilbert Momola ont succombé à des maladies liées au sida. Depuis, le pasteur s’est remarié et est de nouveau père ; sa nouvelle femme et son enfant sont tous deux séronégatifs.

« Tout a commencé lorsque j’étais à l’école biblique baptiste évangélique, à Blantyre, en 1999. Ma [première] femme faisait toujours le va-et-vient entre l’hôpital et la maison, elle souffrait d’un tas de maladies. Un jour, j’ai décidé de me rendre dans un centre de conseil et de dépistage volontaire – une décision qui allait changer ma vie à jamais.

Evidemment, lorsque j’ai appris ma séropositivité, j’ai été, dans un premier temps, en état de choc, j’étais choqué car je ne m’attendais pas à avoir attrapé le virus. Puis, il y a eu la question de la stigmatisation. La congrégation était-elle prête à accueillir un pasteur séropositif ?

J’avais prévu d’annoncer ma séropositivité lors d’une conférence de pasteurs, mais les propos que j’y ai entendus m’ont attristé. J’ai demandé aux autres pasteurs ce qu’ils feraient s’ils voyaient une personne atteinte du VIH, et ils ont répondu qu’ils se mettraient à rire. J’étais choqué et j’ai décidé de ne pas leur dévoiler ma séropositivité.

Plus tard, lorsqu’on m’a confié la responsabilité d’une paroisse, certains pasteurs ont protesté, ne comprenant pas comment les autorités osaient me confier une paroisse alors que j’allais bientôt mourir.

J’ai donc découvert qu’au Malawi, certaines églises n’étaient toujours pas prêtes à accueillir des gens comme moi. Elles continuent de prêcher que les personnes porteuses du sida sont des pécheurs ou que leur contamination résulte d’une promiscuité sexuelle, ce qui est faux.

La mentalité selon laquelle les personnes vivant avec le VIH/SIDA sont des pécheurs s’efface peu à peu. Mais il y a encore du travail à faire. Nous devons cesser de considérer les personnes séropositives comme des pécheurs et nous devons leur donner, à la place, de l’espoir, de la compassion, de l’attention et de l’amour.

A partir du moment où j’ai dévoilé publiquement mon statut, les gens se sont sentis libres de me parler de leur séropositivité. Même les médecins de la clinique locale m’adressent leurs patients séropositifs afin que je leur apporte un soutien spirituel et moral. Nous nous encourageons mutuellement à vivre positivement, et nous unissons nos efforts afin d’essayer de changer les choses dans nos domaines.

En tant qu’églises, nous avons mis en oeuvre le Malawi Network of Religious Leaders of People Living with AIDS (Réseau du Malawi des leaders religieux des personnes vivant avec le sida - MANERELA). Dans ma propre église, je suis le coordonnateur du programme Jeunesse – VIH/SIDA, et je dois reconnaître que les personnes commencent à réaliser qu’il est important de donner de l’espoir aux patients séropositifs. »

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