Destination inconnue pour les enfants du trafic

Un camion avec, à son bord, 40 enfants, serrés les uns contre les autres, a été intercepté dans la province centrale de Manica, au Mozambique cette semaine, suscitant des préoccupations sur la recrudescence du trafic d’enfants et le besoin urgent d’adopter une législation efficace pour lutter contre ce phénomène.

« Tous les enfants sont aujourd’hui sous la protection des services sociaux de Chimoio [dans la province de Manica]. Parallèlement aux enquêtes en cours, les autorités tentent de contacter leurs parents », a déclaré à IRIN Thierry Delvigne-Jean, du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

« Un certain nombre d’adultes ont été appréhendés », a-t-il ajouté. Selon un communiqué publié par les Nations Unies au Mozambique jeudi, le camion a été intercepté lundi par la police à Inchope et l’affaire fait actuellement l’objet d’une enquête.

On ignore précisément où ces enfants devaient être conduits. « Les détails de l’affaire restent vagues – il y a beaucoup d’informations contradictoires », a déclaré Carmen Ramos, directrice des bureaux mozambicains de Save the Children Norvège.
« Le chauffeur a dit qu’il emmenait les enfants dans des écoles de Tete [une province du Mozambique occidental] et de Maputo [la capitale] pour qu’ils étudient le Coran, et qu’il avait déjà fait 10 fois ce voyage avec d’autres enfants », a-t-elle poursuivi.

Il semblait que les enfants n’aient pas été enlevés, leurs parents ayant consenti à les laisser partir, « mais les parents ne savent pas où se trouvent ces écoles », a ajouté Mme Ramos, ce qui laisse penser que les enfants se trouvaient peut-être à bord du camion pour d’autres raisons que l’école.

« Cet incident attire notre attention sur le grave problème du trafic d’enfants et le besoin urgent d’adopter des instruments juridiques destinés à faire respecter la protection des enfants contre les maltraitances et l’exploitation », a déclaré Ndolamb Ngokwey, Coordinateur résident des Nations Unies, dans le communiqué.

Abandonnés par la loi

La loi mozambicaine ne prévoit pas de poursuites à l’encontre des trafiquants présumés d’êtres humains ; en conséquence, aucun individu soupçonné de se livrer au trafic n’a jamais été jugé pour ce délit, bien que cette pratique soit illégale au regard du droit international.

Malgré tout, les individus soupçonnés de trafic d’êtres humains ont été poursuivis en justice par l’Etat et Rede Came, une organisation non-gouvernementale (ONG) mozambicaine de protection de l’enfance, aux termes de lois contre les enlèvements, la corruption de mineurs et les braquages de véhicules, mais ces infractions sont passibles de peines bien moins lourdes que les violations des lois contre la traite adoptées dans d’autres pays.

Le projet de loi sur les droits des enfants, approuvé par le Conseil des ministres en mars 2007, n’a pas encore été promulgué. « Ce projet de loi attend l’approbation du Parlement et devrait être adopté d’ici peu, dans le courant de l’année », selon le communiqué des Nations Unies. « Une loi spécifique contre le trafic de personnes a également été approuvée par le Conseil des ministres en 2007 et attend l’approbation du Parlement ».

Lorsqu’il sera promulgué, le projet de loi sur les droits des enfants inclura un article en vertu duquel l’Etat sera tenu de prendre des mesures juridiques et administratives spéciales visant à mettre un terme aux enlèvements, à la vente et à la traite de mineurs.
 
« Les Nations Unies prient instamment le Parlement d’inscrire cette législation à l’ordre du jour de la session législative qui doit commencer en mars », a déclaré Leila Pakkala, représentante de l’UNICEF.

« Une fois qu’ils auront été approuvés par le Parlement, le projet de loi sur les droits des enfants et les lois contre le trafic renforceront le cadre juridique et de protection des enfants, et notamment des victimes de trafic et de maltraitances ».

Des préoccupations de plus en plus vives

Bien que l’on ne dispose pas de statistiques récentes sur le trafic de personnes au Mozambique, cette pratique serait en pleine recrudescence. Selon une étude sur la traite dans la région, menée en 2003 par l’Organisation internationale pour les migrations (IOM), chaque année, un millier de femmes et d’enfants mozambicains seraient victimes du trafic vers l’Afrique du Sud, essentiellement à des fins d’exploitation sexuelle.

« Maputo, la capitale, est la principale destination du trafic interne, tandis que l’Afrique du Sud est la destination principale des enfants emmenés par les trafiquants hors du Mozambique » 


« Certaines études ont révélé que le Mozambique était à la fois un pays de provenance et de transit dans le cadre du trafic d’enfants. Maputo, la capitale, est la principale destination du trafic interne, tandis que l’Afrique du Sud est la destination principale des enfants emmenés par les trafiquants hors du Mozambique ou des pays voisins », pouvait-on lire dans le communiqué des Nations Unies.

La plupart des enfants qui tombent entre les mains des trafiquants sont âgés de 13 à 18 ans. « Les enfants et les adolescents sont particulièrement vulnérables à l’exploitation du fait de leur âge et de leur dépendance », explique l’UNICEF.

Les 19,8 millions d’habitants que compte le Mozambique sont désespérément pauvres : 40 pour cent d’entre eux vivent avec moins d’un dollar américain par jour, et le rétablissement du pays est lent depuis la fin, en 1992, d’une guerre civile qui avait duré 16 ans. Selon l’UNICEF, le pays compte 1,6 million d’orphelins, dont 380 000 ont vu leurs parents emportés par le VIH/SIDA.

Selon un rapport publié par Amnesty International en 2005, le trafic dans cette ancienne colonie portugaise serait également lié à l’extraction d’organes humains à des fins de rituels et de sorcellerie, une pratique qui a lieu dans les provinces nordiques de Nampula et Niassa, affirme l’organisation.

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