Pluies, grossesse et sida, une recette pour le paludisme

Un lundi matin nuageux à Maputo, la capitale mozambicaine, Cremilda Bulha, 28 ans, habillée d’un tee-shirt blanc et d’un capulana, un pagne traditionnel, patiente dans la file des patients de l’hôpital central de Maputo.

Avec la même assurance qu’elle emploie pour affirmer au patient à côté d’elle qu’ « il va encore pleuvoir aujourd’hui », elle dit à IRIN/PlusNews « j’ai le paludisme ».

Cette maladie virale est propagée par le moustique femelle anophèle et cause des maux de tête, de la fatigue, de la fièvre, des nausées, et dans certains cas, la mort. Le nombre de cas de paludisme augmente en saison des pluies, les moustiques proliférant plus facilement dans les eaux stagnantes.

En plus d’avoir à gérer ces symptômes, Mme Bulha est enceinte de son deuxième enfant, et elle est également séropositive, ce qui augmente sa probabilité d’être affectée par le paludisme.

Susana Nery, spécialiste en santé publique de l’organisation internationale Malaria consortium, a expliqué que dans des pays comme le Mozambique, où le paludisme était endémique, les populations étaient régulièrement piquées par les moustiques et développaient peu à peu une résistance.

Ce bouclier protecteur est fragilisé chez les femmes enceintes, les personnes infectées au VIH et les enfants, les rendant plus vulnérables. « Le système immunitaire de ces personnes est affaibli, et leurs résistances naturelles diminuent », a expliqué Mme Nery.

Au cours des six premiers mois de l’année 2007 au Mozambique, 2,5 millions de cas de paludisme ont été recensés après les inondations qui ont frappé le pays, et 1 518 patients sont décédés, selon le ministère de la Santé.

A moitié raison

Au bout de deux heures d’attente, l’infirmière appelle le nom de Mme Bulha, alors que la pluie recommence à tomber. Sa première prédiction était vraie, mais la deuxième était fausse : son test de paludisme est négatif.

Mme Bulha est enceinte de trois mois et a commencé à prendre des antirétroviraux (ARV) il y a deux mois, mais dans son cas, c’est sa grossesse, plus que le VIH, qui la rend particulièrement vulnérable au paludisme.

Le docteur Rui Bastos, de l’hôpital principal de Maputo, a expliqué que les personnes séropositives étaient plus exposées au paludisme lorsque leur système immunitaire était particulièrement affaibli, en d’autres termes lorsque l’infection au VIH avait progressé en sida, ce qui n’est pas le cas de Mme Bulha.

Elle a expliqué que son taux de CD4 (qui mesure la résistance du système immunitaire) était élevé, et qu’elle prenait des ARV dans le cadre du programme de prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant, qui permet de réduire de manière significative le risque pour une future mère séropositive d’infecter son enfant à naître.

En phase sida, il est important pour les patients séropositifs de faire particulièrement attention à ne pas être affecté par le paludisme, a dit le professeur Armindo Tiago junior, de la Eduardo Mondlane medical school.

Une personne souffrant de paludisme peut être hospitalisée pour une période moyenne de trois jours. Pour un patient séropositif, cette hospitalisation peut durer jusqu’à une semaine. « Le système immunitaire affaibli prend plus de temps pour réagir contre le paludisme », a précisé M. Tiago junior.

Le Mozambique enregistre un taux de prévalence du VIH de 16,2 pour cent pour une population de 19,8 millions de personnes. La prévalence du paludisme parmi les femmes enceintes est d’environ 20 pour cent, selon les statistiques du Programme national de lutte contre le paludisme.

En 2004, l’organisation sanitaire mondiale Health Alliance internationale, basée aux Etats-Unis, a mené des analyses auprès de 5 528 femmes enceintes des provinces mozambicaines de Sofala et Manica, dans le centre du pays, et a trouvé un nombre de cas de paludisme supérieur parmi les femmes séropositives à celui enregistré parmi les femmes séronégatives.

Traitement préventif

D’après la politique établie par le ministère de la Santé, à partir de la 20ème semaine de grossesse, toutes les femmes enceintes sont supposées suivre le traitement préventif intermittent (IPT, en anglais), qui consiste à prendre des médicaments prophylactiques réduisant la probabilité de contracter le paludisme. Si ces femmes sont sous ARV, les besoins médicaux peuvent être doublés, a dit M. Tiago junior.

Lorsqu’ils sont pris ensemble, l’ARV Névirapine et l’antipaludéen sulfadoxine-pyrimethamine provoquent des vomissements et des douleurs abdominales, de même que des réactions au niveau de la peau, comme des taches, et des membranes muqueuses, ce qui fait que les deux traitements ne sont jamais prescrits simultanément.

Le médecin doit faire un choix en fonction de ce qu’il estime être le plus important pour le patient. Si nécessaire, un régime médicamenteux différent peut être prescrit à la place de l’antipaludéen ou de l’ARV habituellement utilisé.

La distribution de moustiquaires, particulièrement aux femmes enceintes, est aussi l’une des principales stratégies développées par le pays pour combattre le paludisme.

Au cours des trois dernières années, le Malaria consortium et la Croix-Rouge mozambicaine ont distribué plus de 700 000 moustiquaires dans les provinces de Cabo Delgado et Nampula, dans le nord, de Sofala et Manica, et d’Inhambane, dans le sud, les provinces appliquant le programme ayant été choisies par le ministère de la Santé sur la base de l’incidence de l’épidémie et de la pénurie d’assistance sanitaire.

« C’est exactement le genre de temps que le paludisme apprécie », a commenté Mme Bulha alors qu’elle attendait une accalmie de la pluie.

Bien qu’elle prenne des ARV et soit sous traitement antipaludéen, Mme Bulha recouvre son lit chaque soir avec la moustiquaire qu’elle a reçue en début d’année. « C’est ce qui va me protéger. Depuis que je l’ai, je n’ai pas eu de nouvelle crise de paludisme », a-t-elle noté.