Des réfugiés palestiniens restent inflexibles sur la question du retour

Si les leaders palestinien et israélien ont convenu de parvenir à un accord de paix total avant la fin de l’année prochaine, lors de la conférence d’Annapolis du 27 novembre organisée par le gouvernement américain, dans le camp de réfugiés d’Ain Al-Hilweh au Liban, la vie de 75 000 Palestiniens est marquée par un problème insoluble : le droit des réfugiés palestiniens à retourner vivre chez eux.

« Personne ne peut négocier notre droit au retour en Palestine. Il n’y a qu’un seul pays que l’on nomme Palestine et nous n’y retournerons jamais si nous ne nous opposons pas à Israël », a indiqué Abu Yousef, un combattant d’Ansar Allah, une faction islamiste radicale palestinienne.

Comme aucun autre problème, le droit au retour est un sujet qui polarise les négociations de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Pour bon nombre de Palestiniens, le droit au retour des quelque six millions de réfugiés, descendants de personnes ayant fui la Palestine après la création de l’Etat d’Israël en 1948, est un droit non négociable.

Pour les autorités israéliennes – dont les historiens officiels contestent le chiffre de six millions et la raison de l’exode massif des Palestiniens – il s’agit d’un problème existentiel : le nombre réel de réfugiés palestiniens pouvant faire valoir leur droit au retour dans leurs foyers d’avant 1948 représente un danger démographique pour le seul Etat juif du monde.


Photo: Hugh Macleod/IRIN
Marche de protestation contre la conférence d'Annapolis dans le camp de réfugiés d'Ain al-Hilweh au Liban ; un jeune garçon tient dans sa main la clé de sa maison familiale en Palestine

Lors des négociations de camp David, organisées en 2000 par les autorités américaines et qui s’étaient soldées par un échec, les négociateurs israéliens avaient suggéré qu’un nombre limité de réfugiés palestiniens serait autorisé à retourner en Israël pour des raisons humanitaires ou dans le cadre d’une réunification familiale.

Quant aux autres personnes considérées aujourd’hui comme réfugiés palestiniens, elles s’installeraient dans leur lieu de résidence actuel, dans le nouvel Etat palestinien ou dans des pays tiers.

La création d’un fonds international avait également été préconisée. Ce fonds, qui serait financé par Israël et d’autres pays, serait chargé d’enregistrer les demandes d’indemnisation des biens perdus et d’effectuer des paiements dans la limite de ses ressources.

Adoptée en décembre 1948, la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies, reconnaît le droit des réfugiés à retourner vivre en paix dans leurs anciens foyers ou à recevoir des indemnités à titre de compensation pour les biens perdus.

De même, selon l’article 13 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays ».

« Nous vivons dans la misère tous les jours »

Si le problème du sort des réfugiés a été ignoré pendant les précédentes consultations diplomatiques du Moyen-Orient, la question n’a pas été oubliée dans le camp d’Ain al-Hilweh, un camp poussiéreux et dangereux, fait de maisons en parpaing et situé à la périphérie du port de Sidon, dans le sud du Liban.

« Je suis né ici en 1958 sous une petite tente », a raconté Abu Ahmad Fadel Taha, responsable du groupe islamiste Hamas, à Ain al-Hilweh. « J’ai vécu ici toute ma vie avec mon père, qui a actuellement 94 ans, et mes huit enfants. Nous vivons dans la misère tous les jours, mais tous les jours nous vivons avec le rêve du retour ».


Photo: Hugh Macleod/IRIN
Abu Ahmad Fadel Taha, responsable du groupe islamiste Hamas à Ain al-Hilweh, vit avec son père et ses huit enfants dans le camp de réfugiés.

Depuis leur bureau, implanté au cœur du camp, les employés de Fadel Taha retransmettent à partir des chaînes de télévision Al-Aqsa - du nom de la Mosquée de Jérusalem – et Reesala – le Message –, sponsorisées par le Hamas, des programmes destinés aux foyers du camp et diffusés sur des fréquences satellites libres. Le discours est souvent radical.

« Israël veut que les Palestiniens admettent que la Palestine est la terre des Juifs. Ils veulent que nous abandonnions notre droit au retour », a affirmé M. Taha. « La Palestine est notre terre et celle de nos petits-enfants et elle ne peut être libérée que par la résistance. Les conférences de paix d’Oslo et de Madrid n’ont apporté que la honte. Nous ne croyons pas aux négociations ».

Double impasse

Outre leur rêve du retour, les Palestiniens du Liban sont confrontés à un ensemble de difficultés uniques en leur genre.

Incapables d’acquérir la citoyenneté de ce pays, en raison des risques que cela pourrait faire courir au délicat équilibre du système de partage confessionnel du pouvoir, les quelque 400 000 Palestiniens du Liban vivent dans une double impasse : le refus de s’installer ailleurs dans leur pays hôte et la revendication d’une meilleure prise en compte de leurs droits, comme le droit à exercer un métier dans plus de 70 professions qui leur sont interdites actuellement.

Selon l’UNRWA, l’agence des Nations Unies pour l’aide aux réfugiés palestiniens, le Liban a le pourcentage le plus élevé de réfugiés palestiniens vivant dans des conditions de pauvreté extrême et les implications les plus graves de cet état de fait se font sentir dans les 12 camps de réfugiés officiels.

Conformément aux accords de 1969, qui consacrent l’extraterritorialité des camps, les autorités libanaises n’ont pas le droit d’entrer dans ces camps et les Palestiniens doivent assurer leur propre système de sécurité.

Pour bon nombre d’habitants des camps, le port d’arme est le symbole de leur refus de renoncer à leur statut de réfugiés.

« Nous conservons nos armes comme un gage de garantie de notre droit à retourner dans notre mère patrie », a déclaré Sheikh Maher Oweid, commandant d’une faction islamiste radicale d’Ansar Allah, à Ain al-Hilweh.

Mais trop souvent, les armes des factions rivales se sont retournées contre elles, de fréquents combats meurtriers ayant opposé au cours des deux dernières années des groupes islamistes radicaux tels qu’Ozbat Ansar, qui prétend être la plus importante faction du camp, et le Fatah, la faction rivale de toujours.


Photo: Hugh Macleod/IRIN
Sheikh Abu Sharif, porte-parole d'Ozbat Ansar, un groupe sunnite radical

Le retour en Palestine, mais pas par des moyens pacifiques

La destruction cet été du camp de réfugiés de Nahr al-Bared – nord de Beyrouth –, après trois mois d’affrontements entre l’armée libanaise et les militants islamistes radicaux dont la plupart étaient des étrangers qui se terraient dans le camp, a contribué à aggraver encore plus la tension entre les radicaux islamistes et les factions modérées.

« Les militants du Fatah nous ont tiré dessus à plusieurs reprises, mais notre religion nous dit que nous devons protéger les civils palestiniens du camp », a affirmé Sheikh Abu Sharif, porte-parole d’Ozbat Ansar.

Les extrémistes sunnites d’Ozbat se définissent comme des combattants internationaux du Jihad – la guerre sainte - luttant contre ce qu’ils appellent « l’occupation israélienne et américaine » et pour l’instauration d’un régime islamique dans le monde. Ces militants critiquent à la fois le Hamas et le Hezbollah, le mouvement islamique chiite libanais, pour leur programme minimaliste qui vise uniquement à la fin de l’occupation israélienne de la Palestine et d’une partie du Sud-Liban.

Les militants d’Ozbat Ansar croient eux aussi au droit au retour, mais pas par des moyens pacifiques.

« Nous avons réussi à créer une aile militaire à l’intérieur de la Palestine occupée », a dit M. Abu Sharif, faisant le vœu de combattre toute solution résultant de la rencontre d’Annapolis et qui prônerait la création de deux Etats.

« Dieu nous avait promis que nous retournerions dans notre patrie. Mais nous n’aurons jamais la Palestine sans le jihad ».

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