Les « crimes d’honneur » persistent dans le Kurdistan irakien

Au moins 27 femmes kurdes irakiennes accusées d’adultère ont été assassinées au nom du soi-disant principe des « crimes d’honneur » dans la région semi-autonome du Kurdistan, dans le nord de l’Irak, au cours des quatre derniers mois, ont annoncé les autorités régionales, le 4 décembre.

« Dix des femmes assassinées étaient originaires d’Arbil, 11 de Dahouk et six de Sulaimaniyah [les trois provinces qui composent la région kurde], alors que 97 autres femmes - 60 d’Arbil, 21 de Dahouk et 16 de Sulaimaniyah – ont tenté de se suicider en s’immolant, au cours des quatre derniers mois », a expliqué Youssif Mohamed Aziz, ministre régional des Droits humains.

« Depuis le début de l’année, le gouvernement régional du Kurdistan a mis sur pied un comité chargé d’aborder toutes les formes de violences envers les femmes et le problème des «’crimes d’honneur », en particulier, a affirmé M. Aziz.

Depuis lors, a-t-il précisé, des campagnes de sensibilisation ont été lancées à travers la région, des programmes sur les droits humains ont été introduits dans les écoles et les chefs religieux ont dénoncé ce phénomène comme étant une pratique contraire à l’Islam.

Des sanctions sévères

Selon un rapport du ministère kurde des Droits humains, le nombre de femmes qui se sont suicidées en s’immolant est passé de 36, en 2005, à 133 en 2006, et le nombre d’assassinats de femmes est passé de quatre, en 2005, à 17 en 2006.

« Les crimes d’honneur » qui reposent sur le principe que l’honneur d’une famille est primordial, sont hérités d’une vieille tradition associée aux régions kurdes d’Irak, d’Iran et de Turquie, mais qu’on retrouve également dans des régions tribales du Pakistan et dans certaines sociétés arabes.

Toutefois, les autorités kurdes tentent aujourd’hui de mettre fin à ces meurtres et à ces pratiques en dénonçant la coutume et en menaçant de sanctionner sévèrement les auteurs de ces crimes.

En 2002, le Parlement du Kurdistan avait abrogé les lois irakiennes qui permettaient de relâcher ou de traiter avec indulgence les auteurs de « crimes d’honneur ». Ces lois auraient été instaurées par le président Saddam Hussein pour s’attirer les bonnes grâces des traditionnalistes.

Rapport des Nations Unies

Dans ses rapports sur la situation des droits humains en Irak, la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Irak (UNAMI) fait régulièrement état des « crimes d’honneur » qu’elle considère comme l’une des plus graves violations des droits humains en Irak.

La mission a exhorté les autorités judicaires à envoyer un message clair pour faire comprendre que les meurtres de femmes commis sous prétexte de « protéger l’honneur » de la famille ne seraient pas tolérés.

Dans son rapport de juin 2007, l’UNAMI indiquait que dans la région du Kurdistan, les incidents impliquant des violences envers les femmes avaient augmenté de 18 pour cent entre mars et mai 2006.

Citant les statistiques officielles du gouvernement régional du Kurdistan, l’UNAMI a enregistré 15 meurtres avec usage d’objets contondants, 87 meurtres par immolation et 16 par balles au cours du premier semestre de 2007. Durant le deuxième semestre, il y a eu huit meurtres avec usage d’objets contondants, 108 meurtres par immolation et 21 par balles.

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