Le déploiement de la force européenne retardé

Le déploiement des 4 500 hommes de la force européenne, qui devaient commencer à arriver au Tchad et en République centrafricaine en novembre pour protéger les travailleurs humanitaires et quelque 500 000 déplacés civils, va être retardé.

Cette force, appelée EUFOR, ne compte actuellement que 23 personnels militaires installés dans un hôtel de N'Djamena, la capitale, à 700 kilomètres à l’ouest de la zone des combats.

« Le [déploiement de la force] a été suspendu pour le moment », a confié à IRIN le lieutenant-colonel Patrick Poulain, porte-parole de l’EUFOR, le 4 décembre. « Les Etats membres de l’Union européenne (EU) ne sont pas tombés d’accord sur le choix des pays devant fournir le matériel militaire nécessaire au démarrage de la mission et ils ne tiennent même plus de réunions de mise sur pied de la force pour débattre du sujet ».

« Le problème devra d’abord être résolu au plus haut niveau [présidentiel et ministériel], avant que nous ne puissions tenir une autre réunion de mise sur pied de la force et débattre des moyens de la rendre opérationnelle », a-t-il poursuivi, précisant que même si les Etats européens acceptaient de fournir le matériel militaire nécessaire, le déploiement effectif de la force ne pourrait pas se faire avant le mois de janvier.

Mais entre temps, les conditions de sécurité se sont considérablement détériorées dans l’est, la semaine dernière, après les combats à l’arme lourde entre l’armée tchadienne et des groupes rebelles qui ont fait près de 1 000 morts ou blessés dans les rangs des belligérants.

On note également une recrudescence des actes de banditisme, notamment des agressions de travailleurs humanitaires. Le dernier incident en date remonte au 3 décembre, avec l’attaque d’un convoi du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies qui se dirigeait vers le camp de réfugiés de Breidjing.

Selon M. Poulain, la mission de l’EUFOR a besoin d’avions, d’hélicoptères et d’un hôpital militaire de campagne pour être opérationnelle. « Ce sont des moyens logistiques qui coûtent cher et qu’aucun pays ne semble prêt pour le moment à donner ».

Mais l’EUFOR devra d’abord commencer à construire ses bases dans l’est.

« Même les sites n’ont pas encore été définis de manière précise », a-t-il fait remarquer. « Cela dépendra en partie de l’endroit où nous trouverons des sources d’eau souterraine ».

Les bases devraient être installées près des sites où vivent d’importantes communautés de réfugiés soudanais et de déplacés tchadiens, a-t-il ajouté, « même si nous savons que ces bases resteront à la périphérie ».

La surveillance de sites sera assurée par la MINURCAT, la nouvelle Mission des Nations Unies en République centrafricaine et au Tchad ; une mission, qui ne sera composée que de forces de police et d’observateurs militaires non armés, mais qui doit elle aussi commencer à être opérationnelle puisque sa protection devra être assurée par l’EUFOR.

Actuellement, les 23 personnels de l’EUFOR présents à N'Djamena sont rattachés aux forces françaises de l’opération ‘Epervier’, basées au Tchad depuis plusieurs décennies.

« Nous devons faire appel aux moyens de transport de l’opération Epervier pour nous rendre dans l’est », a expliqué M. Poulain. « Nous prenons même nos repas à leur base ».

Conformément à un accord de coopération, les forces françaises du Tchad apportent un soutien à l’armée tchadienne, alors que l’EUFOR a pour mandat d’observer une stricte neutralité dans le conflit.

Selon M. Poulain, dès que les Etats membres de l’UE auront désigné les pays chargés de fournir le matériel militaire nécessaire à la force européenne, les troupes au sol de l’opération Epervier seront placées sous le commandement de l’EUFOR. « Cela va accélérer les opérations de déploiement », a-t-il dit.

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