Les Etats exhortés à lutter contre les disparitions forcées

Des organisations de défense des droits humains réunies à Brazzaville, au Congo, ont exhorté les Etats africains à faire plus d’efforts pour lutter contre les disparitions forcées des citoyens et à mettre fin à l’impunité dont bénéficient souvent les auteurs de ces crimes.

Des représentants de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) et d’organisations non-gouvernementales (ONG) s’étaient rencontrés à Brazzaville, la capitale de la République du Congo, en prélude à la 42è session de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples qui se tient jusqu’au 28 novembre.

« Il est rare que les auteurs de tels crimes soient traduits en justice », a affirmé Sidiki Kaba, ancien président de la FIDH. « L’impunité ou le déni de justice créé un climat social dans lequel il n’y a aucune confiance dans les institutions. Si les disparitions forcées restent impunies, la mémoire des personnes disparues hantera pendant longtemps les sociétés dans lesquelles de tels actes ont été commis ».

Pour Joachim Bandza, directeur de publication de l’hebdomadaire catholique La Semaine Africaine, le silence des autorités sur les cas de disparitions forcées accroît l’insécurité plus qu’il ne la réduit.

« Un pays qui respecte ses morts doit honorer leur mémoire. Et mépriser les victimes ne peut que pousser leurs familles à rechercher réparation ailleurs afin que justice soit rendue ; une réaction semble toute compréhensible d’autant plus que l’injustice entraîne toujours un sentiment de vengeance », a-t-il affirmé.

Les groupes de défense des droits humains exhortent également les Etats membres de l’Union africaine à ratifier la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, adoptée en décembre 2006 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Si plusieurs pays africains ont signé cette convention, aucun d’eux ne l’a ratifiée. Pour qu’elle puisse être appliquée, la convention devra être ratifiée par 20 Etats.

La convention définit toute disparition forcée comme une forme de détention par des agents de sécurité de l’Etat, où la simple détention, le sort ou le lieu de détention de la personne est tenu secret, une situation qui place le détenu hors du champ de protection de la loi.

« [Les ONG] ont également exhorté les Etats africains à ne pas émettre de réserves lors de la ratification de la convention, à reconnaître les compétences du Comité d’experts indépendants sur la disparition forcée [créé par la convention] à statuer sur des cas individuels de disparition forcée, à veiller à l’adoption de la convention par les instances législatives nationales et à soutenir et promouvoir la convention », a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH.

Pour M. Kaba, la disparition forcée est une pratique comparable à une violation des droits humains, un acte tout aussi grave que la torture et le meurtre, qui oblige les parents à endurer les affres de l’incertitude et à se demander si la personne disparue est encore en vie ou morte.

Selon les organisations de défense des droits humains, dans les années 1960 et plus récemment dans les années 1970 et 1980, bon nombre de chefs d’Etat africains avaient recours à ces pratiques pour réduire au silence certains de leurs opposants et des activistes des droits humains. Des membres de partis d’opposition étaient systématiquement enlevés et maintenus illégalement au secret dans des centres de détention.

D’après Nassera Dutour, la porte-parole du Collectif des familles des disparu(e)s en Algérie, une association algérienne de familles de disparus, des milliers de personnes - des hommes pour la plupart - ont été enlevées par des forces de sécurité ou des milices, ou ont disparu dans son pays dans les années 1990.

« Bien que les informations sur les personnes portées disparues soient souvent très difficiles à obtenir, certains ONG de défense de droits humains ont affirmé que ces cas de violation étaient encore courants en Afrique »


« Actuellement, ces pratiques ont cours dans bon nombre de pays africains, en particulier dans ceux qui sont en proie à un conflit armé », a affirmé Floribert Chebeya Bahizire, président de La voix des sans voix, une ONG de défense des droits humains en République démocratique du Congo (RDC).

« Bien que les informations sur les personnes portées disparues soient souvent très difficiles à obtenir, certaines ONG de défense des droits humains ont affirmé que ces cas de violation étaient encore courants en Afrique », a-t-il soutenu.

Amnesty International a publié un rapport faisant état des cas de plusieurs officiers de l’armée qui ont disparu au Tchad en 2006, après avoir été soupçonnés d’aider des combattants rebelles qui envisageaient d’attaquer N'Djamena, la capitale.

Dans son rapport de septembre 2007, Human Rights Watch a notamment indiqué que les disparitions forcées étaient fréquentes en République centrafricaine.

Selon les Nations Unies, 535 nouveaux cas de disparitions forcées ont été signalés en 2005 et quelque 40 000 personnes dans 90 pays ont disparu depuis 1980.

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