Quand révéler sa séropositivité se paye au prix fort

Si elles pouvaient revenir en arrière, peut-être feraient-elles les choses différemment. Suite à la révélation publique de leur séropositivité sur une chaîne de télévision locale, trois femmes qui avaient eu le courage de franchir le pas ont vu leur vie s’effondrer.

Le programme était produit par l’organisation non gouvernementale (ONG) ActionAid, en collaboration avec le Réseau africain des personnes vivant avec le VIH/SIDA. Selon Carlos Rui Ribeiro, le coordinateur d’ActionAid en Guinée-Bissau, les femmes avaient été prévenues de l’impact que leur témoignage pourrait avoir sur leur propre vie.

« C’est une première dans ce pays et bien entendu, c’est ce qui explique les conséquences de cet événement. Même si elles étaient préparées psychologiquement, elles n’étaient pas prêtes à affronter leur environnement social. Plus précisément, lorsqu’elles sont rentrées chez elles, les maris n’étaient pas préparés à ce genre de déclaration publique et auraient pu réagir de manière totalement imprévisible », a-t-il indiqué.

Selon les trois femmes - qui préfèrent taire leur nom - les conséquences de l’intervention télévisée au cours de laquelle elles révélaient leur statut sérologique, étaient totalement inattendues, et elles doivent encore aujourd’hui apprendre les gérer. Les exemples de discrimination de la part de leurs voisins, amis et même de certains membres de leur famille sont devenus leur lot quotidien.

« Mon aîné qui joue au foot se bat maintenant presque tous les jours sur le terrain de football ; ses camarades de jeu lui font des réflexions à propos de moi et ils lui disent qu’il a le sida, ce qui n’est pas vrai : mes enfant sont en bonne santé », a dit l’une d’entre elles.

Une de ces femmes a été abandonnée par son mari alors qu’une autre a dû quitter le domicile conjugal ; elle vit maintenant avec ses trois enfants dans une petite chambre dont les murs menacent de s’écrouler à tout moment.

Pour l’instant, les trois femmes travaillent pour ActionAid dans le cadre du projet ‘No Casa’ (Pas de maison), en tant qu’éducatrice sur le VIH/SIDA auprès de leur communauté. Elles auront la garantie de toucher un salaire durant les deux mois que durera le projet.

Pénurie de médicaments


Début septembre, de nombreux patients ont vu leurs traitements compromis à cause d’une pénurie de médicaments.

Selon la ministre de la Santé Eugénia Saldanha, la raison invoquée aurait été un problème technique au niveau de la Centrale d’achat des médicaments essentiels : la demande d’approvisionnement de médicaments additionnels au gouvernement brésilien, qui fournit à la Guinée Bissau des ARV génériques, aurait pris plus de temps que prévu.

« Durant une période, nous avons manqué d’un certaine quantité d’antirétroviraux [ARV], mais le problème a finalement été résolu lorsque nous avons reçu des médicaments de la part du Fonds mondial [de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme] », a indiqué David da Silva Té, directeur du Programme national de lutte contre le VIH/SIDA.

La Guinée-Bissau a bénéficié d’un programme de coopération avec le Brésil qui a commencé en 2004 lorsque neuf Guinéens professionnels de la santé se sont rendus dans le pays afin de recevoir une formation sur le VIH/SIDA comprenant l’apprentissage de l’utilisation des traitements ARV.

Les ARV n’ont été disponibles en Guinée-Bissau qu’à partir de juillet 2005. Avant cela, les patients infectés par le VIH devaient se rendre dans le pays voisin du Sénégal afin d’avoir accès à ces ARV.

A l’heure actuelle, en Guinée-Bissau, 11 centres sont autorisés à distribuer ces traitements : sept d’entre eux se trouvent dans la capitale. On estime cependant qu’avant la fin de l’année, deux nouveaux centres devraient être opérationnels dans les villes de Gabu et de Canchungo.
 

Ces difficultés ont poussé d’autres personnes à réfléchir à deux fois avant de révéler publiquement leur statut sérologique ; cependant, M. Ribeiro a affirmé qu’ActionAid continuerait à se battre contre la stigmatisation liée au VIH. Et même si cela doit prendre du temps, il a dit estimer que la lutte était sur la bonne voie.

« Il faut que quelqu’un se lance et se montre », a-t-il dit.

Des regards suspicieux

Tout ceci n’a pas été facile. Même les membres actifs de l’Association Nova Vida (Vie Nouvelle), une organisation qui soutient les personnes vivant avec le VIH dans le district d’Andalai à Bissau, préfèrent ne pas parler ouvertement de leur maladie.

Nova Vida est l’une des huit associations de ce genre dans le pays.

Depuis sa création, elle a enregistrée 1 293 personnes infectées par le VIH et revendique 403 membres ; cependant, ceux qui rentrent dans le bâtiment rudimentaire qui leur sert de siège ne sont pas à l’abri des regards suspicieux des voisins.

Ali Hizazi, une psychologue auprès du projet Céu e Terra (Ciel et Terre), une ONG qui travaille avec des femmes enceintes séropositives, a estimé que préparer une personne à révéler publiquement son statut sérologique était un long processus.

Il faut s'assurer que cette personne connaisse suffisamment la maladie ainsi que les différentes manières dont elle se transmet ; elle doit avoir fait un travail sur elle-même pour accepter sa maladie et elle doit aussi impliquer et informer sa famille.

Bissif’nde Blata, une gardienne d’immeuble séropositive à Nova Vida, a constaté que le fait d’admettre son statut sérologique rendait ceux qui voulaient rester anonymes mal à l’aise.

« En Guinée-Bissau, il y a des gens qui passent le test et savent qu’ils sont infectés ; mais ils ne disent rien et préfèrent montrer du doigt ceux qui ont le courage de s’exposer », a-t-elle dit. « Les gens disaient que j’étais une sorcière parce j’avais été malade pendant un long moment et qu’ils ne savaient pas ce que j’avais. Maintenant, je ne les vois plus ».

Avec une population de 1,4 million d’habitants, la Guinée-Bissau a un taux de séroprévalence de 3,8 pour cent, selon le Programme commun des Nations Unies sur le VIH/SIDA.

Selon le Programme national de lutte contre le VIH/SIDA, en juin 2007, 554 personnes étaient sous traitement antirétroviral.

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