Un laboratoire se lance dans la production locale d’ARV

Un nouveau laboratoire pharmaceutique ougandais a commencé à produire localement des antirétroviraux (ARV), ce qui, selon les autorités gouvernementales devrait augmenter de manière significative, en Ouganda comme dans la région de l’Afrique de l’Est, le nombre de personnes séropositives pouvant accéder à ces médicaments qui prolongent la vie.

Ce laboratoire pharmaceutique, qui a coûté 38 millions de dollars, est la première entreprise africaine à produire les ARV génériques d’une trithérapie complète. Outre la production d’ARV, l’entreprise fabriquera aussi le Lumartem, un antipaludéen qui contient de l’artémisinine et de la luméfantrine et dont le prix sera bien plus abordable que le Coartem, un médicament contenant les mêmes molécules et que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande en traitement de première ligne.

« Le gouvernement s’engage à respecter sa promesse de se procurer les ARV des patients infectés par le VIH et les ACT [thérapies combinées à base d’artémisinine] du paludisme auprès de l’entreprise pour le compte des hôpitaux », a déclaré le président ougandais Yoweri Museveni, lors de cérémonie d’inauguration de l’usine.

L’usine a été créée par la Quality Chemicals Limited, une société pharmaceutique locale, avec le concours de la société indienne Cipla Limited, un des plus grands fabricants de médicaments génériques au monde.

L’entreprise ougandaise, qui devrait employer 500 personnes, dont 200 scientifiques, a commencé ses premiers tests de fabrication après son inauguration ; toutefois, elle ne devrait commencer à produire des médicaments pour le marché local qu’à compter de janvier 2008.

Sur les 250 000 personnes séropositives qui ont besoin d’un traitement ARV, quelque 80 000 d’entre elles y ont accès à l’heure actuelle. Par le passé, les services de santé avaient évoqué les prix très élevés des médicaments importés ainsi que la vétusté des infrastructures sanitaires comme étant les principaux obstacles à l’accès aux ARV.

« Ce projet offre à l’Ouganda l’opportunité de bénéficier d’un approvisionnement en ARV régulier et peu onéreux. Notre but est que toutes les personnes qui ont besoin de ces traitements puissent y avoir accès », a indiqué Emmanuel Katongole, directeur général de Quality Chemicals lors de l’inauguration de l’usine. « Les composants des ARV seront importés d’Inde [et] les ARV seront distribués dans des hôpitaux privés, des dispensaires et des pharmacies. Le coût mensuel du traitement sera de 15 dollars américains.

« L’usine fabriquera deux millions de comprimés par jour et par équipe de travail [et] 600 millions de comprimés seront produits chaque année. Lorsqu’elle tournera à plein régime, notre objectif sera d’atteindre une production de 1,2 milliard de comprimés », a-t-il ajouté. « Une partie de la production sera exportée vers des pays de la Communauté des pays d’Afrique de l’Est [Burundi, Kenya, Rwanda et Tanzanie], la République démocratique du Congo ainsi que le Soudan.

L’inauguration de cette usine représente une étape décisive dans le combat que mènent les autorités ougandaises contre le VIH/SIDA et pour lequel le pays a déjà été félicité par le passé. L’attitude extrêmement déterminée du président Museveni face à l’épidémie, durant les années 80 et 90, a porté leurs fruits : le taux de séroprévalence national est passé de plus de 20 pour cent à 6,4 pour cent actuellement.

Cependant, certains incidents ont émaillé la campagne nationale antisida ; trois ministres de la Santé ont été limogés en 2006, à la suite d’allégations faisant état de détournements de subventions du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et, récemment, le gouvernement a été critiqué pour avoir conservé dans ses entrepôts, et au-delà de leur date de péremption, des ARV d’une valeur de un million de dollars.

Améliorer la chaîne d’approvisionnement

Selon certains analystes, le gouvernement doit résoudre certains problèmes dans la chaîne d’approvisionnement s’il veut que la production des médicaments de la nouvelle entreprise ait un impact sur l’augmentation de l’accès aux ARV dans le pays.

Les fonctionnaires du ministère de la Santé pensent que pour qu’ils puissent distribuer des ARV, les centres de distribution doivent avoir un agrément les autorisant à administrer ces traitements. Ils doivent en outre remplir d’autres critères, à savoir, disposer d’un laboratoire, d’un médecin qualifié et d’un conseiller.

« Il faut du temps pour que ces choses se mettent place, alors que la durée de vie d’un ARV varie entre 18 et 24 mois ; aussi, le temps que toute cette structure soit mise en place, certains médicaments auront déjà perdu de leur principe actif ou leur date de péremption sera dépassée », a expliqué David Bagonza, de l’Uganda National Medical Stores.

Le directeur général des services de santé, Sam Zaramba, a indiqué que le gouvernement travaillait à une harmonisation entre la fabrication des médicaments et leur commercialisation, ce qui nécessiterait une évaluation quantitative périodique des besoins du pays.

Le gouvernement est aussi en train d’améliorer le niveau des centres de soins à travers tout le pays afin que de plus en plus de centres puissent prendre en charge la distribution des ARV.

D’autres pays africains comme l’Egypte, le Nigeria et l’Afrique du Sud produisent des ARV. Le Mozambique envisage aussi de démarrer la production d’ARV, des médicaments qui prolongent la vie des patients infectés par le VIH.

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